vendredi 31 juillet 2026

Les énergies renouvelables allemandes désormais privées de toute aide publique

 

Les énergies renouvelables allemandes désormais privées de toute aide publique

Jean Pierre Riou 

Comment arrêter toute aide aux EnR, sans dire qu’on arrête toute aide aux EnR.

La classe politique pratique couramment la langue de bois, dont l’usage permet de masquer des changements radicaux de direction derrière des propos aussi contradictoires que creux.

C’est ainsi que la ministre allemande de l’Économie et de l’Énergie, Katherina Reiche, vient de réaffirmer la volonté de son ministère de parvenir à 80% d’énergies renouvelables (EnR) d’ici 2030 et d’en  rappeler l’intérêt pour l’Allemagne. Sa profession de foi accompagne l’annonce de la réforme de la loi EEG sur la transition énergétique (Energiewende) entérinée ce 29 juillet 2026. Cette réforme met un terme à tout soutien de l’État aux nouveaux projets d’EnR et prévoit de supprimer progressivement les engagements de l’État jusqu’alors accordés aux anciens contrats. C’est ainsi que « Toutes les installations basculeront progressivement vers la commercialisation directe. Cela garantit que les signaux de prix de l'électricité parviennent effectivement aux installations elles-mêmes. »

Le commentaire de la ministre, sur le site même de son ministère, donne le vertige : « Avec ce train de mesures, nous opérons un changement de paradigme concernant les énergies renouvelables : pour la première fois depuis l'introduction des mécanismes de soutien, nous prenons systématiquement en compte, lors du processus de développement, la pertinence des nouvelles installations pour le réseau électrique. Il s'agit d'une étape majeure vers un système énergétique plus efficace. En effet, un développement mieux coordonné avec le réseau permet de réduire les coûts de redispatching, qui dépassent actuellement trois milliards d'euros par an ». L’analyse de Clean Energy Wire précise la diminution drastique du dédommagement désormais prévue pour les producteurs lorsque ces congestions du réseau leur imposeront la réduction ou l’arrêt de leur production.

Dans la cour des grands

Les EnR, désormais dans la cour des grands, seront donc seules pour assumer la cannibalisation de leur propre valeur qui n’atteint malheureusement des niveaux significatifs que lorsque leur production est minime et tend vers des prix nuls voire négatifs dès que le soleil luit ou que le vent souffle, ainsi que l’illustre la capture d’écran ci-dessous du site Energy Charts qui montre la production éolienne et solaire de la semaine passée, et en rouge de cours spot day ahead du MWh en regard duquel l’ajout d’une ligne rouge horizontale correspond au cours nul de 0€/MWh, sur l’échelle de droite.

 



Il paraît évident que les effets de cette cannibalisation des EnR seront corrélés à l’augmentation de leur puissance installée.

En 2025, les aides publiques aux EnR s’élevaient à plus de 17 milliards d’euros. Charge qui pesait sur le contribuable allemand et non plus sur les factures d’électricité depuis 2023. 

On ne peut que se réjouir de cette évolution qui incitera enfin les EnR à investir elles mêmes dans des moyens de stockage et rendre ainsi plus transparents les coûts induits par leur intermittence. 

En France, la CRE ne prévoit « que » 8,3 milliards d’euros pour le soutient 2027 des EnR hexagonales.

A l’heure où le budget de l’État est à la recherche de quelques milliards d’€ pour maintenir la protection sociale sans aggraver la dette, et pour reprendre les termes de Katherina Reiche, peut être serait-il temps de rendre publique l’explication de la « la pertinence des nouvelles installations (d’EnR) pour le réseau électrique ». 

En incarnant l'irresponsabilité de son précédent paradigme d'un développement aveugle des aides publiques aux EnR, notre "modèle" allemand éclaire le mur sur lequel la transition énergétique française ne manquera pas de s'écraser.

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