dimanche 18 septembre 2016

Infrasons éoliens et distances d'éloignement



Perception des infrasons et sensation d’angoisse :
L’absence de corrélation avec l’éloignement de la source.


Jean Pierre Riou

La modulation d’amplitude du bruit éolien, liée au rythme du passage des pales devant le mât, semble le principal critère de gène pour les riverains, ainsi que le suggère le récent rapport du groupe d’experts INWG présenté par le député britannique Chris Heaton Harris.
La valeur de son émergence est déterminante et dépend de nombreux facteurs dont la distance d’éloignement entre éoliennes et maisons.

Pour autant, cette corrélation entre l'importance de la gène ressentie et la distance, ou la valeur du bruit, ne semble pas s’appliquer à tous les critères de gène.

En effet, parmi les nombreux symptômes rapportés par la littérature médicale, les sensations d’angoisse sont récurrentes.
Deux études en mettent le mécanisme physiologique en lumière et suggèrent l’absence d’une telle corrélation:

En 2006, Alec Salt décrivait la physiologie de la perception des infrasons, grâce aux cellules ciliées externes (Outer Hair Cells)



Il décrivait la transmission au cerveau de leur signal infrasonore par un type spécifique de fibres nerveuses (type II) composées de cellules granulaires.


  

Il montrait, sur ce même tableau (en haut à droite), que la réception de ces infrasons par le cerveau entraînait un état d’attention et d’alerte physiologique.

C’est cette perception qui permet au monde animal de fuir un tremblement de terre, un incendie, la charge d’un troupeau ou l’arrivée d’un orage.  
L’histoire contemporaine a rappelé le sentiment d’oppression panique provoqué par le grondement lointain d’un régiment de blindés dans le silence nocturne, bien avant même que quiconque ait compris de quoi il s’agissait.

En effet, les infrasons, qui accompagnent les mouvements du sol ou le grondement du ciel se propageant à des dizaines de kilomètres sans que rien, quasiment ne puisse les atténuer, entraînent des réactions physiologiques (accélération du cœur, dilatation des pupilles, élévation de la température…) qui permettent de favoriser la fuite, ou d’ailleurs l’évanouissement, qui est une forme de fuite.

Ces comportements réflexes archaïques pourraient probablement justifier les réveils nocturnes brutaux, accompagnés de suées et de bouffées d’angoisse régulièrement rapportés par les riverains d’éoliennes.
Et il ne s’agirait alors pas d’un problème d’intensité du signal sonore, mais de d’immersion dans un environnement perçu inconsciemment comme hostile et d’autant plus difficile à gérer que ces vibrations et infrasons semblent provenir de la structure de la maison (qui les amplifie) et même de la propre structure corporelle, sans la possibilité d’identifier une source familière, comme le passage d’un train ou d’un avion. Ces riverains évoquant souvent un « avion qui ne se pose jamais » ou des vibrations plus ressenties qu’entendues.
Rappelons, à ce sujet, les travaux du Professeur Allan Hedge de l’Université de Cornell pour qui : « Quand un objet vibre à sa propre fréquence, l’amplitude de la vibration est supérieure à l’amplitude de la source.
Les vibrations entre 0.5 et 80Hz ont des effets significatifs sur le corps humain.
Les vibrations entre 2.5 et 5Hz ont une forte résonance dans les vertèbres avec une amplification supérieure à 240%....
Les vibrations peuvent créer un stress chronique et parfois un dommage permanent aux organes. »
  
Remarque: depuis la publication de l'article, l'ouverture du lien réclame malheureusement un mot de passe.
Ces travaux d'Allan Hedge sont cités par Lynne Knuth, PhD, dans sa communication à la Commission de service public du Wisconsin psc.wi.gov/apps35/ERF_view/viewdoc.aspx?docid=133326
 
En juillet 2015, un groupe international d’experts s’est penché sur les effets sanitaires éventuels de ces « sons inaudibles ». Leurs travaux ont été coordonnés, dans le cadre du « Programme européen en recherche et métrologie » par le Physikalisch-Technische Bundesanstalt (PTB) allemand.
La revue d’acoustique « The Hearing Review » en a rapporté les principales conclusions.
Après avoir procédé à des IRM et Magnétoencéphalographies les chercheurs ont mis en évidence que la perception humaine de sons se situait bien en dessous (une octave complète) de ce qu’on croyait jusqu’alors.



Ces enregistrements ont matérialisé le fait que les sons considérés inaudibles jusqu’alors sont bien perçus par le cerveau et génèrent des émotions liées à leurs fréquences.
Selon l’acousticien responsable du projet, Christian Koch, les caractéristiques des éoliennes seraient suffisantes pour provoquer ces effets et il serait erroné de se contenter de l’affirmation que le niveau de leurs infrasons est inférieur à celui de l’audition.

D’autre part, ces infrasons sont perçus d’autant mieux que le signal sonore contient moins de fréquences supérieures. A. Salt l’avait notamment mis en évidence en enregistrant la réponse cochléaire à un stimulus de 5 Hz, puis en lui adjoignant un stimulus de 500 Hz.
Cette dernière tonalité ayant supprimé la réponse au stimulus de 5 Hz.



Cette constatation explique que des riverains sont d’autant plus gênés que le milieu ambiant est plus calme, et que la gène ressentie peut être souvent bien supérieure à 1km qu’à 500m, du fait qu’avec l’éloignement, la puissance des hautes fréquences s’atténue infiniment plus que celle des infrasons et que le riverain ne perçoit plus que ces infrasons, débarrassés des autres fréquences.
De même, la présence d’un trafic routier peut rendre la situation supportable alors qu’elle peut ne pas l’être pour certains à plusieurs kilomètres dans le silence complet.

Ambrose et Rand en ont d’ailleurs fait le constat radical dans l’étude Mc Pherson en ces termes : « The dBA levels were inversely correlated to adverse health effects experienced » (les niveaux en dBA étaient inversement corrélés avec les effets sanitaires ressentis).
La pondération A des mesures rendant compte essentiellement de la puissance des fréquences supérieures, ce constat confirme que la perception des infrasons et de leurs effets sanitaires diminue avec l’augmentation du bruit audible, exprimé avec la pondération A (dBA).
 
Concernant la caractéristique anxiogène de l’exposition chronique aux éoliennes, il ne semble donc pas que la distance soit le paramètre essentiel, tandis que les critères géologiques et topographiques et, plus encore, l’absence de bruit résiduel apparaissent déterminants.

C’est d’ailleurs le sens de la motion du 118ème congrès des médecins allemands qui a attiré l’attention sur les effets potentiels sur la santé des infrasons éoliens dans un rayon de 10km.

En tout état de cause, il serait incorrect de chercher à disculper les éoliennes au motif que leurs infrasons sont inaudibles, ou que la gène occasionnée n’est pas corrélée avec la distance ou avec la valeur du bruit ambiant.
Force est de constater que c'est pourtant le principal argument opposé aux milliers de témoignages de souffrances.

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