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mardi 21 juillet 2026

CSPE 2027

 

CSPE 2027

Jean Pierre Riou 

La CRE vient de publier son estimation de juillet des charges du service public de l’énergie.

Le soutien aux EnR y tient la plus large place. A part la parenthèse de la flambée du cours du MWh liée à la gestion des corrosions sous contrainte qui ont affecté le parc nucléaire sur fond d’envolée du prix du gaz, la prévision 2027 montre la poursuite de l’envolée de ce soutien aux EnR.



Le solaire et l’éolien représentent l’essentiel de ce surcoût.

Le soutien aux EnR électriques 2027 est estimé à 8,378 milliards d’€ sur un total de charges de 14,128 milliards. 


Pour la première fois, la CRE précise la part financée par l’accise et celle prise en charge par le budget de l’État, notamment pour les 12 Md€ de 2026


C’est ainsi que l’essentiel de ces charges est payé par le contribuable et non par les factures du consommateur dont l’accise (ex CSPE) ne finance que le quart. 

L’enchérissement du kWh provenant davantage par l’augmentationde la taxe sur l’acheminement (TUPE) qui a explosé en raison de la restructuration du réseau nécessaire à l’injection des EnR.

L’infographie ci-dessous permet de visualiser l’évolution du prix du kWh pour les ménages avec les principaux événements l’ayant influencée.


 

vendredi 5 juin 2026

L'écrêtement des EnR en questions

 

L'écrêtement des EnR en questions

Jean Pierre Riou 

Quand le vent souffle ou que le soleil brille, le cout de production nul d’éolien ou solaire fait que ces EnR auront toujours intérêt à produire. Et quand le vent ou le soleil tombe, ils ne produisent plus rien. Pour cette raison, la production éolienne 2025 a varié entre entre 20131MW le 23 octobre et 36 MW le 13 décembre, soit une variation sur une échelle de 1 à 500. Et le solaire, qui peut dépasser ces 20000 MW, tombe à 0 MW chaque nuit. Ce caractère météo-dépendant de des EnR entraîne un plus grand besoin de flexibilité de la consommation, mais aussi du système pour permettre l’adéquation d’un mix électrique de plus en plus aléatoire avec les besoins de la consommation. Et par flexible, on tend à comprendre utile à l’équilibre offre-demande et non tellement inutile qu’il faut s’efforcer de s’en débarrasser. C’est pourquoi le sous-titre de RTE, ci-dessous, peut surprendre, et mérite le développement qui suit, qui rappelle notamment que l'écrêtement de tout ou partie de la puissance d'une installation d'EnR peut provenir de 3 causes.


1) Les prix négatifs

Alors que les précédents contrats d’EnR relevaient d’un tarif d’obligation d’achat (TOA), l’arrêté du 6 mai 2017 a introduit le complément de rémunération (CR) qui est versé à l’exploitant éolien pour lui assurer une rémunération contractuelle. L’exploitant vend alors directement sa production sur le marché et reçoit en complément la différence avec le prix convenu dans le contrat. Mais cet arrêté stipule qu’après 20 heures de prix négatifs, l’exploitant qui arrête son installation lors de prix négatifs reçoit une prime équivalente à 35% de la puissance maximum de son parc (Primeprix négatifs = 0,35.Pmax. T . nprix négatifs). L’arrêté du 23 avril 2018 prévoit la même chose pour le solaire, mais sur la base de 50% de la puissance installée (Prime = 0.5. P. Te. nprixnégatifs) au-delà des 15 premières heures négatives. Dans sa délibération du 2 mars 2023 la CRE prévoit la même chose dans les contrats d’éoliennes flottantes en sud Bretagne, avec un taux de 70% de la puissance installée (Primeprix négatifs = 0,7 x Pmax x T x nprix négatifs) après 40 heures de prix négatifs.

L’explosion du nombre d’heures négatives parallèlement au développement de la puissance installée explique la forte augmentation du volume non produit. En un an, le volume de cette modulation des parcs éoliens et solaires a doublé, et atteint 2,9 TWh selon RTE dans son bilan 2025..


Ce volume croissant d’électricité non produite correspond à une production dont personne n’aurait voulu puisque, par définition du prix négatif, il aurait fallu payer pour l’écouler. C’est la raison pour laquelle l’acheteur obligé (EDF OA) aurait un intérêt financier à étendre le système aux contrats d’obligation d’achat (avant 2017 + premiers contrats d’éolien en mer) sans devoir payer, en plus, pour écouler leur production indésirable. C’est la raison de l’arrêté du 22 décembre 2025 qui prévoit que éolien et solaire sous obligation d’achat peuvent être sollicités pour s’arrêter lors de prix négatifs et sont dédommagés à hauteur du tarif contractuel pour un facteur de charge de 25% pour l’éolien terrestre et 47% pour le solaire. L'article 175 de la loi de finance 2025 prévoyait en effet que les acheteurs obligés (EDF OA) peuvent demander au producteur l'arrêt ou la limitation de la production de tout ou partie des installations de production lorsque cet arrêt ou cette limitation permet de réduire les surcoûts.

2) Le marché de l’ajustement

De plus la modification des contrats d’obligation d’achat en mer du 2 juin 2025 permet d’obtenir l’arrêt des parcs en période de prix négatifs. Un avenant permet aux exploitants de participer au marché de l’ajustement quand l’offre dépasse la demande.

RTE retrace l’évolution de la réglementation et des capacités éoliennes et solaires qui participent à ce marché depuis juillet 2023. Moins de 6 GW sur les 54 installés y participaient en décembre 2025, mais c’est déjà 5 fois plus qu’en 2024. Cet ajustement a permis d’écrêter un peu plus de 100 GW éolien et solaire.

3) Le redispatching

Reste enfin les volumes écrêtés pour cause d’engorgement du réseau, ou redispatching, où RTE modifie autoritairement les programmes d’appel de production, en réduisant notamment ceux qui sont en amont d’un engorgement qu’il remplace par une sollicitation supérieure en aval. RTE fait état de 2 TWh en 2024, toutes filières confondues. Et note que c’est entre 24 TWh et 32 TWh chaque année en Allemagne, ce qui ne doit pas surprendre en raison du caractère aléatoire de son mix électrique.

Le « modèle » allemand

Pour la gestion des prix négatifs, l’Allemagne, est plus radicale depuis l’EEG 2023 : le producteur de puissance installée supérieure à 100 kW ne touche plus rien dès le premier ¼ d’heure de prix négatif et doit éventuellement payer pour écouler sa production s’il ne l’arrête pas. Le seul dédommagement accordé étant une prolongation équivalente à la durée de leurs contrats. Depuis le Solarspitzengesetz de février 2025, la durée de prolongation de ce contrat est réduite par l’affectation d’un coefficient de 0,5.

La cannibalisation en question

Dans un système électrique où seules les EnR ont un coût marginal nul, il est important de comprendre que les prix négatifs ne sont pas le seul problème du marché et que leur cannibalisation de celui-ci est problématique dès qu’il descend sous le coût de production des filières qu’on espère développer en même temps, comme le nucléaire, pilotable et décarboné, dont on ne peut se passer ni de l’inertie de ses turboalternateurs, ni de sa capacité à régler la tension du réseau. Et ces chutes du marché sous son cout de production entraine un volume de modulations à la baisse pour raison économique de plus en plus important et l’impossibilité de rentabiliser tout nouvel investissement sans faire appel aux aides d’État. Tandis que parallèlement, plus ce marché s’effondre et plus les charges du service public de l’énergie croissent pour garantir aux EnR la différence entre ce prix du marché et le tarif convenu.

Dans le cadre de la rétribution des capacités garanties, la CRE applique, de façon optimiste, dans sa délibération de février 2026 un coefficient normatif  de 0,15 à l’éolien et 0,05 au solaire pour refléter la puissance sur laquelle on peut compter. C'est-à-dire que pour compter sur 1 MW il faut installer 6,6 MW éoliens et 20 MW solaires, contre 1,1 MW nucléaire auquel est attribué le coefficient 0,9.

Les projets de mix à forte proportion d’EnR doivent intégrer les conséquences de ce que RTE nomme leur flexibilité. A savoir le fait que si les moyens de stockage sont nécessaires pour atteindre le coefficient normatif prévu lorsque la météo n’est pas favorable, lorsqu’elle l’est, la cannibalisation de leur propre valeur du fait de leur puissance, respectivement 6,6 fois supérieure pour l’éolien et 20 fois pour le solaire, les amène à devoir s’arrêter.

Dès lors on voit mal comment leur modèle économique ne serait pas condamné à dépendre indéfiniment de subventions croissantes.

mercredi 29 avril 2026

Les risques cachés de l'intermittence

 

Les risques cachés de l’intermittence

 

Contribution à la consultation du public sur l’actualisation 2026 de Futurs énergétiques 2050

Jean Pierre Riou

La 3ème programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été publiée le 12 février 2026. Pour la 1ère fois, une clause de revoyure en 2027 a été introduite, dernière occasion d’éviter le pire.

Cette clause donne une importance particulière à l’actualisation des scenarios de Futurs énergétiques 2050 qui font l’objet des remarques suivantes.

La présente contribution éclaire les éléments qui tendent à montrer qu’en regard d’une trajectoire du mix électrique à horizon 2050, la part optimum d’énergies renouvelables intermittentes (EnRi) pourrait bien être déjà dépassée. Elle montre en quoi une fuite en avant vers plus d’intermittence risque de compromettre à la fois la sécurité du système électrique européen et l’électrification des usages en multipliant ses coûts, sans pouvoir prétendre décarboner le mix national ni réduire le parc pilotable installé.

Les vrais chiffres de la consommation

Depuis 2012, la consommation française a été réduite d’une vingtaine de TWh par an grâce à l’efficacité énergétique de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2 qui se contente de 60 MW au lieu des 3000 MW de la précédente G. Besse 1 à laquelle étaient affectés les réacteurs du site du Tricastin. Or cette réduction a été occultée par une exclusion à postériori du secteur et, contrairement aux bilans de l’époque, n’était plus mentionnée dans les récents historiques de RTE, comme si G. Besse 1 n’avait jamais existé.

Ce manque de transparence avait été dénoncé le 4 janvier 2026 dans L’apprenti sorcier avant que RTE ne mentionne à nouveau, dans son bilan de mars 2026, que pour la consommation corrigée, « Les valeurs affichées excluent la consommation liée à l’enrichissement d’uranium en France, pour que les niveaux soient comparables au cours de l’historique : en effet, un changement du procédé utilisé fait que la consommation pour l’enrichissement a fortement diminué à partir de l’année 2012. »

Mais on ne comprend toujours pas pourquoi les chiffres de consommation brute de l’historique de RTE d’aujourd’hui sont affectés de la même réduction par rapport aux chiffres bruts publiés à l’époque, ainsi que l’illustre l’article Les vrais chiffres de la consommation d’électricité, comme si cette consommation brute avait été recalculée d’après la consommation corrigée en la pondérant inversement en fonction des aléas météorologiques et des effets calendaires pour rester cohérente avec des chiffres de consommation corrigée qui occultaient donc sans le dire la vingtaine de TWh annuels de G. Besse 1. Toute autre explication sera bienvenue.

  En tout état de cause, le bilan annuel 2024 (et les précédents) ne permettait pas aux rédacteurs de la PPE3 de prendre la mesure de la réduction de la consommation permise depuis 2012 par l’efficacité énergétique de G Besse 2, ni de comprendre que la consommation brute est en fait la même qu’en 2001 alors que l’historique la fait apparaître supérieure à celle d’aujourd’hui.

Cette division par 50 de la consommation du site du Tricastin est pourtant à rapprocher de la division par 100 de celle des nouvelles puces de la société Euclyd, susceptibles de réduire drastiquement la consommation du secteur numérique, pour rappeler la capacité des ruptures technologiques à contrebalancer les effets de l’électrification des usages, tandis que la part de l’augmentation du prix du kWh liée à un développement irrationnel des EnRi, en inhibe le développement.

L’incompressible pilotable

L’économie d’énergie permise par la centrifugation qui a libéré pour la consommation les 3 réacteurs du Tricastin jusqu’alors affectés à l’usine Georges Besse 1, a ainsi permis de fermer une puissance équivalente (3 GW) de centrales à charbon dans les années qui ont suivi son remplacement par G. Besse 2. L’occultation de cette circonstance en a injustement laissé porter le crédit aux énergies renouvelables et ont manifestement fait espérer, à tort, que leur développement permettrait de remplacer de nouvelles tranches de centrales pilotables à flamme.

En effet, non seulement l’Europe, à consommation constante, n’a toujours pas réussi à fermer le moindre MW pilotable depuis 2002 ainsi que c'est illustré par les chiffres d’Eurostat publiés dans Triptyque énergétique, mais de plus, le 7 avril 2025 le gestionnaire du réseau européen Entsoe a publié une analyse prospective : « Évaluation de l'adéquation des ressources européennes » (ERAA) dans laquelle il attire l’attention sur les « risques importants » qui menacent, en raison de la perte de viabilité économique des capacités pilotables, dites « flexibles » et précise : « Au niveau européen, le risque d'adéquation lié au démantèlement des capacités thermiques en raison d'un manque de viabilité économique demeure, malgré des objectifs politiques ambitieux visant à soutenir les capacités de production d'énergies renouvelables. » et réclame « des investissements importants et des prolongations de durée de vie dans les années à venir. D'ici 2035, une augmentation nette de plus de 60 GW de capacité flexible de gaz fossile (OCGT et CCGT) est prévue…» Et ce, malgré le développement exponentiel des énergies intermittentes en raison du risque de période prolongée de plusieurs jours sans vent ni soleil qui rend illusoire toute possibilité de stockage à cette échelle de temps.

Surcapacité structurelle et modulation

L’unité 2 de la centrale nucléaire américaine de Robinson vient d’obtenir une seconde prolongation (subsequent licence) de sa licence pour 20 années supplémentaire. C’est le 21ème réacteur US à être ainsi autorisé à fonctionner 80 ans. Tandis que le 16 février 2026, EDF publiait son étude sur les conséquences de la modulation sur le fonctionnement des réacteurs nucléaires, qui en détaille les impacts à partir de la page 24 qui annonce « Une étude menée au cours des années 2000 montre que la durée de vie moyenne d’une machine sera plus grande en fonctionnement en base qu’en suivi de réseau (variation de charge et/ou arrêts/redémarrages). » Le rapport confirme le lien entre l’augmentation de la modulation et le développement des EnRi en écrivant : « EDF est conduit à devoir anticiper des situations plus fréquentes de débouchés limités. Ainsi, si la demande résiduelle diminue [demande diminuée de la production d’EnRi (N.d.A.)], cette situation sera intégrée progressivement dans le planning et affectera la gestion du combustible en cœur et les volumes de modulation pour « économie combustible » seront amenés à augmenter. » Ajoutant que « Si 18 TWh de la modulation ont été programmés par EDF sous forme « d’économie combustible », près de 13 TWh de modulation ont été réalisées exclusivement en raison de manque de débouchés économiques. »  

C’est pourquoi il faudra rapidement savoir si les réacteurs français peuvent également être prolongés à 80 ans, auquel cas l’argument de l’urgence en raison de leur disparition avant 2050 ne tient plus, ou si leur mode de fonctionnement en suivi de charge les en empêchera, auquel cas il conviendrait de s’interroger sur l’intérêt de les faire moduler plus encore.

La France est en effet le plus gros exportateur MONDIAL d’électricité quasiment chaque année depuis 1990 (28 fois sur 36 selon le classement Enerdata et 5 fois 2ème). Et le doublon intermittent éolien-solaire force de plus en plus son parc nucléaire à moduler à la baisse pour une raison économique liée à l’écroulement du marché, jusque des valeurs négatives en période de forte production d’EnRi.

Éolien et solaire ont produit 82,5 TWh en 2025, participant ainsi au record mondial d’exportation de 92,3 TWh qui aurait rapporté 5,4 Md€ au pays, soit une moyenne de 58,5 € par MWh exporté, c'est-à-dire moins de 2 fois moins que le coût payé aux exploitants pour leur production éolienne et solaire. Il n’est pas justifié pour la France de chercher à augmenter cette importante marge d’« exportations à perte ».

Le spectre du blackout

Selon le rapport final de l’Entsoe, le blackout du 28 avril 2025 qui a plongé la péninsule ibérique dans le noir est le premier d’un nouveau genre : celui qui survient après des jours et même des semaines d’instabilité du réseau lors desquels ses gestionnaires ne parviennent pas à stabiliser les surtensions en cascade dans un contexte de forte part d’EnRi dont l’électronique de puissance qui les raccorde au réseau limite drastiquement leur concours à son réglage.

La récente saisine de RTE indique que ses études ont mis en évidence en France la même situation à risque de tension haute que celle qui a provoqué le blackout ibérique en avril 2025, et précise, comme pour l’Espagne, que la situation est critique lors des fortes productions d’EnRi et leurs conséquences sur les prix du marché. C’est la raison de l’accord prévu avec EDF pour qu’il maintienne la production de son  parc nucléaire même en contexte de surproduction et conditions économiques négatives, afin de mieux maitriser le réglage de la tension qu’une part trop importante d’EnRi ne saurait assurer. EDF serait alors indemnisée par RTE qui en répercutera la charge sur le TURPE.

Au véritable coût des EnRi, qui comporte les surcoûts induits sur le réseau, viennent ainsi se greffer, non seulement leurs indemnisations pour l’énergie écrêtée dans ces périodes, mais également celles versées à EDF pour garantir la stabilité avec l’inertie et le réglage de ses réacteurs, sans préjudice des indispensables aides d’État pour garantir sa rentabilité dans un marché dont la valeur est cannibalisé par les EnRi.  

Le véritable coût des EnR

En septembre 2025, l’UNCE a publié un rapport mettant en garde sur l’insuffisance du LCOE (Levelized Cost of Electricity) et la nécessité de prendre en compte un « levelized full system cost of electricity (LFSCOE) » pour comparer les prix réels de chaque technologie. L’absence de sa prise en compte risquant de fausser les politiques énergétiques. Les productions d’électricité intermittentes ou « variables » sont ciblées par cette insuffisance qui occulte les coûts qu’elles induisent sur le système électrique, bien plus importants que ceux des moyens pilotables.

Le rapport détaille ces coûts qu'il illustre sur la figure reproduite ci-dessous.


L’heure du bilan

Fin 2025, le parc français disposait de 164,5 GW installés dont uniquement 17,2 GW de thermique à flamme conventionnel susceptibles d’émettre du CO2. Pour baisser leur facteur de charge, le doublon aléatoire éolien-solaire dispose déjà de 56,2 GW, soit plus de 3 fois plus. Or les périodes ventées ou ensoleillées étant quasiment les mêmes sur toute l’Europe, leurs pics de production surviennent presque systématiquement en période d’écroulement du marché, voire de prix négatifs dont les occurrences se multiplient chaque année. Plus la puissance d’EnRi augmentera, et plus grande sera leur production à écrêter, tandis que les charges seront d’autant plus importantes que le  marché descendra afin de garantir le prix convenu, et qu’il faut indemniser une production écrêtée toujours croissante. En contexte de faible consommation, le marché belge vient de s’écrouler jusqu’au à moins 15000€/MWh le 6 avril 2026 de 14h à 14h45. Record symptomatique d’un marché dont la libéralisation était supposée réguler une juste rémunération pour les producteurs.

L’engrenage de l’intervention publique

En regard de la volonté de libéraliser le marché couplé européen de l’électricité, l’intervention de la Commission européenne pour imposer les EnRi a détourné les règles de la concurrence. L’assurance d’un prix garanti quel que soit la demande a fait l’effet d’un dumping subventionné qui interdit désormais à des technologies comme le nucléaire de rentabiliser ses lourds investissements par la seule vente de sa production sur le marché, ainsi que l’avait fait EDF pour son nucléaire historique. En 2018, le rapport franco allemand « L’Energiewende et la transition énergétique à l’horizon 2030 » analysait les implications croisées du développement visé en matière d’énergies renouvelables sur les parcs électriques des 2 pays. Ses conclusions étaient sans appel pour le nucléaire français. Le rapport notait en effet : « En France, le développement visé des énergies renouvelables et le réinvestissement dans le parc nucléaire au-delà de 50 GW comporterait un risque important de coûts échoués dans le secteur électrique. » Et, considérant que « En 2030, un parc nucléaire maintenu à des niveaux élevés devra opérer plus fréquemment en suivi de charge, contribuant à la flexibilité du système électrique » il concluait : « Avec un parc nucléaire élevé, la production d’électricité est en hausse, mais les coûts du parc augmentent en raison d’une plus faible production ramenée à la capacité de production. De plus, ces productions supplémentaires sont vendues à des niveaux inférieurs car le maintien d’une capacité de production nucléaire plus importante a un effet dépressif sur les prix de marché de l’électricité. » C’était prévu, la France est aujourd’hui déjà confrontés à cette réalité, sa surcapacité de production étant prise en étau entre les surplus allemands à prix cassé et le solaire de l’Espagne dont elle représente l’unique interconnexion européenne. Ce qui explique pourquoi le marché peut désormais être nul ou négatif en France (et en Espagne) et pas en Allemagne, comme à de nombreuses reprises en mars 2026. Par voie de conséquence, les contrats à terme pour 2027 se négocient actuellement à 54,01€/MWh en France  contre 91,93€/MWh en Allemagne, selon le site Energy Charts, interdisant toute rentabilité aux investissements français non subventionnés.

La décision de réduire la part du nucléaire était "une erreur stratégique de l'Europe", vient enfin de reconnaître Ursula von der Leyen, développer davantage d’EnRi en France c’est se compliquer la tâche pour réparer cette erreur en demandant toujours plus d’intervention de l’État et de subventions publiques.

Pour une réduction d'émissions hypothétique, mais non vérifiée

Il convient d’ajouter que les à coups de fonctionnement et régimes partiels que les EnRi imposent alors au thermique à flamme, augmentent leurs facteurs de pollution. Or aucune étude d’impact n’a tenté d’en chiffrer l’augmentation comme le confirme en creux, la réponse du ministère à la question sur le sujet de la Sénatrice A.C. Loisier, alors que le site Energy Charts montre en temps réel la grande quantité de centrales thermiques en préchauffe prêtes à produire dès que le vent ou le soleil tombe. Pire, les cycles de régime partiel ainsi imposés augmentent les émissions de certains polluant comme les oxydes d’azote en valeur absolue, comme le révèle la demande de dérogation environnementale de l’énergéticien Duke Energy en raison des variations de rendement liées à la modulation destinée à suivre les variations de la production solaire. Dans son rapport précédemment cité EDF note que, pour cette même raison « On constate ainsi une augmentation significative de la contribution aux services systèmes des Cycles Combinés Gaz (CCG) et des Turbines A Combustion (TAC). A titre d’exemple, le nombre d’arrêts/démarrages demandés aux CCG a doublé en 2025 par rapport aux années précédentes et leurs périodes de fonctionnement sont de plus en plus hachées ».

La problématique sanitaire

L’Anses, à l’instar de l’Académie de médecine, constate un lien clair entre bruit éolien et perturbation du sommeil en écrivant notamment dans son rapport comportant l’analyse d’un grand nombre d’études sur le sujet: « Toutes les études épidémiologiques transversales qui ont recherché une association entre l’exposition au bruit des éoliennes et la qualité du sommeil (sauf une) ont montré une relation significative. » Or on connait l’effet délétère d’une perturbation chronique du sommeil sur la santé. Une étude de décembre 2025, des chercheurs de l’université d’Oregon a établi le fait que la mauvaise qualité du sommeil «  surpasserait désormais l'impact de la mauvaise alimentation et du manque d'activité physique ». Quantifiant ainsi ce qu’on savait déjà, puisqu’en juillet 2025, le ministère français de la santé avait érigé le sommeil en enjeu de santé publique majeur dans une feuille de route ministérielle.

Pour autant, des riverains dûment indemnisés par la justice civile pour des troubles sanitaires reconnus, sont dans l’incapacité de faire réduire ces troubles pour la raison que cette mesure dépend du juge administratif pour qui, en l’occurrence, les prescriptions de l’administration sont respectées par les éoliennes.

La multiplication de ces machines dans les zones rurales calmes risque ainsi d’entraîner une remise en question de leur dérogation de 2011 au code de la santé publique que les lois de l’acoustique* leur interdit de respecter aux distances minimales autorisées, impliquant l’arrêt d’une large partie d’entre elles.

*Rappel  104 dBA au moyeu de la plupart des éoliennes entraînent à 500m :

L 500m = 104 dBA -11-20 log 500 = 39 dBA, quand le code de la santé publique leur interdirait de porter à elles seules le bruit ambiant à plus de 30 dBA.

Ce dépassement est la raison de l’amendement au projet d’arrêté du 26 aout 2011, porté notamment par le syndicat des énergies renouvelables, qui a introduit une dérogation à ce code en portant ce seuil à 35dBA pour les éoliennes au lieu des 30dBA prévus dans le projet de texte, au motif « que dans les zones rurales calmes où les éoliennes sont généralement implantées, il leur est difficile de respecter le seuil imposé par le code de la santé publique », selon la sénatrice Loisier qui l’a dénoncé dans sa question au gouvernement.

Pour conclure

Dans son avertissement de décembre 2021, l’Entsoe chiffre l’énergie cinétique additionnelle nécessaire pour faire face aux incidents sévères, selon les différents scénarios prévus de 2025 à 2040.  Ces besoins s’élèvent à un « minimum théorique additionnel » de 500GWs pour BE 2025 (Best Estimate 2025) et plus de 2500GWs d’ici 2040. Le rapport précise, à titre indicatif, que ce besoin complémentaire d’inertie de 2500GWs en 2040 correspond notamment à 2000 unités de production de 250MW chacune (500GW), avec une constante d’inertie de 5 secondes. Malgré les expérimentations destinées à doter les EnR d’une inertie synthétique, ce rôle de stabilisation du réseau semble devoir incomber pour des années encore au parc nucléaire français.

On ne stimulera pas plus la consommation d’électricité en augmentant la surcapacité du parc français qu’on ne ferait pousser des salades en tirant dessus. Mais cette surcapacité doit être perçue comme un atout susceptible de laisser le temps d’une vision de long terme, sans la pression d’une urgence trompeuse, destinée à justifier les choix actuels de laPPE3 en matière d'EnRi.