lundi 11 février 2019

Cet obscur enjeu du carbone

Cet obscur enjeu du carbone

Cet obscur enjeu du carbone
Où il apparaît que l’efficacité de la règle simple « pollueur-payeur » est redoutable. Mais surtout qu’elle est redoutée. Et qu’une véritable usine à gaz, qui mêle à dessein objectifs et moyens, permet de brouiller les cartes pour en extraire les atouts.

Les économistes s’accordent généralement pour affirmer que la taxation du carbone est le moyen le plus sûr pour réduire les émissions de CO2, et pour considérer qu’une taxe sur le carbone efficace se caractérise notamment par : «…(3) l’interdiction de subventionner des sources d’énergie de remplacement, y compris des sources renouvelables telles que l’énergie éolienne et solaire ».
L’échec désormais avéré de la politique climatique européenne a sanctionné une stratégie inverse à ces principes pragmatiques, qui a érigé les subventions en système destiné à imposer une solution dogmatique.
Le soutien financier de ce dogme dans les pays « en développement », par le truchement du mécanisme de développement propre (MDP) permettant même de détourner le fonctionnement de cette taxe par la délivrance de Certificats de réduction d’émission (CERs) supplémentaires qui incitent davantage à polluer à moindre coût qu’à investir dans des réductions coûteuses, ainsi que le constate avec cynisme le China Institute.
Cette situation s’est d’ailleurs accompagnée de subventions parallèles aux énergies les plus polluantes. L’OCDE estime à 500 milliards de dollars annuels les subventions aux énergies fossiles dans le monde, notamment dans le domaine de production d’électricité où elles demeurent incontournables.
Tandis que le ralentissement économique, les mécanismes de flexibilité (MDP), et l’organisation du système européen d’échange de quotas carbone (SEQE-UE) entraînaient une surabondance de ces quotas qui en a fait effondrer le cours, et l’efficacité de tout le système avec.
Chacun convient désormais de la nécessité d’en élever significativement le prix pour éviter la catastrophe.

Tandis que la maison brûle …
Mais toute allusion à la tarification du carbone a disparu du traité franco allemand signé à Aix le Chapelle ce 22 janvier.
Sans surprise Euractiv précisait que « En Allemagne, des observateurs ont fait remarquer qu’un prix du carbone avantagerait le secteur électrique français, très dépendant du nucléaire, par rapport à l’industrie allemande, où le charbon et le gaz naturel jouent encore un rôle important ».

Lire la suite dans European Scientist ....
https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/cet-obscur-enjeu-du-carbone/





lundi 4 février 2019

Alimentation électrique et principe de réalité


 
PPE 2019
Transition écologique : ce discret retour au réel que marque la nouvelle feuille de route énergétique de la France

Atlantico: Le projet de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie rendu public vendredi 25 janvier 2019 défend la transition du nucléaire vers le renouvelable. La synthèse publiée annonce ainsi : « Le développement des énergies renouvelables doit permettre de produire plus d’énergies à partir de sources présentes sur le territoire et de réduire progressivement la part du nucléaire. » L’objectif de la PPE est la réduction des émissions de CO2. Est-ce qu’une transition entre nucléaire et renouvelable est à même de le réaliser ?

Jean-Pierre Riou: La loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) prévoyait la réduction de la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite dès 2025, au lieu de 75% actuellement et visait à compenser cette réduction notamment par un objectif de 40% de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables (EnR) à horizon 2030.
Mais, après bien des débats, cette PPE acte le report de l’objectif de réduction du nucléaire en raison de l’impossibilité d’y parvenir sans nous exposer à être privés d’électricité.
Car si on peut programmer le fonctionnement d’un réacteur selon les besoins de la consommation, on ne contrôle pas celui du vent, qui alimente les éoliennes, pas plus qu’on ne programme l’heure de coucher du soleil.
Et il faut y voir la raison de la seule confirmation de la fermeture des 2 réacteurs  symboliques de Fessenheim, deux autres réacteurs devant être l’objet d’une fermeture anticipée en 2027 et 2028. D’autre part, il est mentionné que 2 réacteurs supplémentaires pourraient devoir fermer leurs portes pour raison économique dès 2025 2026, en fonction de l’impact des énergies renouvelables sur les cours du MWh.
Le texte prévient pourtant « Si la mise en service de l’EPR prenait du retard, les deux réacteurs de Fessenheim seront dans tous les cas arrêtés au printemps 2020, mais le calendrier de l’arrêt des tranches au charbon devrait être revu, afin de respecter le critère de sécurité d’approvisionnement ».

Lire la suite dans Atlantico ....... 

https://www.atlantico.fr/decryptage/3565204/transition-ecologique--ce-discret-retour-au-reel-que-marque-la-nouvelle-feuille-de-route-energetique-de-la-france-


mercredi 23 janvier 2019

Eoliennes et espace naturel


Éoliennes et espace naturel

Où il apparaît que la consommation d’espace naturel par les éoliennes est considérable et que son intérêt reste à démontrer

Jean Pierre Riou 
 
Dans une comparaison de l’éolien avec l’énergie nucléaire, Jason Correia avait illustré leur rapport de puissance moyenne par l’infographie ci-dessous, qu’il explicitait dans l’article.
(1154MW x FC 90% = 2077 éoliennes de 2MW x FC 25%)

  
Il comparait les tailles respectives de la centrale de 1154 MW de référence pour le calcul, avec une éolienne de 124 mètres et 2 MW dans le rectangle grisé du haut de l’illustration.
En précisant toutefois que la présence des tours aéroréfrigérantes, qui peuvent atteindre 175 m, n’était pas prise en compte.  Cependant les éoliennes dépassent désormais largement cette hauteur.

En tout état de cause, dans cette comparaison, l’emprise au sol de la centrale correspond à très légèrement plus que celle de 2 éoliennes.

Ce qui correspond à la réalité, même en prenant en compte, par exemple, la totalité des 175 ha du site de Hinkley Point prévu pour 3260 MW.
Car la puissance moyenne avec 90% de taux de charge annuelle sera de 16,7 MW par hectare.

Or, il faut entre 4 à 6 fois le diamètre du rotor entre 2 éoliennes entre 6 et 9 fois entre 2 rangées pour éviter les turbulences. En retenant les valeurs moyennes de 500m entre éoliennes et 750m entre les rangées, les 36 éoliennes de 2 MW nécessaires pour obtenir une puissance moyenne de 16,7 MW devront utiliser le minimum d’un quadrilatère de 2500m sur 3750m, soit 937 hectares. C'est-à-dire exactement la proportion de l’illustration, la centrale nucléaire nécessitant un espace équivalent à 2,2 éoliennes pour délivrer une puissance moyenne équivalente à celle des 2077 éoliennes de l’illustration.

L’aggravante dispersion
Des centrales électriques de 2000 éoliennes ne sont pas envisageables en France, et leur éparpillement sur une centaine de sites espacés de quelques kilomètres en multiplie l’impact et l’encerclement des zones habitées. 

Mais surtout
La puissance des éolienne, n’est pas programmable en fonction des besoins.
Ce qui les prive de tout caractère dimensionnant pour le parc de production en interdisant la contrepartie de la moindre réduction de ces moyens programmables.
C'est-à-dire qu’en aucun cas les 2077 éoliennes de l’illustration ne sauraient permettre de remplacer la centrale nucléaire, mais uniquement d’interagir sur le fonctionnement de celle-ci et sur la quantité des exportations.
C’est ainsi que les milliers d’éoliennes prévues par la Programmation  pluriannuelle de l’énergie ne sont pas susceptibles de remplacer le moindre réacteur, mais uniquement d’imposer une plus grande flexibilité au parc nucléaire pour en abaisser la part du à 50% de la production totale.

Pour un intérêt sur lequel il est permis de s’interroger.

mercredi 16 janvier 2019

Moyens dimensionnants et moyens interactifs


Énergie : vers un effort de clarification

Ce n’est qu’en parfaite connaissance des caractéristiques des objectifs et des moyens supposés les atteindre que l’on peut se forger une opinion sur la pertinence d’une politique énergétique.

Cet article propose de montrer les limites des notions « intermittent / pilotable », et l’intérêt de la distinction « dimensionnant  /  interactif ».

Jean Pierre Riou 
Introduction
Le débat sur l’énergie est pollué par un rideau de fumée qui masque les données du problème derrière des notions racoleuses, approximatives et trompeuses.
Aussi fastidieuse que puisse être la définition des termes exacts, l’effort d’y parvenir est indispensable à la compréhension de ses enjeux, ainsi qu’à l’énoncé de toute proposition.
« Faut-il augmenter la part des énergies renouvelables afin de diversifier le mix énergétique ? » Comment répondre par la négative à une question aussi mal posée ?
Pour permettre un avis éclairé, il est nécessaire de revenir sur plusieurs notions.
La notion de « renouvelable fera l’objet d’un prochain article.

Pilotable ou intermittent
La production électrique des éoliennes et des panneaux photovoltaïques présente la caractéristique fondamentale de varier en fonction des conditions météorologiques et non des besoins.
Celle différence majeure de service rendu par rapport aux productions disponibles à la demande interdit qu’on en compare les compétitivités respectives. On distingue ainsi traditionnellement les énergies dites « pilotables » de celles considérées « intermittentes ».
La précision des termes est nécessaire pour toute analyse.
Or cette distinction n’est ni satisfaisante ni explicite.
Car tout moyen de production est intermittent, ne serait ce que pour cause d’incident ou de maintenance, de même qu’il est possible de piloter un moyen intermittent, en réduisant ou en interrompant sa production.

De l’intérêt du pilotable
D’autre part, il n’est pas nécessaire que l’ensemble des moyens de production soit « pilotable », une partie seulement en est suffisante pour assurer l’adéquation production-consommation. Parmi ces moyens pilotables, certains doivent être extrêmement flexibles pour répondre immédiatement à l’évolution du besoin.
C’est notamment le cas de  l’hydraulique de barrage, dont il suffit d’actionner la vanne.
Mais ce n’est pas pour autant qu’une plus grande inertie des autres moyens de production soit un handicap pour le système.
Certains moyens « de pointe » ou d’« extrême pointe » permettent de gérer les pics de consommation et peuvent ainsi être amenés à fonctionner très peu d’heures chaque année. Il faut comprendre ce besoin pour en accepter les coûts de fonctionnement.
Tous ces moyens sont complémentaires dans le dimensionnement d’un parc de production en regard de l’objectif qui lui est assigné.

Moyens programmables et moyens libres
C’est la raison pour laquelle une distinction s’impose : celle qui sépare les moyens programmables qui sont ainsi « nécessaires et suffisants » pour répondre à cet objectif, de ceux dont la liberté de production risque de ne leur permettre que d’interférer sur le fonctionnement des premiers, sans assurer par eux-mêmes la réponse au besoin. Car ce besoin n’est pas forcément susceptible de se plier au rythme de leur production.

Moyens libres et cycliques
Mis à part les incidents fortuits, qui sont le propre de tous les moyens de production, tous ces moyens sont prévisibles.
L’éolien et le solaire sont considérés libres car leur production n’est pas programmable en fonction d’un besoin.
L’énergie solaire présente la caractéristique supplémentaire d’être cyclique.  

Moyens dimensionnants et moyens interactifs
Le fait qu’un moyen soit « nécessaire et suffisant » pour satisfaire un besoin donné lui confère un caractère « dimensionnant » pour le système électrique. Dans le cas contraire, le moyen considéré ne peut être qu’« interactif », car sa liberté de production, caractérisée par une absence de toute garantie au moment du besoin, ne lui permet que d’interagir avec un autre moyen que le dimensionnement du système aura rendu nécessaire.
Les capacités de stockage et d’effacement de la consommation sont programmables et font partie des moyens dimensionnants de tout système électrique.
Tandis que la plus grande prudence doit accompagner l’acception des capacités d’interconnexion dans cette catégorie pour la raison que ces capacités n’impliquent pas la faculté des États à se venir en aide en cas de situation tendue.
Pire, la fin de la solidarité entre États a déjà été évoquée en pareil cas.

Exigences du système électrique
Selon les besoins du système, un moyen libre peut être dimensionnant ou simplement interactif.
C’est ainsi que son caractère cyclique permet à la puissance photovoltaïque du Nord Chili d’être dimensionnante pour un système qui vise à répondre aux besoins de l’intense activité minière, gourmande en énergie diurne, devant le désert toujours ensoleillé d’Atacama.
Mais ce même moyen « libre », bien que cyclique, ne saurait être dimensionnant pour le système français tant que ses plus gros besoins de production  électrique auront lieu l’hiver à 19 heures, soit après le coucher du soleil.
C’est ainsi que l’Allemagne, qui a privilégié le soutien financier aux moyens de production programmables pour assurer l’adéquation entre les exigences de son système et la garantie de leurs satisfactions, en a conservé l’intégralité de la puissance installée malgré le développement d’un doublon intégral de moyens libres, interactifs avec celui-ci.

Source de l'infographie Energy Charts

De l’intérêt des moyens libres
La distinction dimensionnant / interactif permet de mettre en évidence aussi bien l’intérêt que les limites des moyens interactifs.
Car c’est grâce à ceux-ci que l’Allemagne a réussi à réduire ses émissions de CO2 en même temps que la puissance installée de son parc nucléaire, d’une part en diminuant le taux de charge de ses moyens programmables fortement émetteurs de CO2 grâce à la production de moyens libres qui n’en émettent pas. Et d’autre part grâce à leur interaction sur les moyens dimensionnants de stockage, fussent ils à l’étranger. 

Dans cette interaction avec le stockage, un moyen libre peut devenir dimensionnant si, et seulement si, les moyens dimensionnants sont insuffisants pour cette tâche.
A l'inverse, une capacité de stockage ne permet de réduire les dimensions d'un système qu’à la condition que des moyens de production soient suffisants pour l’alimenter. 
Si ces moyens sont disponibles, toute capacité de production « libre » supplémentaire n’aura pour effet que d’interagir sur une autre capacité de production déjà présente.

Les leçons du 10 janvier
Les tensions sur le système électrique européen de ce 10 janvier, offrent une illustration à cette analyse.

Effacement
Car, pour la première fois, RTE a mis en œuvre les 1500MW interruptibles à l’occasion d’une baisse de fréquence qui menaçait l'équilibre du réseau européen. Cet effacement de la consommation a rendu le même service que l’appel d’une puissance de production équivalente. C’est la raison pour laquelle cette puissance d’effacement a été considérée dimensionnante pour le système.

Stockage
Sur les 5023 MW de stockage en STEP, de nombreuses unités étaient alors indisponibles pour arrêt planifié, rappelant au passage que même des moyens de stockage peuvent être intermittents. Cependant l’énergie nécessaire à la totalité du pompage avait été largement suffisante pour remplir les réservoirs la nuit précédente, ainsi que chacune des nuits qui avaient précédé. Et le turbinage de cette capacité de stockage a permis de grossir la production hydraulique de la journée. 
Mais le besoin vital de 21 heures n’ayant pas été planifié, il semble bien que l’essentiel des réservoirs ait été vidé auparavant.
Ce qui doit attirer l’attention sur le fait que l’indication de la puissance de stockage n’est pas suffisante pour déterminer une capacité équivalente à dimensionner un système. La quantité de MWh stockés est également déterminante.
Et le stockage d’une quantité d’énergie suffisante pour faire face à une absence de production prolongée est hors d’échelle avec toute perspective à moyen terme.
Tandis que l’alimentation des capacités de stockage pose peu de difficultés en raison de la grande amplitude des variations de consommation, notamment lors des cycles journaliers.

Interconnexions
L’événement du 10 janvier confirme les limites d’un système où chacun compte sur l’autre pour compenser l’instabilité de sa propre production en multipliant des interconnexions de plus en plus lointaines.
La France, plus gros exportateur mondial presque chaque année depuis 1990 d’une électricité disponible et régulière, joue le rôle de principal régulateur du réseau européen, dont l’Allemagne est le principal perturbateur.
Les risques et les enjeux de l’équilibre de ce réseau ont été évoqués dans l’article « l’Europe sous tension ». Il semble que ce soit bien son déséquilibre qui a failli entraîner le pays ce 10 janvier.
C’est la raison des limites du caractère dimensionnant des interconnexions.

Économie d’énergie
Le système électrique est dimensionné par ses besoins. Toute réduction de ceux-ci permet une réduction équivalente des moyens de production.
La France a notamment fait l’économie de 3 réacteurs nucléaires en 2013 avec la mise en service de Georges Besse 2 dont la consommation est de 60 MW au lieu des 3000MW de Georges Besse 1 auquel 3 réacteurs nucléaires du Tricastin étaient affectés.

Flexibilité
La limite des interconnexions et, dans une moindre mesure, des possibilités du stockage rendent la gestion des pics de consommation déterminants dans le dimensionnement du parc de production.
C'est dans ce domaine que la flexibilité du système permet de diminuer les contraintes par des reports de consommation grâce notamment aux compteurs intelligents. 
Et, par là même, de déterminer une réduction de la puissance programmable de production.

Évolution du parc électrique français.
Au 31 décembre 2017, la capacité programmable* du parc électrique français était de 109,5 GW, soit 4,2 GW de moins en 10 ans que les 113,7 GW du 31 décembre 2007.
La libération pour la consommation nationale des 3 réacteurs du Tricastin qui étaient affectés à Georges Besse 1 et les seuls 1500 MW interruptibles compensent déjà strictement cette réduction de la puissance installée, grâce à leur caractère dimensionnant, nécessaire et suffisant pour cette tâche.

Programmation Pluriannuelle de l’énergie
Depuis l’abandon du soutien à l’énergie nucléaire, cristallisé par la France elle même dans les négociations sur le climat en 2000, et dans les conditions évoquées en conclusion d'un article d'Atlantico, le parc nucléaire français a interrompu tout développement.
Et la politique énergétique porte désormais ses efforts sur son remplacement.

Les éléments qui précèdent sont nécessaires à la compréhension de son dimensionnement ainsi qu’au rôle assigné aux moyens libres que sont éolien et photovoltaïque


*Nota : c’est par souci de simplification que la capacité hydraulique a été assimilée aux moyens programmables.
Ce qui est justifié pour les 5 GW de stockage par pompage/turbinage (STEP) et pour les 8,5 GW d’hydraulique de barrage, mais plus contestable pour les 11,2 GW de fil de l’eau / éclusée, dont, en tout état de cause, la stabilité de la puissance installée d’une année sur l’autre évite tout biaisdans les comparaisons.

mercredi 9 janvier 2019

De part et d'autre du Rhin


De part et d'autre du Rhin

Les échecs d'un même dogme

Jean Pierre Riou. 

 

Atlantico : Le taux d'émission de CO² par kWh est bien plus élevé en Allemagne qu'en France. Que cela montre-t-il sur la transition énergétique allemande ?

Jean-Pierre Riou : L’Institut pour l’énergie solaire Fraunhofer ISE vient de publier le bilan 2018 de la production électrique allemande.
Pour la première fois, les énergies renouvelables en auraient été la principale source, avec plus de 40% de la production totale, ainsi que l’ont titré de nombreux médias 
Les détails de ce bilan figurent ci-dessous.

Lire la suite dans Atlantico ..... 
https://www.atlantico.fr/decryptage/3563043/transition-ecologique--a-l-envers--l-allemagne-emet-desormais-7-5-fois-plus-de-co--par-kwh-produit-que-la-france-jean-pierre-riou 


mardi 1 janvier 2019

2019 La fuite en avant

2019
La fuite en avant

Jean Pierre Riou

Depuis 1991, la part de la production d'électricité exempte d'émission d'équivalent CO2 est parfaitement stable.
Elle était notamment de plus de 92% en 1995, avec 76% de nucléaire et 16% d'hydraulique.

Infographie réalisée avec les données RTE

Les contrats concernant les seules énergies renouvelables électriques (et biométhane) déjà engagés fin 2017 ont généré une "dette" de 121 milliards d'euros que nos enfants devront rembourser jusqu'en 2046.
Source : Cour des Comptes https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-energies-renouvelables

Les charges de cette "dette" ainsi que celles des nouveaux contrats seront financées par un "Compte d'affectation spéciale Transition énergétique" (CAS TE) alimenté par les taxes sur l'électricité, mais aussi le gaz et les carburants. (Voir travaux du Sénat, "Une fiscalité énergétique qui explose")

En triplant, comme prévu, l'éolien et en quintuplant le photovoltaïque, la France ambitionne ainsi d'imiter l'Allemagne qui a doté son parc de production pilotable d'un doublon intermittent.
Source Energy Charts

Pour un intérêt qui semble avant tout concerner le parc de production allemand, en affectant la rentabilité du nôtre. (Voir Épilogue)

Pour 2019, le Gouvernement a souhaité mener cette Transition énergétique, "plus loin, plus vite plus fort".

Souhaitons que 2019 soit plus transparente aussi.



mercredi 19 décembre 2018

FOCUS sur l'énergie

FOCUS sur l'énergie

Article publié en 3 parties dans European Scientist

Par Jean Pierre Riou 

Au début était le 100%renouvelable. 

Avec l’apparition de machines alimentées par les énergies fossiles, la révolution industrielle a décuplé les perspectives de création de biens de consommation.
Un seul litre de pétrole alimente aujourd’hui davantage de travail que la seule force humaine n’en accomplirait en plusieurs jours. Et fournit, au bas mot, l’équivalent de 20 jours de travail manuel.
Le travail étant destiné à modifier l’environnement pour en tirer des richesses, sous forme de biens de consommation, la corrélation est directe entre la quantité d’énergie consommée et le produit intérieur brut (PIB).
L’évolution mondiale des sociétés contemporaines offre le spectacle d’une ruée vers toutes les formes d’énergie.
Ce qui pose un certain nombre de questions.
Cet article s’efforce d’en identifier certaines pour leur apporter quelques éléments de réponse, au fil de ses trois parties à lire dans European Scientist :

Ce triptyque s'efforce d'envisager le problème de l'énergie dans sa globalité.
Sont propos n’est pas de juger où quand ni comment une décroissance contrôlée des besoins est désirable. Bien que de nombreux éléments suggèrent qu’elle le soit.

Mais de montrer, dans ses 3 parties, à la fois le rôle clé que semble devoir jouer l’électricité dans la problématique de l’énergie et en premier lieu de l’énergie française. Et d’expliquer comment l’injection croissante d’intermittence sur son réseau en fragilise le système et en affecte durablement la rentabilité. 

Et pourquoi ce double jeu de l'intermittence évoque l’idée que la récession est à la décroissance ce que le blackout est à la flexibilité. Et que c’est bien l’un et l’autre que l’ambiguïté politique se prépare à déclencher à grands frais. 
Pour la raison que cette situation dissuade les investissements de long terme pourtant nécessaires à la robustesse et la sécurité de la production d’électricité ainsi que dans la recherche de toute alternative pérenne.

Ce qui ne manquera pas de favoriser la compétitivité du gaz au détriment de celle de l’électricité, la compétitivité de l’Allemagne au détriment de celle de la France, et celle des pays émergents comme la Chine au détriment de celle de l’Europe.
Car la Chine ne cache pas ses ambitions pour régir les normes de l’économie mondiale et a décidé de dominer les technologies nucléaires les plus performantes, aussi bien de 3ème et 4ème génération que  celle, à plus long terme, du Graal de l’énergie : la fusion nucléaire.
Parallèlement, les chinois investissent massivement dans l’éolien européen, écrasent le marché des panneaux solaires dont ils détiennent le quasi monopole des terres rares nécessaires à leur fabrication. 

Il serait utile de se rappeler que l’explosion des énergies renouvelables en Chine était sous tendue par l’opportunité du transfert de technologies vers la Chine en contre partie de celle de polluer à moindre coût en Occident.
Alors que son retour de bâton fragilise désormais son système électrique, l’Europe commence à peine à réaliser qu’en rachetant le secteur de son énergie, c’est sur ses forces vives que la Chine s’apprête à mettre la main.
   
Les hypothèses de stockage futur, pourtant indispensable à la pérennité du modèle électrique actuellement préconisé, n’en sont qu’au stade de démonstrateurs subventionnés depuis maintenant 3 décennies que le problème est posé en ces termes. 
Sans même qu’on sache encore quelle technologie sera la plus pertinente.
Et l’Europe de l’électricité échafaude à grands frais une gigantesque usine à gaz sur des sables mouvants en se demandant encore comment résoudre, un jour, le problème de l’injection de ses fondations.

Le formidable atout que peut représenter le nucléaire pour l’avenir de la France a amené le chef de l’État à minimiser les engagements de fermetures de réacteurs tout en repoussant leur échéance.
Dans le même temps, il a annoncé 7 à 8 milliards d’euros annuels destinés à soutenir le développement des énergies renouvelables, notamment le triplement de l’éolien terrestre et le quintuplement du parc photovoltaïque d’ici 2030. 

En tentant une complémentarité des 2 tableaux, le chef de l’État a probablement voulu privilégier la l’équilibre et la diversité, en alliant la sécurité de la production nucléaire avec la puissance du soleil et du vent.
Mais ne semble pas avoir pris la mesure des implications qui sous tendent la complémentarité de la chèvre et du chou.