mercredi 7 février 2018

Programmation Pluriannuelle de l'Energie

Programmation Pluriannuelle de l’Énergie
Le dessous des cartes

Jean Pierre Riou


Les débats autour de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) viennent de s'inviter à l'Assemblée Nationale.
L'objectif en est de détailler les trajectoires de chaque filière de notre mix énergétique, afin de garantir notre sécurité d'approvisionnement, tout en respectant les engagements politiques, climatiques et la maîtrise des coûts.
Notre système électrique fait l'objet de toutes les controverses.
Sa gestion ne peut s'affranchir d'en connaître les points clés.

Au risque de jeter nos œufs dans un panier percé au seul prétexte de diversification.

  Maîtrise de la consommation

Ses enjeux :
Pour réduire la part de la production du parc nucléaire à 50%, au lieu des 75% actuels, de la consommation, plusieurs scénarios, plus ou moins crédibles, tablent sur une réduction drastique de cette consommation. Ce qui est louable.
Mais, de même qu'il ne convient pas de vendre la peau d'un ours encore vivant, il importe de maîtriser cette consommation avant de décider toute réduction du parc de production.

Ses paramètres :
Son évolution
RTE publie chaque année les chiffres de la consommation brute, mais aussi, des chiffres corrigés de l'aléa climatique, du 29 février et du soutirage du secteur de l'énergie, afin de mettre en évidence la tendance générale, et d'en comprendre les enjeux.
Le graphique ci dessous en compare les données, une ligne rouge horizontale marque la consommation corrigée de 2017. 
Infographie J.P.Riou selon chiffres bilans annuels RTE


 * Les graphiques de cet article ont été insérés en grand format pour plus de lisibilité, et visibles intégralement grâce à la barre de défilement inférieure de l'écran 
 
La consommation corrigée apparait en rouge, (les 4 premières, en vert, correspondent au graphique non chiffré du bilan RTE 2016).
Elle fait apparaître une stabilité relative depuis 2008 avec un creux en 2009 que RTE attribue à la baisse de l'activité économique et industrielle.
Et la souligne dans les termes suivants : "Cette évolution résulte essentiellement de la diminution de la consommation des clients raccordés au réseau de RTE (la grande industrie). S’agissant des clients desservis par les réseaux de distribution, la croissance constatée chez les clients particuliers et professionnels compense presque totalement la baisse de la consommation des PMI/PME."

La consommation brute, en bleu, s'écarte plus ou moins de cette consommation corrigée en fonction de la présence ou non d'une année bissextile et de 2 paramètres :
Les températures :
Pour rendre compte de l'évolution de la consommation, RTE corrige les données brutes pour effacer les variations provoquées par les températures.
Et estime à 2 400 MW la puissance supplémentaire nécessaire pour répondre à une baisse de température d'1 degré lors des périodes de chauffage.
RTE explique notamment, dans son bilan 2011, que la diminution importante de la consommation brute provient largement du fait que c'était l'année la plus chaude depuis 1900.

Parallèlement, le cap historique des 500 TWh a été passé en 2010 que RTE décrit, dans son rapport 2011, comme la plus froide des 2 décennies.

Ces différences radicales de température, notamment à nouveau plus froides en 2013 (voir bilan RTE) masquent l'importance de l'impact du remplacement progressif, sur la même période, de l'usine d'enrichissement Georges Besse 1 d'Eurodif en mai 2012 par Georges Besse 2, 50 fois moins gourmande en énergie et qui avait déjà atteint plus d'1,5 millions d'UTS en 2012.

Georges Besse 2
La consommation électrique de G.Besse 1 était en effet de 3000MW, c'est à dire la puissance des 3 réacteurs du Tricastin qui avaient été installés à cet effet et lui étaient dédiés.
Elle avait atteint en 1982 sa capacité nominale de plus de 10 millions d'Unités de Travail de Séparation (UTS/an), avec une consommation de 2,5 MW par UTS, soit 25 TWh par an.
La baisse d'activité liée au stock de sécurité prévu pour cette période charnière et l'arrêt, en 2011, de tous les réacteurs japonais, dont le combustible était enrichi en France, ont contribué à masquer cet apport de 3 nouveaux réacteurs au service de la consommation nationale.
Georges Besse 2 ne consomme en effet que 60 MW au lieu des 3000 MW de G.B.1 et sa mise en service a permis une réduction considérable de la consommation, ainsi que l'évoque RTE dans son bilan 2016 :

"A noter: l’étude de la consommation corrigée nécessite d’exclure du périmètre le secteur de l’énergie, ce dernier étant fortement impacté en 2012 par le changement de procédé d’enrichissement de l’uranium, entrainant une forte réduction de consommation."

La mesure de cette "forte réduction de consommation" est donc supérieure à une graduation complète de notre graphique. Elle n'apparaît pourtant dans aucun bilan.
Une lecture non avertie des chiffres est sujette à méprise.

En toute logique, ces trois réacteurs disponibles pour la consommation "hors soutirage du secteur de l'énergie" qui ont permis de réduire la production fossile, ont également entraîné une brusque réduction des émissions de CO2 au sein d'une tendance globalement à la hausse, comme le montre le graphique de RTE, ci dessous:
Source Bilan RTE 2017
Les émissions n'étant clairement pas "variables au cours du temps" mais en hausse régulière, à l'exception de la réduction significative liée aux économies permises par Georges Besse 2.

Il serait lourd de conséquences d'imaginer que la politique actuelle aurait déjà obtenu des résultats, tant sur la consommation, que sur la disponibilité des énergies intermittentes, ainsi que nous allons le voir dans le chapitre suivant.

La chasse au Gaspi date d'ailleurs des années 1970 et les politiques d'économies d'énergie n'ont pas cessé depuis. On ne peut que leur souhaiter la réussite.
Mais force est d'en constater la difficulté.

Maîtrise de la production

La production garantie
Pour assurer les besoins de la consommation dans les périodes les plus critiques, il est indispensable de prévoir une puissance de production qui sera garantie.
Certaines énergies renouvelables sont intermittentes (éolien, photovoltaïque) et risquent, à ce titre, d'être peu disponibles à ces moments. C'était le cas du solaire lors du pic historique de 102 GW le 8 février 2012 puisqu'il était 19h, c'est la roulette russe pour l'éolien, dont la production garantie est insignifiante, quelle que soit la puissance installée, comme le rappellent ses bilans, chaque mois, la valeur minimale garantie de son taux de couverture de la consommation restant désespérément aussi proche de 0 qu'il l'était en 2012.
Source RTE

L'évolution du parc pilotable
Cette absence de toute production garantie par les énergies intermittentes est la raison qui a amené l'Allemagne à conserver intégralement les 100 000 MW de son parc pilotable (charbon gaz fioul nucléaire ...) malgré le développement parallèle d'un doublon intermittent, éolien/solaire de presque 100 000 MW.
Source Energy Charts

Ce qui lui garantit l'approvisionnement.
Même les soirs sans vent.

Le malentendu français

L'état des lieux
Le graphique ci dessous montre l'évolution du parc électrique français depuis 1990

Infographie J.P.Riou d'après les bilans et statistiques RTE

Une ligne rouge horizontale indique le niveau 2008 des moyens pilotables, année pour laquelle la consommation était comparable à celle de 2017 et sous laquelle le parc "pilotable" 2017 a été "pastellisé" sur le graphique.
Éolien, en bleu, et solaire, tout en haut, se sont développés depuis.
Mais contrairement à l'Allemagne, après une augmentation des moyens pilotables jusqu'en 2012, qui a anticipé une tendance à la hausse de la consommation, on observe une diminution régulière ensuite, jusqu'à un niveau inférieur à celui de 2008. (113,4 GW en 2008, 117,7 GW en 2012 et 112,3 GW en 2016).
De cette réduction de 5,2 GW, 3 GW sont donc compensés par le remplacement de l'usine G.Besse et par 0,9 GW supplémentaires de bioénergies (depuis 2008, et 0,5 depuis 2012).

La marge disponible
Cette réduction de la marge disponible doit être mise en parallèle avec l'alerte du 8 février 2012 à 19h, où le pic de consommation de 102 GW avait déjà été passé dans la plus grande peine, en raison d'un parc photovoltaïque déjà à l'arrêt et des éoliennes à guère plus de 10% de leur puissance nominale.
Les valeurs du froid anticyclonique qui touchait l'Europe étaient pourtant banales.
Depuis, le régulateur  du réseau européen (EntsoE) a alerté sur la fragilité du système français en cas de nouvelle période de froid sans vent. Indiquant clairement le risque de rupture d'approvisionnement en cas de combinaison d'une température simplement inférieure à moins 2 degrés avec un facteur de charge éolien inférieur à 20%. Capacités d'importations comprises ! Les points rouges indiquant clairement "Imports needs that cannot be covered"


(Source https://www.entsoe.eu/Documents/SDC%20documents/MAF/MAF2016_Slides.pdf)

Et c'est sans surprise que le Comité central d'Entreprise d'EDF a annoncé le 2 mars dernier, que le pays avait frôlé, avec une marge de moins de 1%, une rupture d'approvisionnement.

RTE dispose, bien entendu, de dispositifs de crise tels que les délestages ou la baisse de tension sur le réseau.

Mais il ne faudrait pas ignorer que les nombreuses productions décentralisées, telles que les éoliennes, ne demandent, dans de tels cas, qu'à se déconnecter automatiquement en aggravant la situation et se reconnecter de la même manière de façon incontrôlée en entraînant le problème inverse lors de la remontée de cette tension. Et qu'en cas de dépassement des normes de sécurité, c'est l'effet domino sur l'ensemble du réseau qui est à craindre. Ainsi que cela s'est produit lors de la panne géante qui a affecté l'Europe en novembre 2006.  

Mutualisation des problèmes
La multiplication des interconnexions vise à écouler les surplus intermittents et compter sur les voisins en cas de pénurie. L'Allemagne dont les exportations sont clairement corrélées à sa production éolienne, en est le prototype.
Le graphique ci dessous indique la production éolienne de janvier 2018 en vert clair au dessus de l'horizontale, les exportations sont en dessous. L'image en quasi miroir permet de s'en convaincre.

 Source Energy Charts

Par delà le fait que lorsque nous n'avons pas de vent l'Allemagne n'en a pas non plus et n'exporte pas, il ne semble pas nécessaire de développer les raisons  pour lesquelles ce modèle n'est pas généralisable.
 
La sécurité d'approvisionnement, un enjeu stratégique

Un tout récent rapport de l'US Department of Energy (DOE) évalue à 150 milliards de dollars par an le cout des coupures de courant liées à l'instabilité du réseau électrique.
Il propose d'ailleurs de développer les nouveaux petits réacteurs nucléaires modulables (SMRs) pour y remédier.
Les scènes d'émeute et de pillage qui accompagnent les coupures de grande envergure aident d'ailleurs à prendre la mesure des enjeux.

Une juste lecture de l'évolution de la consommation et de la production électrique est nécessaire pour anticiper la situation de demain.

Et gouverner c'est prévoir.




samedi 3 février 2018

CO2 allemand à critères constants

Évolution des émissions du secteur électrique allemand

Jean Pierre Riou 

Les émissions du secteur électrique allemand baissent moins vite que la moyenne européenne.
La ligne horizontale rouge du bas du graphique ci dessous souligne même qu'elles sont strictement les mêmes en 2016 qu'en 2009.
La ligne oblique du haut témoigne pourtant, sur la même période, d'une tendance marquée à la baisse en Europe.




Pour aller plus loin dans l'analyse, peu d'histogrammes de ce genre permettent cependant de vérifier le mode de calcul et les paramètres pris en compte.
On ne peut ignorer que plusieurs d'entre eux tendent à mettre en valeur le rôle du développement des énergies renouvelables, ainsi que leur nom l'indique, tels que celui du Fraunhofer-Institute für Solare Energiesysteme ISE, ou celui de Agora Energiewende, excellents sites au demeurant dont il n'est d'ailleurs pas question de contester l'objectivité ni la rigueur du travail.

Il n'en reste pas moins vrai que l'interprétation de tels histogramme demande la transparence des données pour permettre d'en interpréter les causes.

Ces données peuvent en effet être brutes ou nettes, corrigées ou non de l'aléa climatique et/ou du soutirage du secteur de l'énergie et prendre en compte, ou non, certaines émissions jugées renouvelables.
Ces différences expliquent que les émissions, notamment françaises, ne sont pas les mêmes, pour une même année selon les sources retenues.

Enfin, si la modernisation des moyens de production permet la réduction des émissions, il faut être conscient qu'elle permet également de tirer des conclusions fausses d'une telle réduction.
Et laisser croire, notamment que d'autres paramètres que cette seule modernisation y seraient pour quelque chose.

Le présent article a donc retenu le jeu de données brutes de https://www.ag-energiebilanzen.de/ , en lui appliquant le "coefficient moyen par combustible permettant une estimation la plus pertinente possible" retenu par RTE pour ses données en temps réel, à savoir :

  • 0,96 t/MWh pour les groupes charbon,
  • 0,67 t/MWh pour les groupes fioul,
  • 0,46 t/MWh pour les groupes gaz,
  • 0,98 t/MWh pour les Bioénergies
  • Nous y ajoutons, pour le lignite, la base de 1,1t/MWh*
Ce n'est que pour ses bilans annuels que RTE affine ses résultats consolidés avec les coefficients propres à chaque technologie d'une même filière.

Le cas de la biomasse

La production d'électricité à partir le biomasse est particulièrement émettrice de CO2.
C'est elle qui a le coefficient le plus important pour RTE, au niveau de la planète, certains calculs sont supérieurs encore, qui tiennent compte de la déforestation des puits de carbone qu'ils entraînent, lorsqu'ils ne s'accompagnent pas de replantation.

Le système d'échange de quotas d'émissions (SEQE U.E), ne retient pas celles de la biomasse, ce qui menace d'ailleurs la crédibilité de son plan d'action pour le climat.

Mais ces émissions sont bien réelles et leurs particules fines et autres polluants atmosphériques sont particulièrement importants.
Pour comparaison, RTE ne compte pas les émissions provenant de l'autoconsommation des moyens de production, mais considère que 6,5 TWh des 8,5 TWh de "bioénergies" sont renouvelables et comptabilise 6,2 millions de tonnes de CO2  pour les bioénergies sur un total de 28,3 millions de tonnes de CO2 émises par le parc électrique en 2016.

Libre ensuite à chacun de retenir, ou non, les émissions de la biomasse, selon le type d'analyse recherchée.
Elles figurent en haut de l'histogramme.

Si l'approche, ainsi retenue ci dessous pour l'évolution des émissions du parc électrique allemand, ne tient donc compte ni des modernisations, notamment intervenues après la réunification des 2 Allemagnes, ni de la part de chaque technologie d'une même filière, elle a du moins l'avantage d'expliciter son calcul ) à partir de la transparence de ses données, et de rendre compte, de façon brute, de l'évolution de toutes les productions polluantes du parc électrique allemand.

Ses résultats bruts apparaissent donc ci dessous.
Ils doivent être mis en regard du fait que la consommation allemande est strictement identique en 2017 et en 2003.

Nous nous garderons de tout commentaire.

Source infographie J.P.Riou d'après données AG Energiebilanze  à critères constants 
(RTE en temps réel)

Le graphique étant suffisamment éloquent.

* La source de 1,1 t CO2/MWh peut, bien évidemment être contestée. Le lignite est toujours considéré d'avantage émetteur que le charbon, ce taux nous a semblé le plus conforme à celui retenu par RTE pour le charbon. En tout état de cause, aucun des taux généralement évoqués n'aurait eu de répercussion sensible sur l'histogramme)

** La dernière ligne du tableau Energiebilanze indique "autres sources d'énergie", sans autre précision, elles ne sont pas comptabilisées dans l'histogramme


dimanche 31 décembre 2017

La face cachée des émissions allemandes



Arsenic, plomb et oxydes d’azote : la face cachée des émissions allemandes

Jean Pierre Riou


Rappel sur le charbon
Le charbon est la cible des politiques climatiques, notamment allemande, qui en ont limité directement les émissions par plusieurs actions :
La modernisation des centrales électriques à charbon qui permet d’en diminuer la consommation ainsi qu’en réduire les facteurs de pollution.
Sa suppression dans l’autoconsommation électrique des secteurs minier  et manufacturier au sein desquels le charbon a pratiquement disparu avec  0,3 GW en 2015 contre 2,9 GW en 2011, ainsi que le précise le site Energy Charts.
Son remplacement partiel  au sein de filières telles que la cimenterie qui en remplace une part croissante par l’utilisation de déchets économisant autant d’équivalent charbon
Mais aussi au sein de la sidérurgie, où le remplacement des hauts fourneaux par les aciéries électriques, et surtout, la déferlante de l’acier chinois se chargent de diminuer la consommation de charbon du secteur.
La délocalisation, effet « pervers » des contraintes anti pollution et de l’élévation du coût de l’énergie, qui a entraîné la suppression d’une part importante des activités sur les territoires nationaux, permettant une baisse des émissions sur place, mais largement compensée  par celles émises ailleurs, une fois délocalisée.
Cette délocalisation explique, pour une large part, la baisse spectaculaire des émission du secteur de l’industrie manufacturière.

Production d’électricité
Le cas de la production d’électricité demande une attention particulière afin de différencier  la part de réduction des émissions liée à chacun des trois leviers suivants :
La modernisation des centrales le remplacement du charbon par d’autres capacités installées, les effets du couplage avec des moyens intermittents tels qu’éolien et photovoltaïque des centrales à charbon dont on cherche à réduire les émissions.

Car l’intermittent ne remplace toujours pas le pilotable :
En l’absence de technologies de stockage à grande échelle pour un coût acceptable par la collectivité, le développement des énergies intermittentes telles que l’éolien et le solaire n’a jusqu’alors permis que de jouer sur les facteurs de charge des centrales conventionnelles, sans pour autant permettre de fermer la moindre d’entre elle.
Cette conclusion a été mise en évidence dans « Ubu chez les allemands » qui précise les effets sur la seule réduction du facteur de charge des centrales à gaz et à charbon, tandis que celles au lignite continuent à fonctionner en base.
Couplé au nucléaire, l’intermittent augmente les risques et les déchets.
Couplé au fossile l’intermittent biaise les données en augmentant les facteurs de pollution.

L’intermittent et facteurs de pollution
En effet, les régimes chaotiques imposés aux centrales thermiques ne s’accompagnent pas de la réduction des émissions qu’un calcul sommaire pourrait évoquer en se contentant de prendre en compte la seule quantité d’électricité produite et non la réalité des émissions lorsque ces centrales fonctionnent par à coups et en régimes partiels.
Or, ces émissions ont des conséquences bien plus immédiates que le réchauffement de la planète

Mortelle pollution
La seule centrale allemande au lignite de Jänschwalde, en effet, rejette chaque année dans l’atmosphère quelques  570 tonnes de particules fines d’un diamètre inférieure à 10 microns (PM 10), 18 000 tonnes d’oxydes d’azote, autant d’oxydes de souffre, 12 000 tonnes de monoxyde de carbone, 80 tonnes de chlore,  et quantité de métaux lourds tels que 130 kg d’arsenic, 900 kg de plomb, 400 kg de mercure et autant de nickel, cuivre ou chrome.
Sans préjudice des gaz spécifiquement considérés « à effet de serre », comme ses 23 millions de tonnes de CO2, soit, pour ce dernier, plus à elle seule que l’ensemble du système électrique français.

L’OMS dénonce le « lien étroit et quantitatif entre l’exposition à des concentrations élevées en particules (PM10 et PM10 et PM2,5 ) et un accroissement des taux de mortalité et de morbidité, au quotidien aussi bien qu’à plus long terme »
Le lien entre la concentration en oxydes de souffre et la mortalité a été mis en évidence.
On sait également que les métaux lourds s’accumulent dans l’organisme et affectent le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques et respiratoires et que l’arsenic, comme le nickel ou le cadmium sont reconnus « cancérogènes certains »
Pour l’OMS, le plomb se diffuse dans l’organisme pour atteindre le cerveau, le foie les reins, les os … Il n’y aurait pas de seuil en dessous duquel lequel l’exposition au plomb serait sans danger.
On sait également que l’absorption simultanée de plomb, cuivre ou zinc accroit la nocivité du mercure, lui-même déjà toxique à très faibles doses.

Pour la petite histoire, EPH, la compagnie tchèque qui a récemment racheté la centrale de Jänschwalde, a formé une action en justice contre les nouvelles règles antipollution destinées à protéger le climat, mais surtout la santé des allemands.

La mort par le charbon
Le rapport Europe’s Dark Cloud, évalue à 22 900 le nombre de décès provoqués en 2013 par le charbon en Europe.
Chiffre considérable à mettre en parallèle avec les 26 000 décès provoqués par les accidents de la route.
Le charbon allemand serait responsable de 1860 décès sur son propre sol et 2490 hors de ses frontières, dont 490 rien qu’en France, chaque année.

Car ce n’est pas, en effet, aux environs immédiats, mais après avoir voyagé en se combinant avec d’autres polluants environnementaux tels que l’ammoniac, que les émissions du charbon sont les plus toxiques, ainsi que l’a montré une étude de l’Institut de Stutgart, comptabilisant les polluants spécifiques de chaque centrale allemande.
L’étude considérait l’augmentation de la mortalité dans un rayon de 700 km.

Et tandis que l’OMS préconise notamment pour les particules inférieures à 10 microns (PM 10), les seuils critiques à ne pas dépasser, de quelques microgrammes par mètre cube d’air (µg/m3), c’est par centaines de tonnes que chaque centrale au lignite déverse ces particules chaque année.


Zones à évacuer
Quantité de méta-analyses couvrant des centaines de villes ont mis en évidence un lien étroit entre l’augmentation de différents polluants atmosphériques et l’accroissement de la mortalité.
Bertrand Barré en analyse plusieurs dans son étude pour Sauvons le Climat et mentionne une augmentation comprise entre 0,4% et 1,5% de mortalité lors d’une augmentation de 10µg/m3 de PM2. Ou 20µg/m3 de PM10.
D’autres études mettent en évidence le même type de corrélation avec SO2 ou NO2.
Une telle augmentation du risque de décès prématuré est bien supérieure à celle retenue pour entrainer l’évacuation en cas d’accident nucléaire.
A Fukushima, c’est le seuil de 20 mSv qui a été retenu pour évacuer des zones entières, tandis que 6 ans après, aucun indice ne permet toujours de constater la moindre anomalie statistique sur les millions de personnes suivies, ni sur les 300 000 thyroïdes d’enfants.

Un regard sur la seule pollution aux PM 2,5 (et le calcul de correspondance de son indice) met en évidence qu’une telle précaution exigerait l’évacuation immédiate de la quasi-totalité de l’Asie, le risque sanitaire y étant bien plus grand que dans les zones évacuées de Fukushima.
Il faudrait également évacuer une bonne partie de l'Europe, notamment la plupart des grandes villes.
On sait parfaitement que les centrales allemandes augmentent significativement la mortalité dans un rayon considérable.
A partir de combien d’années de vie perdues dans la zone considérée devrait on notamment évacuer  les environs de chacune d’elle ?
(Illustration : estimation des années de vies perdues autour de la centrale à charbon de Datteln en raison de ses émissions : Université de Stutgart)