dimanche 4 janvier 2026

L’apprenti sorcier

 

L’apprenti sorcier

La France championne du monde...

D’une électricité dont elle ne sait que faire

Jean Pierre Riou

Article en 2 parties

1 Les records mondiaux de production

2 La face cachée de la baisse de la consommation

... Et une conclusion sur l'apprenti sorcier qui vient de lui échapper  

La France championne du monde

Selon le bilan provisoire de RTE, la France vient de battre en 2025 son record d’exportation d’électricité avec un solde exportateur net de 92,3 TWh.



Ces 92 TWh, battent le précédent record de 2024 qui la plaçait déjà plus gros exportateur mondial devant la Suède (33 TWh) et loin devant tout autre pays au monde, ainsi que c’est le cas quasiment chaque année depuis 1990 (27 fois sur 35 et toujours sur le podium), avec l’exception historique de 2022, où son solde est devenu importateur en raison des événements de corrosion sous contrainte de son parc nucléaire, dont les prescriptions de sûreté redondantes et le programme du grand carénage avaient affecté gravement le facteur de disponibilité.

Les chiffres de Enerdata, permettent de constater la régularité de cette première place mondiale, avec un solde export régulièrement supérieur à 40 TWh.



Focus sur la baisse de la consommation

La baisse parallèle de la consommation apparaît notamment dans le bilan 2024 de RTE qui en indique les chiffres chaque année en données brutes ainsi qu’en données corrigées de l’aléa climatique et des effets calendaires des années bissextiles.


Deux points sont à mettre en lumière concernant la réalité de cette péréquation.

En premier lieu, le fait que le réchauffement masque l’ampleur de la réduction de la consommation brute depuis 2010, dont les valeurs corrigées occultent une part de la réduction, ainsi que le confirme RTE.



Car ce réchauffement, considéré systémique, doit être pris en compte dans les projections à long terme, au même titre que l’efficacité énergétique, en progrès constant.

D’autre part, il faut noter le fait que depuis 2014, la péréquation de RTE est effectuée hors aléa climatique 29 février et soutirage du secteur de l’énergie, ainsi que le montre le bilan RTE 2014.

Cette modification des critères de correction efface ainsi la réduction de consommation permise par l’efficacité énergétique de la nouvelle usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 qui a permis de passer de 3000 MW à 60 MW grâce à la centrifugation, libérant ainsi les 3 réacteurs du Tricastin qui étaient affectés à G. Besse 1pour les besoins de la consommation nationale. Ce qui correspond à une économie pouvant aller jusqu’à 25 TWh/an pour une activité nominale de 10 millions d’UTS/an.

C’est ainsi que le tableau ci-dessus publié en 2014 a « revisité » les chiffres des précédents bilans pour en retrancher une quinzaine de TWh. 

Ces précédents bilans qui ne corrigeaient que de l’aléa climatique et du 29 février affichaient en effet des consommations supérieures au dernier historique RTE avec notamment ci-dessous 478,4 TWh en

 2006 en valeur corrigée au lieu de 460 TWh dans le nouvel historique et le même écart avec chacun des précédents bilans, donnés ci-dessous en valeur brute.


 C'est ainsi que la réduction de la consommation intérieure brute, c'est-à-dire réelle, depuis 2010 n’est donc pas passée de 474 TWh en 2010 (bilan corrigé 2014) à 449,2 TWh en 2024 (et 2025), mais de 513,3 TWh à 442,2 TWh, en raison de l’efficacité énergétique de G. Besse 2 et du réchauffement. Et que la consommation est strictement la même en 2025 qu’en 2001 (449,9 TWh en 2001), alors que l’historique de RTE 2025 semble illustrer une augmentation de celle-ci.

Mais si cet historique revisité, notamment ci-dessous, précise le rôle du réchauffement dans ses valeurs corrigées, il ne précise plus qu’il a fait disparaître la vingtaine de TWh consommés avant 2010 pour l’enrichissement de l’uranium.


Or l’efficacité énergétique est une composante essentielle de la consommation, au même titre que le prix de l’électricité, l’électrification des usages, la désindustrialisation, ou le réchauffement du climat. Des valeurs corrigées qui ne précisent pas tous leurs critères de correction sont de nature à tromper toute programmation à long terme.

 Des surplus de productions inutiles et coûteux

Il faut noter que sans la moindre production d’EnR intermittente, (71,6 TWh) la France serait restée parmi les principaux exportateurs mondiaux 2024 avec un solde de 17,4 TWh et que selon les douanes françaises, ses exportations se sont vendues au prix moyen de 78,61€/MWh en 2024, et 66,66€/MWh sur les 12 derniers mois, soit moins cher que le prix moyen auquel EDF (OA) a l’obligation d’acheter toute leur production, quels que soient les besoins du moment.

Remarquons enfin que depuis début décembre la France affronte une vague de froid en exportant en permanence bien plus que toute la production des EnRi, même lors des pics de consommation du soir où le soleil est déjà couché, même lorsque l’éolien est quasiment aussi inefficace.



Il faut enfin noter que janvier vient de connaître 2 épisodes importateurs nets, le 1 et le 2. Non pas par difficulté du parc de production à satisfaire la consommation puisque le gaz fonctionnait alors à moins de 15% de sa puissance nominale, mais parce qu’en raison de leur disponibilité, les interconnexions ont permis de profiter du grand différentiel de cours avec l’Allemagne où le MWh coûtait moins de 1 euro, contre plus de 30€/MWh en France.

L’apprenti sorcier

Bruxelles vient de manifester sa volonté de prendre la main sur le développement des réseaux. « La France freine des 4 fers » vient de titrer la Tribune. Paris résiste en effet de son mieux à une nouvelle taxe qui pèserait sur les consommateurs pour de nouvelles interconnexions imposées par Bruxelles et dont nous n’avons aucun besoin pour notre sécurité, tandis que le véritable dumping lié à l’afflux massif d’électricité aléatoire à coût quasi nul, qu’elle entraînerait irrémédiablement, ruinerait la rentabilité de nos centrales pilotables dont l’Europe ne peut se passer du moindre MW.

Selon la Tribune, RTE ferait de la résistance en considérant ce projet « Faussement technique, réellement politique ».

L’apprenti sorcier aurait-il compris que sa créature vient de lui échapper ?

 

 

 

2 commentaires: