EDF : un modèle qui dérange
Article en 2 parties :
EDF : un modèle
EDF qui dérange
Jean Pierre Riou
Les chiffres qui vont suivre sont fastidieux. Chacun d’eux doit pourtant être lu attentivement pour comprendre la portée de l’analyse de l’évolution depuis 1980 du mix électrique d’EDF, aujourd’hui confronté aux injonctions de Bruxelles. Contrairement à la multiplication d’hypothétiques scénarios dont les coûts d’intégration se chiffrent en centaines de milliards, ces chiffres mettent en lumière les prouesses concrètement réalisées par notre fleuron national, entièrement financées par la vente d’une électricité dont le monde nous enviait pourtant le prix.
Cette analyse sera mise en parallèle avec les coups qui lui sont portés, depuis février 2000, par Bruxelles dont l’obsession semble être de nous priver de l’avantage compétitif qu’il nous confère sur nos voisins.
1ère partie EDF : un modèle
EDF vient de publier le bilan de son activité 2024 en France. L’entreprise met en avant la proportion de 99% de production bas carbone.
Ce bilan est précisé dans son document d’enregistrement universel 2024 qui renseigne les conditions de son activité pour chacune des 20 dernières années. Les 2,6 TWh de différence sur la production totale entre ses 2 illustrations semblant provenir de la mention « pompage compris » (2) dans le document d’enregistrement, qui retranche les pertes liées au pompage des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP).
L’indication de 0,0001 TWh éolien avec 6 MW installés, soit la puissance de 2 éoliennes modernes, interpelle dans la mesure où les énergies renouvelables intermittentes sont exploitées par une filiale distincte d’EDF : « EDF Renouvelables » qui fait état de ses 2059 MW éoliens installés en France en 2024 dans ses publications.
Cette production d’EDF, intégralement pilotable est restée insuffisante pour satisfaire les 442,2 TWh de la consommation brute 2024, notamment en raison de l’engagement électoral de fermer les 2 réacteurs de Fessenheim en 2020, pourtant considérés « favorablement par rapport à la moyenne nationale dans les domaines de la sûreté et de l’environnement » par l’ASNR.
EDF en chiffres
EDF a également publié les chiffres de ses propres productions depuis 1948, lesquelles ne concernent uniquement que le nucléaire, l’hydraulique et le thermique à flamme.
Ces chiffres ont été retranscrits dans l’illustration personnelle reproduite ci-dessous avec le repère horizontal des 450 TWh qui représente grosso modo la consommation 2024.
Cette illustration montre la montée en puissance du parc nucléaire qui n’a atteint sa pleine capacité qu’en 2002, en répondant à l’explosion de la consommation depuis 1980 où le thermique fossile représentait 42,5% du mix, qu'il ramène en même temps à moins de 5% chaque année depuis 1995. Sans le moindre panneau solaire et… avec 0,0001% d’éolien.
Malgré une production hydraulique amputée par Bruxelles
Il est important de noter que les ressources hydrauliques sont également exploitées par la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et la société hydroélectrique du midi (SHEM) qui ont retrouvé leur statut d’avant guerre de producteur indépendant depuis loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité, entraînant ainsi la séparation comptable de ces entreprises. Et qu’avec un parc hydraulique de 3106 MW, la CNR produit actuellement 25% de l’électricité hydraulique française. En 2005, le groupe Suez rachetait 40% de la CNR et 59,63% de la SHEM en 2006, le groupe produisant alors 35% de l’électricité hydraulique en France, selon Le Monde.
Ce qui explique le chiffre EDF des seuls 42,942 TWh hydraulique en 2024 sur les 75,1TWh produits en France. Montrant du même coup qu’avec ces 32,2 TWh supplémentaires qui faisaient partie du périmètre d’EDF avant 2000, c’est quasiment chaque année que sa seule production aurait suffi à satisfaire la consommation, avec une intensité carbone inférieure encore.
Il est également important de savoir que l’explosion de la consommation annoncée depuis des années ne correspond pas à la réduction régulière constatée depuis 15 ans malgré l’étonnante occultation de la vingtaine de TWh/an supplémentaires supprimés par l’efficacité énergétique de l’usine d’enrichissement d’uranium G. Besse 2.
La concurrence
La production d’EDF est complétée par la montée en puissance de la concurrence, notamment depuis le 1 juillet 2007, qui achève la libéralisation du marché en autorisant le fournisseur à livrer directement son électricité aux particuliers. La concurrence s’y est engouffrée avec notamment Engie, TotalEnergies, le Suédois Vattenfall ou GazelEnergie, filiale du groupe EPH du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, qui verdit son image en investissant dans les renouvelables et le gaz après avoir fait fortune avec le charbon.
C’est ainsi que le bilan RTE 2024 fait état d’une production bien supérieure, comportant notamment 150 TWh d’électricité renouvelable, et reste cependant plus carbonée en atteignant pour la 1ère fois 95% en 2024.
Aux 415 TWh d’EDF ont ainsi été ajoutés 150 TWh renouvelables, (moins les 42,9 TWh hydrauliques d’EDF), et les 20 TWh de thermique fossile, (moins les 2,7 TWh d’EDF), soit un apport de 107,1 TWh renouvelables et 17,3 TWh fossiles.
Ces 124,4 TWh supplémentaires qui confirment la production totale de 539 TWh, ne présentent plus une part bas carbone que de 86,1 % malgré l'explosion des productions éolienne et solaire.
Le refoulement à perte des surplus
La France, qui était déjà 1er exportateur mondial quasiment chaque année depuis 1990 (27 fois en 35 ans), surclasse désormais tous ses concurrents, avec 89 TWh en 2014 contre 33 TWh pour la Suède, à la seconde place, et plus encore, avec 92 TWh en 2025.
Selon les douanes françaises, ces exportations ont été vendues au prix moyen de 66,19€/MWh ces 12 derniers mois, soit à perte, à un prix inférieur au prix unitaire moyen des énergies renouvelables soutenues en2025 qui est de 85,62 €/MWh selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Tandis que la vente des contrats à terme pour une livraison en 2027 sont négociés en France ce 12 janvier au prix 50,31€/MWh.




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