vendredi 16 février 2018

L'impasse allemande

 

Réchauffement climatique et particules fines : l’Allemagne dans l’impasse

En croyant diminuer ses émissions de CO2 par le développement des énergies renouvelables issues du vent et du soleil et la réduction du nucléaire, l’Allemagne s’est engagée dans une dispendieuse impasse énergétique.
Par Michel Gay et Jean-Pierre Riou. 
Alors que les émissions de CO2 (un gaz à effet de serre) de la production d’électricité à partir de combustibles fossiles diminuent régulièrement depuis 10 ans en Europe, celles de l’Allemagne ne baissent quasiment pas.
Elles sont mêmes identiques en 2009 et en 2016 comme l’indique la ligne horizontale (en bas du graphique ci-dessous), alors que la ligne oblique du haut témoigne de cette baisse importante en Europe.
Comparaison de l’évolution des émissions de CO2 en millions de tonnes (MtCO2) de la production électrique en Europe
(Source Ministère de la Transition écologique et solidaire)

Le cas de la biomasse

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lundi 12 février 2018

Quand le vieux monde se couche pour mourir



Comment le vieux monde s'est couché pour mourir

Jean Pierre Riou

"Il n'y a qu'une fatalité, celle des peuples qui n'ont plus assez de forces pour se tenir debout et qui se couchent pour mourir. Le destin d'une nation se gagne chaque jour contre les causes internes et externes de destruction."
Charles de Gaulle

Ainsi s’éteignent les civilisations, anesthésiées par la facilité et le confort hérités des générations qui se sont battues pour elles.
Elles ne croient plus au progrès et tandis qu’émerge un monde nouveau qui décèle une opportunité dans chaque risque, le vieux monde voit un risque dans chaque opportunité.
Car il s’alanguit afin de jouir avec précaution de ses acquis.

Demain
« Demain sera vertigineux » prévient le neurobiologiste Laurent Alexandre en décrivant le fossé qui nous sépare de l’ultratranshumanisme chinois, avide de manipulations génétiques, confiant dans l’intelligence artificielle, le séquençage ADN des surdoués et l’avènement de l’homme augmenté, grâce aux implants électroniques, dont les lunettes à reconnaissance faciale, qui équipent déjà ses policiers, préfigurent l’avènement.
La question n’étant d’ailleurs pas de savoir ce que nous en pensons, mais d’anticiper ce que demain sera.

Le retour de la route de la soie
Car la Chine s’apprête à porter l’estocade à l’économie du vieux continent en réveillant la route de la soie version 21ème siècle, c'est-à-dire dans l’autre sens.
Du moins en ce qui concerne les intérêts commerciaux des parties en présence.
Moscou, à qui l’Union européenne a décidé de tourner le dos, en serait une étape active.

Cette expansion chinoise se cristallise déjà dans l’achat de centaines d’hectares de terres agricoles françaises ou le pillage de nos forêts de chêne.
Et s’apprête à dominer la plupart des secteurs stratégiques, dont celui de l’espace avec l’accélération de son programme « Longue Marche » destiné notamment à ramener des échantillons lunaires de minerais rares, dont la Chine a déjà le quasi monopole. 
Elle règne déjà en maître dans celui des communications, grâce au lancement du 1er satellite quantique au monde, qui vient de lui permettre de réussir une téléportation quantique de 1200 km, dont le principe même donne le vertige.
Après s’être portée en tête de la recherche sur la fusion nucléaire en surpassant l’Allemagne, la Chine se permet désormais de construire et livrer au projet mondial ITER des équipements de pointe.
Elle vient tout juste de créer le mastodonte de l’atome civil en réunissant les 2 géants chinois, CNNC et CNEC, et envisage l’utilisation d’un réacteur nucléaire basse température pour le chauffage urbain.
La liste serait longue des applications de son effort prodigieux en recherche fondamentale, dotée d’un budget en augmentation de 18% par an depuis 2000 et qui vient, avec 330 milliards d’euros, de dépasser celui de tous les pays d’Europe réunis.

L’énergie est au cœur de ses préoccupations, et le 13ème plan quinquennal chinois prévoit un accroissement considérable de l’énergie nucléaire, grâce à son réacteur de 3° génération made in China, le Hualong One.
Car si l’ancien monde se détourne de l’atome, force est de constater que c’est l’inverse dans le monde qui émerge.


 (Source AIE)

Énergie et PIB
Rappelons que la richesse d’une nation, ou produit intérieur brut (PIB, en anglais GDP), provient de son travail. 
Et que la corrélation est directe entre celui-ci et l’énergie consommée pour l’effectuer.
J.M. Jancovici l’a parfaitement démontré, notamment dans le graphique ci-dessous qui indique le pourcentage de progression de la consommation d’énergie, en regard la croissance du PIB (GDP) mondial.
Les effets des 3 chocs pétroliers de 1973, 1979 et 2008 sur celle-ci apparaissent clairement.


Pas d’énergie, pas de travail. Pas de travail pas de de richesse.
Là encore, il ne s’agit pas de juger du caractère soutenable ou non du modèle mais uniquement d’en observer les liens.

La guerre à mort entre nations
Dans son testament spirituel, François Mitterrand aurait confessé : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »

Il ne s’agit pas d’une exception américaine, et dans cette guerre, le combat pour l’énergie est déterminant. C’est le combat pour le travail et la richesse.

Et c’était la raison du programme électronucléaire français qui était destiné à affranchir le pays tout aussi bien des tensions naissantes sur le pétrole, après les années de pétrole facile de l’Algérie, que du contrôle américain de notre politique à travers la création, en 1974, de l’Agence Internationale de l’Énergie, proposé en contrepoids aux pays producteurs de pétrole (OPEP).
Grâce à son parc électrique nucléaire/hydraulique, décarboné avant l’heure, et ses contrats avec le Niger, la France pouvait se permettre de refuser d’y adhérer.

Malgré une croissance de seulement 0,2% de son PIB en 1975, liée à ce premier choc pétrolier, la France conservait un taux positif, quand Allemagne (-1,6), le Royaume Uni (-0,7) et les États-Unis (-0,7) s’enfonçaient avec des taux négatifs.


La génération LSD
Ces 30 glorieuses ont véritablement refondé la société occidentale, tant sur le plan économique ou industriel que politique et social. Un nouvel équilibre mondial s’est mis en place. 
L’autorité de la France y a connu une apogée, conférée notamment par l'expertise incontestée de son industrie nucléaire, tant à travers sa dissuasion militaire que par l’indépendance énergétique de son parc électrique.
La génération Hippy a marqué la fin de ces 30 années d’essor industriel. Et ses slogans « Faites l’amour pas la guerre », ont fait miroiter les délices d’un paradis perdu, en y associant le mythique « Peace and Love » au mouvement antinucléaire naissant

Le LSD étant érigé au rang d’hostie, de Muse, en tout état de cause, de supercarburant de sa philosophie.
Dès 1974, c’est l’Allemagne qui a repris ce mouvement antinucléaire dans la vallée du Rhin et les réseaux transfrontaliers ne tardèrent pas à catalyser l’opposition à la centrale de Fessenheim.
Après la carotte du Jardin d’Eden des Hippies, le bâton des Grünen agitait le spectre du feu nucléaire.
Il ne s’agit toujours pas d’un jugement de valeurs sur un idéal de paix, de fraternité, de partage et d’amour. 
Seulement de l’observation des forces qui animent le monde.
Quelque pessimiste qu’elle puisse sembler.
Et de la tentative d’y déceler quelques ficelles.

La Propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. (Noam Chomsky).
Et il n’est pas anodin d’observer l’obsédant battage médiatique autour des énergies dites « renouvelables » et la multiplication des sondages concernant l’énergie nucléaire, dont les conclusions aboutissent, en fait, à modeler l’opinion.
Et de relever notamment que le dernier en date est commandé par H. Böll, fondation d’outre Rhin proche des verts allemands.

Si le conspirationnisme sent souvent le souffre, la candeur ne convient pas à l’analyse géopolitique.
On ne peut ignorer la présence de la guerre du gaz au cœur du conflit syrien, dans lequel l’énormité des enjeux est susceptible d’en expliquer chaque coup.
De même qu’il est légitime de soupçonner une main étrangère dans l’assassinat de Georges Besse, fondateur de notre usine d’enrichissement d’uranium du même nom, dans laquelle l’Iran était actionnaire et envers qui Paris refusait de payer sa dette après la révolution islamique.

En tout état de cause, on ne se bat pas toujours pour ceux qu’on croit.
Et n’imaginons pas que le monde entier appelle de ses vœux le retour d’une France industrielle forte et autonome énergétiquement.

Dans la gueule du loup
Il serait dangereux d’oublier le projet de Troïka du gaz dont les sanctions américaines contre Russie Iran et Qatar  n’ont pas entamé la cohésion.
Washington, violant ses propres sanctions en important le plus discrètement du monde du gaz russe, vient de rappeler les données du problème et les réserves respectives.
De même que le quasi monopole chinois des terres rares, dont les énergies renouvelables sont si voraces, montre l’engrenage dans lequel nous mettons tout le bras.

Le double piège des énergies renouvelables intermittentes
Toutes les énergies n’ont pas la même valeur. Le biogaz, l’incinération de déchets, la méthanisation, la géothermie, le carburant à partir de micro algues ou, bien sûr, l’hydraulique, sont des énergies renouvelables « pilotables » qui évitent importations et dépendance.
Tandis que l’intermittence de la production éolienne, impose le soutien de centrales à gaz (ou à charbon) pour de nombreuses années encore.
Et après avoir restructuré à grands frais tout notre système électrique pour le configurer aux exigences de l’intermittence de production, notre approvisionnement dépendra aussi bien de la Russie de l’Iran ou du Qatar pour le gaz que de la Chine pour les énergies renouvelables.  
Perspective qui ne doit d’ailleurs pas déplaire à ces 4 alliés.

Pour prendre la mesure du risque considérable que représente le développement de l’intermittence, et la fermeture de tout réacteur nucléaire, il importe de connaître quelques chiffres clés qui mettent en évidence l’impossibilité actuelle de l’intermittence à remplacer quelque moyen pilotable que ce soit, en termes de puissance installée.

Le jardin d’Eden
Même les plus candides n’auront pas manqué d’être surpris par la soudaine cohésion des dirigeants de la planète, enfin réunis autour d’une même et noble cause.
Dans laquelle l’écologie est enfin dans le camp de la finance et de l’industrie.
Alliance, historique et contre nature, augurant des dividendes d’une ampleur inédite.
Et qui ouvre un marché vierge dans les pays « en développement » où il devient subitement urgent d’investir pour sauver la planète.
L’intermittence de l’énergie du vent, notamment, fera le reste.
Et le fera d’autant mieux que le mécanisme complexe du « Développement Propre » (MDP ou CDM en anglais) permet aux pays industrialisés « d'investir dans des projets de réduction des émissions dans les pays en développement, en remplacement de réductions plus onéreuses sur leur territoire ».
La Chine, là encore, a su tirer parti de ce mécanisme par des mesures tarifaires incitatives, notamment pour l’éolien, qui à attiré la grande majorité des investisseurs sur son territoire.
Et bénéficie ainsi du transfert de technologie qui lui a permis de devenir désormais le n° 1 mondial de la filière éolienne.
L’analyse du China Institute en rappelle avec cynisme les motivations de ses acteurs :



(Source China Institute )

Ce développement rapide des énergies intermittentes dans les pays en développement est présenté comme gage de leur utilité.
Pour la Chine, la dépendance aux métaux rares de cette transition est une opportunité de refermer le piège sur l'Europe.

Délocalisation du CO2
Un des effets pervers de la politique climatique est de délocaliser les industries consommatrices d’énergie donnant une impression trompeuse de son efficacité qui n’aura ainsi consisté qu’à polluer d’avantage encore dans des pays où l’énergie est plus émettrice de CO2 qu’en France, tout en supprimant nos emplois.
La prise en compte de l’évolution de nos importations dans notre empreinte carbone le révèle amèrement dans le tableau de gauche du graphique ci-dessous, tandis que la réduction de nos émissions, du tableau de droite ne correspond en fait qu’à celles d’un travail délocalisé qu’il a fallu importer ensuite..


France Stratégie avait effectivement prévenu (rapport p81) que : « Si l’UE souhaite continuer sur la voie d’un développement rapide des énergies renouvelables actuelles, alors il sera nécessaire de mettre en place des subventions permanentes pour ces technologies et de développer des marges de capacité plus importantes pour répondre à l’intermittence. L’UE devra accepter le fait qu’elle n’accueillera pas d’industries fortement consommatrices d’énergies et que les consommateurs devront faire face à des factures d’énergie élevées. »

Et de même que les industries continuent donc à polluer grâces aux projets « propres » dans les pays en développement, la délocalisation des activités vers ceux-ci permet de verdir leur image à bon compte.
Bon compte pour la finance, bien sûr, qui est mondiale.

L’atout maître nucléaire
Notre parc nucléaire, qui a permis à la France de faire mieux que ses voisins lors du 1er choc pétrolier, comme nous venons de l’évoquer, nous confère aujourd’hui une indépendance énergétique bien supérieure à la moyenne européenne, avec un mix dépendant à 46% des importations, contre 61,9% en Allemagne et 54,1% pour la moyenne de l'Europe.
Le décompte en énergie primaire valorise, bien évidemment, la part nucléaire, et les importations d’uranium ne sont pas comptabilisées par la Commission européenne.
Le caractère insignifiant du coût de l’uranium (1,14€/MWh sur ces 12 derniers mois) et l'importance du stock disponible est la raison de cette exception, la récupération possible de la chaleur actuellement perdue par les réacteurs est celle de cette unité généralement employée.
Tandis que la production européenne de gaz, en chute libre, et sa consommation en hausse, laissent craindre le pire en cas de « choc gazier ». 
Ce 12 février, le Danemark vient d'annoncer le renforcement de sa puissance de combat pour sa politique de dissuasion vis à vis de la Russie en raison de la construction du gazoduc Baltic Pipe destiné à diminuer la dépendance européenne vis à vis du gaz russe.

La pertinence des investissements d'aujourd'hui se mesure au cours du gaz de demain, comme le montrent les hésitations américaines
Ces hésitations se matérialisant par l'accord budgétaire U.S, signé ce 9 février 2018 dont les subventions bénéficieront au développement nucléaire.
Rappelons que 84 des 99 réacteurs US ont déjà obtenu le renouvellement de leur licence à 60 ans.
 
Le « lobby » nucléaire
Face aux énergies renouvelables, un mystérieux et puissant lobby nucléaire chercherait, nous dit-on, à conserver ses prérogatives passées.
Mystérieux, car chacun sait que l’État, avec 83,5%, est le principal actionnaire d’EDF et qu’avec 98% du groupe AREVA, il envisageait de racheter les 2% qui lui manquaient encore en aout dernier. Et qu’il est bien mystérieux de concevoir un lobby d’État, c'est-à-dire de nous même, face aux banques et fonds de pension étrangers qui détiennent la part du lion de l’exploitation des énergies renouvelables intermittentes.
Et où le seul fabricant français était en redressement judiciaire en août dernier, la Chine, encore elle, venant de détrôner danois et allemands avec qui elle se partageait la quasi totalité du marché.

La manipulation de l’opinion parvient à agiter le spectre apocalyptique de la source d’énergie la plus sûre au monde, mais dont la technicité reste impénétrable par le commun des mortels, tandis que, rien qu'en Europe, le charbon tue 23 000 personnes chaque année pour les seules émissions toxiques de sa combustion. Mais c'est de plus d'1 million de morts par an qu'il est était encore responsable en 2012, en comptant les accidents de mine, la silicose, ou la pollution de l'eau.

Tandis que notre transition énergétique vise à rattraper un prétendu retard dans le développement d’une technologie éolienne qui date du 19ème siècle et dont on ne sait toujours pas stocker massivement l’électricité pour un coût acceptable par la collectivité.
Ce qui oblige à garder intégralement le doublon conventionnel, dont les régimes partiels et à coups de fonctionnement demandent de lourdes subventions. Et, en tout état de cause, ne permet pas de remplacer le moindre réacteur nucléaire, quelle qu’en soit la puissance installée.


Et non seulement nos efforts s'obstinent à les développer avant même d’arriver à s’en servir, mais le démantèlement d’un système qui fonctionne est déjà en marche alors que notre parc électrique n’est déjà plus en mesure d’assurer l’alimentation du pays pour de simples températures inférieures à moins 5°.

Les causes du mal
De nombreuse source rapportent que le 29 octobre 2004, du Hyatt-Hotel de Cologne,  Angela Merkel, alors patronne du CDU aurait déclaré :
« À la longue, il y aura tellement de profiteurs de l’énergie éolienne qu’il deviendra impossible de trouver de majorité pour en limiter le développement »
(Auf die Dauer gibt es so viele Profiteure der Windenergie, dass sie keine Mehrheiten mehr finden, um das noch einzuschränken)

Et il semble bien que se trouve là le fond du problème. Celui d’un pari chimérique, contraint à la fuite en avant d’une mutualisation des difficultés par des interconnexions toujours plus denses et plus lointaines, et dont la nécessité ne tient qu’aux termes d’un engagement, dont les succès se chiffrent en records de production ou de capacités installées, mais qui n'en ont toujours pas montré la valeur ajoutée au système. Et dont la pérennité du modèle exige de résoudre la quadrature du cercle en parvenant un jour, peut être, à rendre durable ce qui est intermittent. 
Et conférer ses lettres de modernité à une technologie aussi vieille que le monde.
Et multiplient les scénarios qui rendraient ce pari partiellement en 2030, et plus complètement en 2050, comme si on avait la moindre idée de ce que l'énergie sera dans un quart de siècle.
Pari dans lequel la finance s’est engouffrée pour ses effets d’aubaine et la taille phénoménale de son marché.
Cause à la fois interne et externe de la destruction du vieux monde en raison de la mondialisation du financement.

Pour conclure
Ces observations ne signifient pas que ce pari, pour chimérique qu'il soit, serait voué à l’échec. 
Mais posent question sur l’empressement à jouer le tout pour le tout en détruisant un système performant, et dissuadant, dans le même temps, l’émergence d’une alternative pérenne, par la suppression de toute visibilité à long terme sur le marché de l’électricité, en raison de la confusion, sur ce même marché, entre MWh pilotables et MWh intermittents.

Le bilan de 15 ans de cette transition dénonce des résultats opposés à ceux qui étaient attendus, tant sur la réduction des coûts que sur la sécurité d’approvisionnement ou sur les effets sur l’environnement.

Le climat serait menacé par les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'activité humaine, exprimé en équivalent CO2.
Le principe pollueur payeur semble alors exiger un niveau pertinent d'une taxe carbone.
Les applications de la recherche fondamentale devraient se charger du reste. 
Sans risquer de confondre objectifs et moyens.

Hélas, les tensions internationales accumulent des nuages noirs dont les menaces, infiniment plus graves, s’apprêtent à faire comprendre, mais bien trop tard, que nous nous serons précipités tous seuls vers l'effondrement de notre société.

mercredi 7 février 2018

Programmation Pluriannuelle de l'Energie

Programmation Pluriannuelle de l’Énergie
Le dessous des cartes

Jean Pierre Riou


Les débats autour de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) viennent de s'inviter à l'Assemblée Nationale.
L'objectif en est de détailler les trajectoires de chaque filière de notre mix énergétique, afin de garantir notre sécurité d'approvisionnement, tout en respectant les engagements politiques, climatiques et la maîtrise des coûts.
Notre système électrique fait l'objet de toutes les controverses.
Sa gestion ne peut s'affranchir d'en connaître les points clés.

Au risque de jeter nos œufs dans un panier percé au seul prétexte de diversification.

  Maîtrise de la consommation

Ses enjeux :
Pour réduire la part de la production du parc nucléaire à 50%, au lieu des 75% actuels, de la consommation, plusieurs scénarios, plus ou moins crédibles, tablent sur une réduction drastique de cette consommation. Ce qui est louable.
Mais, de même qu'il ne convient pas de vendre la peau d'un ours encore vivant, il importe de maîtriser cette consommation avant de décider toute réduction du parc de production.

Ses paramètres :
Son évolution
RTE publie chaque année les chiffres de la consommation brute, mais aussi, des chiffres corrigés de l'aléa climatique, du 29 février et du soutirage du secteur de l'énergie, afin de mettre en évidence la tendance générale, et d'en comprendre les enjeux.
Le graphique ci dessous en compare les données, une ligne rouge horizontale marque la consommation corrigée de 2017. 
Infographie J.P.Riou selon chiffres bilans annuels RTE


 * Les graphiques de cet article ont été insérés en grand format pour plus de lisibilité, et visibles intégralement grâce à la barre de défilement inférieure de l'écran 
 
La consommation corrigée apparait en rouge, (les 4 premières, en vert, correspondent au graphique non chiffré du bilan RTE 2016).
Elle fait apparaître une stabilité relative depuis 2008 avec un creux en 2009 que RTE attribue à la baisse de l'activité économique et industrielle.
Et la souligne dans les termes suivants : "Cette évolution résulte essentiellement de la diminution de la consommation des clients raccordés au réseau de RTE (la grande industrie). S’agissant des clients desservis par les réseaux de distribution, la croissance constatée chez les clients particuliers et professionnels compense presque totalement la baisse de la consommation des PMI/PME."

La consommation brute, en bleu, s'écarte plus ou moins de cette consommation corrigée en fonction de la présence ou non d'une année bissextile et de 2 paramètres :
Les températures :
Pour rendre compte de l'évolution de la consommation, RTE corrige les données brutes pour effacer les variations provoquées par les températures.
Et estime à 2 400 MW la puissance supplémentaire nécessaire pour répondre à une baisse de température d'1 degré lors des périodes de chauffage.
RTE explique notamment, dans son bilan 2011, que la diminution importante de la consommation brute provient largement du fait que c'était l'année la plus chaude depuis 1900.

Parallèlement, le cap historique des 500 TWh a été passé en 2010 que RTE décrit, dans son rapport 2011, comme la plus froide des 2 décennies.

Ces différences radicales de température, notamment à nouveau plus froides en 2013 (voir bilan RTE) masquent l'importance de l'impact du remplacement progressif, sur la même période, de l'usine d'enrichissement Georges Besse 1 d'Eurodif en mai 2012 par Georges Besse 2, 50 fois moins gourmande en énergie et qui avait déjà atteint plus d'1,5 millions d'UTS en 2012.

Georges Besse 2
La consommation électrique de G.Besse 1 était en effet de 3000MW, c'est à dire la puissance des 3 réacteurs du Tricastin qui avaient été installés à cet effet et lui étaient dédiés.
Elle avait atteint en 1982 sa capacité nominale de plus de 10 millions d'Unités de Travail de Séparation (UTS/an), avec une consommation de 2,5 MW par UTS, soit 25 TWh par an.
La baisse d'activité liée au stock de sécurité prévu pour cette période charnière et l'arrêt, en 2011, de tous les réacteurs japonais, dont le combustible était enrichi en France, ont contribué à masquer cet apport de 3 nouveaux réacteurs au service de la consommation nationale.
Georges Besse 2 ne consomme en effet que 60 MW au lieu des 3000 MW de G.B.1 et sa mise en service a permis une réduction considérable de la consommation, ainsi que l'évoque RTE dans son bilan 2016 :

"A noter: l’étude de la consommation corrigée nécessite d’exclure du périmètre le secteur de l’énergie, ce dernier étant fortement impacté en 2012 par le changement de procédé d’enrichissement de l’uranium, entrainant une forte réduction de consommation."

La mesure de cette "forte réduction de consommation" est donc supérieure à une graduation complète de notre graphique. Elle n'apparaît pourtant dans aucun bilan.
Une lecture non avertie des chiffres est sujette à méprise.

En toute logique, ces trois réacteurs disponibles pour la consommation "hors soutirage du secteur de l'énergie" qui ont permis de réduire la production fossile, ont également entraîné une brusque réduction des émissions de CO2 au sein d'une tendance globalement à la hausse, comme le montre le graphique de RTE, ci dessous:
Source Bilan RTE 2017
Les émissions n'étant clairement pas "variables au cours du temps" mais en hausse régulière, à l'exception de la réduction significative liée aux économies permises par Georges Besse 2.

Il serait lourd de conséquences d'imaginer que la politique actuelle aurait déjà obtenu des résultats, tant sur la consommation, que sur la disponibilité des énergies intermittentes, ainsi que nous allons le voir dans le chapitre suivant.

La chasse au Gaspi date d'ailleurs des années 1970 et les politiques d'économies d'énergie n'ont pas cessé depuis. On ne peut que leur souhaiter la réussite.
Mais force est d'en constater la difficulté.

Maîtrise de la production

La production garantie
Pour assurer les besoins de la consommation dans les périodes les plus critiques, il est indispensable de prévoir une puissance de production qui sera garantie.
Certaines énergies renouvelables sont intermittentes (éolien, photovoltaïque) et risquent, à ce titre, d'être peu disponibles à ces moments. C'était le cas du solaire lors du pic historique de 102 GW le 8 février 2012 puisqu'il était 19h, c'est la roulette russe pour l'éolien, dont la production garantie est insignifiante, quelle que soit la puissance installée, comme le rappellent ses bilans, chaque mois, la valeur minimale garantie de son taux de couverture de la consommation restant désespérément aussi proche de 0 qu'il l'était en 2012.
Source RTE

L'évolution du parc pilotable
Cette absence de toute production garantie par les énergies intermittentes est la raison qui a amené l'Allemagne à conserver intégralement les 100 000 MW de son parc pilotable (charbon gaz fioul nucléaire ...) malgré le développement parallèle d'un doublon intermittent, éolien/solaire de presque 100 000 MW.
Source Energy Charts

Ce qui lui garantit l'approvisionnement.
Même les soirs sans vent.

Le malentendu français

L'état des lieux
Le graphique ci dessous montre l'évolution du parc électrique français depuis 1990

Infographie J.P.Riou d'après les bilans et statistiques RTE

Une ligne rouge horizontale indique le niveau 2008 des moyens pilotables, année pour laquelle la consommation était comparable à celle de 2017 et sous laquelle le parc "pilotable" 2017 a été "pastellisé" sur le graphique.
Éolien, en bleu, et solaire, tout en haut, se sont développés depuis.
Mais contrairement à l'Allemagne, après une augmentation des moyens pilotables jusqu'en 2012, qui a anticipé une tendance à la hausse de la consommation, on observe une diminution régulière ensuite, jusqu'à un niveau inférieur à celui de 2008. (113,4 GW en 2008, 117,7 GW en 2012 et 112,3 GW en 2016).
De cette réduction de 5,2 GW, 3 GW sont donc compensés par le remplacement de l'usine G.Besse et par 0,9 GW supplémentaires de bioénergies (depuis 2008, et 0,5 depuis 2012).

La marge disponible
Cette réduction de la marge disponible doit être mise en parallèle avec l'alerte du 8 février 2012 à 19h, où le pic de consommation de 102 GW avait déjà été passé dans la plus grande peine, en raison d'un parc photovoltaïque déjà à l'arrêt et des éoliennes à guère plus de 10% de leur puissance nominale.
Les valeurs du froid anticyclonique qui touchait l'Europe étaient pourtant banales.
Depuis, le régulateur  du réseau européen (EntsoE) a alerté sur la fragilité du système français en cas de nouvelle période de froid sans vent. Indiquant clairement le risque de rupture d'approvisionnement en cas de combinaison d'une température simplement inférieure à moins 2 degrés avec un facteur de charge éolien inférieur à 20%. Capacités d'importations comprises ! Les points rouges indiquant clairement "Imports needs that cannot be covered"


(Source https://www.entsoe.eu/Documents/SDC%20documents/MAF/MAF2016_Slides.pdf)

Et c'est sans surprise que le Comité central d'Entreprise d'EDF a annoncé le 2 mars dernier, que le pays avait frôlé, avec une marge de moins de 1%, une rupture d'approvisionnement.

RTE dispose, bien entendu, de dispositifs de crise tels que les délestages ou la baisse de tension sur le réseau.

Mais il ne faudrait pas ignorer que les nombreuses productions décentralisées, telles que les éoliennes, ne demandent, dans de tels cas, qu'à se déconnecter automatiquement en aggravant la situation et se reconnecter de la même manière de façon incontrôlée en entraînant le problème inverse lors de la remontée de cette tension. Et qu'en cas de dépassement des normes de sécurité, c'est l'effet domino sur l'ensemble du réseau qui est à craindre. Ainsi que cela s'est produit lors de la panne géante qui a affecté l'Europe en novembre 2006.  

Mutualisation des problèmes
La multiplication des interconnexions vise à écouler les surplus intermittents et compter sur les voisins en cas de pénurie. L'Allemagne dont les exportations sont clairement corrélées à sa production éolienne, en est le prototype.
Le graphique ci dessous indique la production éolienne de janvier 2018 en vert clair au dessus de l'horizontale, les exportations sont en dessous. L'image en quasi miroir permet de s'en convaincre.

 Source Energy Charts

Par delà le fait que lorsque nous n'avons pas de vent l'Allemagne n'en a pas non plus et n'exporte pas, il ne semble pas nécessaire de développer les raisons  pour lesquelles ce modèle n'est pas généralisable.
 
La sécurité d'approvisionnement, un enjeu stratégique

Un tout récent rapport de l'US Department of Energy (DOE) évalue à 150 milliards de dollars par an le cout des coupures de courant liées à l'instabilité du réseau électrique.
Il propose d'ailleurs de développer les nouveaux petits réacteurs nucléaires modulables (SMRs) pour y remédier.
Les scènes d'émeute et de pillage qui accompagnent les coupures de grande envergure aident d'ailleurs à prendre la mesure des enjeux.

Une juste lecture de l'évolution de la consommation et de la production électrique est nécessaire pour anticiper la situation de demain.

Et gouverner c'est prévoir.




samedi 3 février 2018

CO2 allemand à critères constants

Évolution des émissions du secteur électrique allemand

Jean Pierre Riou 

Les émissions du secteur électrique allemand baissent moins vite que la moyenne européenne.
La ligne horizontale rouge du bas du graphique ci dessous souligne même qu'elles sont strictement les mêmes en 2016 qu'en 2009.
La ligne oblique du haut témoigne pourtant, sur la même période, d'une tendance marquée à la baisse en Europe.




Pour aller plus loin dans l'analyse, peu d'histogrammes de ce genre permettent cependant de vérifier le mode de calcul et les paramètres pris en compte.
On ne peut ignorer que plusieurs d'entre eux tendent à mettre en valeur le rôle du développement des énergies renouvelables, ainsi que leur nom l'indique, tels que celui du Fraunhofer-Institute für Solare Energiesysteme ISE, ou celui de Agora Energiewende, excellents sites au demeurant dont il n'est d'ailleurs pas question de contester l'objectivité ni la rigueur du travail.

Il n'en reste pas moins vrai que l'interprétation de tels histogramme demande la transparence des données pour permettre d'en interpréter les causes.

Ces données peuvent en effet être brutes ou nettes, corrigées ou non de l'aléa climatique et/ou du soutirage du secteur de l'énergie et prendre en compte, ou non, certaines émissions jugées renouvelables.
Ces différences expliquent que les émissions, notamment françaises, ne sont pas les mêmes, pour une même année selon les sources retenues.

Enfin, si la modernisation des moyens de production permet la réduction des émissions, il faut être conscient qu'elle permet également de tirer des conclusions fausses d'une telle réduction.
Et laisser croire, notamment que d'autres paramètres que cette seule modernisation y seraient pour quelque chose.

Le présent article a donc retenu le jeu de données brutes de https://www.ag-energiebilanzen.de/ , en lui appliquant le "coefficient moyen par combustible permettant une estimation la plus pertinente possible" retenu par RTE pour ses données en temps réel, à savoir :

  • 0,96 t/MWh pour les groupes charbon,
  • 0,67 t/MWh pour les groupes fioul,
  • 0,46 t/MWh pour les groupes gaz,
  • 0,98 t/MWh pour les Bioénergies
  • Nous y ajoutons, pour le lignite, la base de 1,1t/MWh*
Ce n'est que pour ses bilans annuels que RTE affine ses résultats consolidés avec les coefficients propres à chaque technologie d'une même filière.

Le cas de la biomasse

La production d'électricité à partir le biomasse est particulièrement émettrice de CO2.
C'est elle qui a le coefficient le plus important pour RTE, au niveau de la planète, certains calculs sont supérieurs encore, qui tiennent compte de la déforestation des puits de carbone qu'ils entraînent, lorsqu'ils ne s'accompagnent pas de replantation.

Le système d'échange de quotas d'émissions (SEQE U.E), ne retient pas celles de la biomasse, ce qui menace d'ailleurs la crédibilité de son plan d'action pour le climat.

Mais ces émissions sont bien réelles et leurs particules fines et autres polluants atmosphériques sont particulièrement importants.
Pour comparaison, RTE ne compte pas les émissions provenant de l'autoconsommation des moyens de production, mais considère que 6,5 TWh des 8,5 TWh de "bioénergies" sont renouvelables et comptabilise 6,2 millions de tonnes de CO2  pour les bioénergies sur un total de 28,3 millions de tonnes de CO2 émises par le parc électrique en 2016.

Libre ensuite à chacun de retenir, ou non, les émissions de la biomasse, selon le type d'analyse recherchée.
Elles figurent en haut de l'histogramme.

Si l'approche, ainsi retenue ci dessous pour l'évolution des émissions du parc électrique allemand, ne tient donc compte ni des modernisations, notamment intervenues après la réunification des 2 Allemagnes, ni de la part de chaque technologie d'une même filière, elle a du moins l'avantage d'expliciter son calcul ) à partir de la transparence de ses données, et de rendre compte, de façon brute, de l'évolution de toutes les productions polluantes du parc électrique allemand.

Ses résultats bruts apparaissent donc ci dessous.
Ils doivent être mis en regard du fait que la consommation allemande est strictement identique en 2017 et en 2003.

Nous nous garderons de tout commentaire.

Source infographie J.P.Riou d'après données AG Energiebilanze  à critères constants 
(RTE en temps réel)

Le graphique étant suffisamment éloquent.

* La source de 1,1 t CO2/MWh peut, bien évidemment être contestée. Le lignite est toujours considéré d'avantage émetteur que le charbon, ce taux nous a semblé le plus conforme à celui retenu par RTE pour le charbon. En tout état de cause, aucun des taux généralement évoqués n'aurait eu de répercussion sensible sur l'histogramme)

** La dernière ligne du tableau Energiebilanze indique "autres sources d'énergie", sans autre précision, elles ne sont pas comptabilisées dans l'histogramme