mercredi 6 novembre 2019

Annexe : traduction

Annexe


Jean Pierre Riou 

Essai de traduction
 
Essai de traduction des résultats, discussion et conclusion de l'étude allemande objet de l'article Perceptions subliminales
http://lemontchampot.blogspot.com/2019/11/perceptions-subliminales.html 


à savoir

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28403175

* Avertissement : Le protocole de l'étude décrit en ces termes, p 5, le stimulus faible ou
« near-threshold condition » :
« For near-threshold condition participant-specific stimuli with SPLs 2 dB below the individual hearing threshold were chosen”
Ce stimulus, dit « près du seuil », ainsi précisé à 2 dB en dessous du seuil individuel de l’audition de chacun des participants sera souvent traduit par « subliminal » qui signifie sous le seuil de conscience. 

Résultats
L’analyse des données du cerveau complet comparant ReHo (regional homogeneity) obtenu des mesures à l’état de repos pour différentes conditions de stimulation, nous avons trouvé une connectivité locale nettement plus élevée dans le gyrus temporal supérieur droit (rSTG) (30, -15, -6) adjacent au cortex auditif primaire lors du seuil infraliminal que lors de la condition d'absence de tonalité. La seule autre différence significative entre tous les contrastes par paires possibles des cartes ReHo a été observée lors de la comparaison de la condition de seuil proche du seuil avec la condition de seuil supérieur. Ici, nous avons trouvé le ReHo beaucoup plus élevé dans le cortex cingulaire antérieur (ACC) (-12, 27, 33) au cours de la stimulation infraliminale..
Il est intéressant de noter que lorsque nous utilisons un seuil d’extension de cluster plus tolérant, k> 10, nous avons également constaté une valeur de ReHo supérieure dans l’amygdale droite (rAmyg) (21, -3, -15) (les résultats sont résumés à la figure 2 et au tableau 2). Afin d’explorer le schéma ReHo dans les trois conditions, nous avons extrait les valeurs béta des grappes respectives observées dans les contrastes cérébraux. La figure 3 présente ces valeurs sous forme de diagramme en parcelles. Tous les paramètres de l'analyse statistique sont également récapitulés au tableau 3. En résumé, il a été démontré que la stimulation prolongée de l'IS supra-seuil clairement perçu par tous les participants n’a pas entraîné d’activation statistiquement significative dans le cerveau. En revanche, une stimulation subliminale a conduit à une connectivité locale dans plusieurs zones du cerveau, plus élevée à la fois que celle d’absence de tonalité que celle de la condition supra-seuil.
Notez cependant que l'extraction de valeurs bêta n'a été choisie qu'à des fins d'illustration et que des conclusions ont été tirées de l'analyse initiale.


Discussion
Les résultats de la présente étude peuvent être résumés de la manière suivante: une exposition prolongée à un infrason (IS) près du seuil d’audition individuel des participants (2 dB au dessous) a conduit à une connectivité locale plus élevée dans trois zones cérébrales distinctes – rSTG (gyrus temporal supérieur droit), ACC (cortex cingulaire antérieur) et rAmyg (amygdale droite), alors qu’un tel effet n’a pas été observé lors de la stimulation au-dessus du seuil d'audition. Nos données montrent également que l’IS proche du seuil était associé aux changements de connectivité au niveau du réseau, soulignant le rôle de rAmyg dans le traitement de l’IS.
À notre connaissance, cette étude est la première à démontrer que l’IS proche du seuil ne produit pas seulement des effets physiologiques, mais que la réponse neurale implique l’activation des zones du cerveau, qui sont importantes dans le traitement auditif, mais également dans le contrôle des troubles émotionnels et psychologiques.
Ces résultats nous permettent donc de réfléchir à la manière dont un IS subliminal pourrait causer un certain nombre de problèmes de santé tant physiologiques que psychologiques, qui n’étaient jusqu’à présent attribués que de manière vague à l’exposition au bruit dans les spectres de fréquences basses et très basses.
Jusqu'ici, les preuves concernant l'influence de l'IS sur l'activité cérébrale sont limitées à deux études fMRI.
Dommes et al. [18] ont été les premiers à montrer que la stimulation monaurale avec une tonalité IS à 12 Hz entraînait une activation de la STG bilatérale, lorsque des stimuli étaient appliqués à des niveaux de pression de 110 et de 120, mais pas à 90 dB. Cependant, cette étude pionnière a souffert de la méthodologie.
L’inconvénient est qu’au cours de la stimulation à 12 Hz, des harmoniques à 36 Hz étaient présents, ce qui laisse à penser qu’il s’agissait bien de la composante IS qui a déclenché la réponse neurale. De plus, Dommes et al. (2009) n'ont pas été en mesure de faire référence à des données psychophysiques sur les seuils d'audition des participants ou leurs rapports verbaux et ne pouvaient donc que supposer que l'exposition à IS à 110 et 120 dB devait avoir conduit à une sensation auditive, alors qu'une stimulation à 90 dB ne devrait pas avoir dépassé le seuil d'audition. Récemment, Weichenberger et al. [19] ont également signalé une activation bilatérale de la STG en réponse à une stimulation IS supra-seuil,
Cependant, dans cette étude, une configuration améliorée empêchant les harmoniques plus élevés d'atteindre l'oreille des participants, combinée à des participants bien caractérisés sur le plan acoustique, donnant des comptes rendus verbaux après la session de numérisation ont été utilisés. Étonnamment, la présente étude fait face à une situation totalement différente, l'activation de la STG étant absente pendant la stimulation supra-seuil, mais clairement présente lorsque l’IS a été administré près du seuil d'audition. Ces résultats sont particulièrement remarquables, car non seulement la configuration expérimentale, mais aussi 11 des 14 participants étaient identiques dans les recherches de Weichenberger et al. [19] et dans la présente enquête. Il apparaît donc que les résultats apparemment contradictoires ne peuvent pas être attribués à une instrumentation ou à des participants différents, mais plutôt à des réponses neuronales véritablement différentes qui ont été découvertes en raison de la nature de l'acquisition des données et du déroulement temporel de l'application d'un stimulus choisi dans cette étude.
Puisque nous étions intéressés à étudier la réponse du cerveau dans des conditions qui ressemblent davantage à celles trouvées à l’extérieur du laboratoire, nous avons choisi des intervalles de stimulus nettement plus longs (200 s) et avons également fourni un niveau constant de stimulation pendant tout l'intervalle. Ceci est en contraste avec les études susmentionnées dans lesquelles des intervalles de stimulus courts consistant en plusieurs impulsions sonores successives (1 et 3 s respectivement) avec des acquisitions d'images imbriquées ont été utilisés. L'absence d'activation de STG pendant une exposition IS supérieure au seuil pourrait donc être le résultat d'une adaptation spécifique à un stimulus, selon laquelle le signal BOLD (blood-oxygen-level-dependant, ou signal cortical d’oxygénation du sang) diminue progressivement en réponse à l'administration d'un stimulus en cours [68 ± 69].
Cependant, bien que des temps d’adaptation spécifiques à un stimulus allant jusqu’à des dizaines de secondes ont été rapportées dans le cortex auditif des animaux [70], on ne sait rien de l'adaptation sur des échelles de temps comparables chez l'homme. De plus, cette explication ne permet pas de comprendre pourquoi de tels mécanismes pourraient affecter dans une moindre mesure la stimulation proche du seuil.
En revanche, nous émettons l'hypothèse que nos résultats reflètent plutôt l'implication complexe de différents processus physiologiques en réponse à une IS proche du seuil et du seuil supérieur, ainsi que l'interférence des effets de l'attention, qui peuvent jouer un rôle de plus en plus important lorsque les stimuli sont présentés sur des durées plus longues. Plusieurs études fournissent des preuves de l'existence d'une «voie auditive subconsciente» pour les IS, selon lesquelles les IS pourraient exercer des effets sur l'organisme via les cellules ciliées externes, même si elles sont présentées à des niveaux de pression inférieurs au seuil d’audition [71, 31]. Alors que les cellules ciliées internes - les principaux transducteurs de signaux impliqués dans «l'audience consciente» - se connectent aux cellules fusiformes du noyau cochléaire à partir desquelles le signal est ensuite relayé aux niveaux supérieurs du système auditif, les cellules ciliées externes se terminent dans les régions de noyau cochléaire [72] et à partir de là, se connectent à de nombreux sites de traitements corticaux auditifs et non auditifs [73].
Fait important, étant donné que certains de ces centres participent au contrôle de l’attention et à l’excitation [74], il a été suggéré que l’activation de cette voie pourrait par exemple réveiller les gens la nuit, tout en les empêchant de déterminer ce qui les a fait réveiller [75]. De même, dans notre expérience, les participants étaient constamment amenés à deviner, si une stimulation se produisait réellement ou non quand un IS proche du seuil était présenté, alors que lors de la stimulation supra-seuil, les participants étaient clairement en mesure d’attirer l’attention sur le percept ou à l’écart de celui-ci tout au long du stimulus. Nous suggérons par conséquent qu'une exposition persistante à un IS supérieur au seuil peut avoir conduit à une atténuation du signal via des mécanismes attentionnels, alors qu'en l'absence d'un percept clairement identifiable, l'activation de la STG restait élevée. Cependant, il convient de mentionner que le SPL moyen (médian) du stimulus supra-seuil (122,3 dB SPL, déterminé par la mise à l'échelle individuelle de la sonie) était très proche de la limite de sécurité de 124 dB SPL, ce qui indique probablement la présence d'un effet de plafond. Nous ne pouvons donc pas exclure que les participants puissent avoir signalé une sensation auditive moyenne à des niveaux de pression acoustique plus élevés encore, si nos directives en matière d’éthique nous avaient permis d’appliquer des stimuli à de telles intensités. L'effet de plafond peut avoir entraîné de légères divergences en ce qui concerne la perception de la sonie interindividuelle lors des cycles supra-seuil et ainsi avoir produit une variabilité supplémentaire dans nos données d'imagerie. Néanmoins, nous concluons que l’effet n’a probablement pas été suffisamment prononcé pour supprimer un effet par ailleurs significatif. Il convient également de noter que, contrairement aux études susmentionnées sur le traitement des IS, une stimulation proche du seuil a entraîné une réponse corticale ipsilatérale, et non bi-hémisphérique, mais également plus forte du côté controlatéral (cortex auditif gauche) lors de l’utilisation de la stimulation à seuil supérieur [18 - 19]. Cela touche à l’aspect d’une latéralisation présumée du système auditif, dont la vraie nature fait toujours partie d’un débat en cours, en tant que preuve à la fois en faveur d’une dominance controlatérale des sons présentés de manière monaurale [76 - 77], ainsi qu’une préférence hémisphérique gauche, quelle que soit l'oreille stimulée (Devlin et al., 2003) [78]. Il semble donc que, si les résultats précédents semblent soutenir la notion de "dominance frontale latérale" s'étendant aux sons dans le spectre des infrasons, les résultats des présentes études pourraient plutôt s'expliquer par le fait que les émissions otoacoustiques (générées par les cellules ciliées externes) ont également tendance à être plus prononcées sur l'oreille droite [79 - 80]. Cependant, il convient de recueillir davantage d'informations sur la manière dont les signaux OHC (cellules ciliées externes) sont traités en amont au niveau du tronc cérébral et sur la manière dont l'activation des OHC influe sur l'activité des centres auditifs (et éventuellement non auditifs).
Le CAC est généralement considéré comme un acteur clé dans la surveillance et la résolution de problèmes cognitifs [81 - 83], ainsi que dans les conflits émotionnels [84 -  87]. Fait intéressant, une méta-analyse récente de Meneguzzo et al. [88] a également révélé que l’ACC présentait de manière fiable une activation en réponse à la fois à des stimuli excitants présentés de manière supraliminale, ce qui a conduit les auteurs à suggérer que cette région cérébrale pourrait fonctionner comme une passerelle entre des états affectifs automatiques («pré-attentifs») et processus cognitifs d'ordre supérieur, en particulier lorsque l'affect et la cognition sont en conflit. En outre, les auteurs ont explicitement attribué le fait que le terme «conflit» peut également inclure des perturbations inattendues de la physiologie du corps en l'absence de prise de conscience.
De plus, un autre axe de recherche met également en évidence l'implication de l'ACC dans le contrôle autonome via ses liens étroits avec l'insula, le cortex préfrontal, l'amygdale, l'hypothalamus et le tronc cérébral [89 - 90]. L'activation de l'ACC en réponse à une stimulation d'IS proche du seuil pourrait donc être interprétée comme un conflit signalant l'enregistrement du stimulus qui, s'il n'est pas résolu, peut entraîner des modifications de la fonction autonome.
De même, l'amygdale est bien connue pour son implication dans le traitement des émotions, notamment en ce qui concerne le conditionnement de la peur, mais également dans le contexte plus large des troubles psychiatriques liés au stress et à l'anxiété [91]. Plusieurs études ont documenté l'activation de l'amygdale en réponse à des stimuli sensoriels aversifs selon différentes modalités, telles que les odorants [92], les goûts [93], les stimuli visuels [94 - 96], ainsi qu'en réponse à la vocalisation émotionnelle [97 - 99 ] et les sons non conditionnés perçus comme aversifs [100 - 102]. L'activation de rAmyg lors d'une exposition à un IS proche du seuil peut présenter un intérêt particulier pour une évaluation des risques liés à un IS, car l'amygdale est impliquée dans le traitement auditif et peut également jouer un rôle majeur dans les acouphènes et l'hyperacousie débilitants [103]. Il est assez établi que l’audition peut être traitée par deux voies neuronales distinctes, la voie classique (lemniscale).
et la voie non classique (extralemniscale) [104 - 105]. Alors que les signaux transitant par la voie classique sont relayés par des noyaux thalamiques ventraux principalement vers le cortex auditif primaire, les signaux voyageant le long de la voie non classique contournent le cortex auditif primaire en tant que projet des noyaux thalamiques dorsaux vers les cortex secondaires et d'association, ainsi que vers des parties de la structure limbique telle que l'amygdale.
Il est important de noter que la voie non classique (fréquemment appelée «voie basse») permet un traitement sous-cortical direct du stimulus dans l'amygdale, sans implication d'aires corticales [106 - 107] et peut donc jouer un rôle crucial dans l'enregistrement subliminal. de stimuli «biologiquement significatifs», tels que les IS proches du seuil. En fait, il a été suggéré que, dans certaines formes d'acouphènes, l'activation de la voie non classique peut véhiculer la peur sans contrôle conscient [108] et, via ses connexions avec la formation réticulaire [109], exercer également une influence sur la vigilance et l'excitation. . Des preuves supplémentaires de l'implication de l'amygdale dans le traitement subliminal et le contrôle de l'autonomie proviennent d'une étude menée par Glaëscher et Adolphs [110], dans laquelle des patients présentant des lésions unilatérales et bilatérales de l'amygdale étaient présentés de manière supraliminale, alors que les réponses de conductance cutanée (SCR) ont été enregistrées en tant que mesure de l'activation autonome. Fait intéressant, on pourrait montrer que l’amygdale gauche décode l’activation signalée par le stimulus spécifique (lié à une réaction de peur consciente), alors que la rAmyg fournit un niveau global d'activation autonome déclenchée automatiquement par tout stimulus excitant (lié à une réponse de peur subconsciente).
Il est particulièrement intéressant de noter que, si rAmyg a présenté une connectivité locale accrue en réponse à une IS proche du seuil, l’ACI a révélé un découplage de rAmyg du réseau sensorimoteur par rapport à la condition d'absence de tonalité. Il a été maintes fois soutenu que le découplage de l'amygdale des zones impliquées dans le contrôle exécutif pouvait permettre à l’organisme de retenir l'attention et soutenir la mémoire de travail [111], aidant ainsi potentiellement les processus de contrôle cognitif après le stress [112].
Intéressant, le fait que la connectivité fonctionnelle de la gFOS était plus élevée pendant une stimulation proche du seuil confirme cette affirmation. Encore une fois, plusieurs études démontrent que rSFG (cortex frontal supérieur droit) et rAmyg partagent des connexions fonctionnelles et que l'activité entre les deux régions a tendance à être négativement corrélée [113, 112]. Ainsi, les participants qui devinaient si une stimulation avait eu lieu pouvaient s'être engagés dans une régulation volontaire de l'affect, essayant de minimiser les conséquences du stress sur les réseaux de contrôle cognitif.
Enfin, nos résultats nous permettent également de tirer des conclusions préliminaires sur les risques potentiels à long terme.des effets sur la santé associés à la stimulation IS (sub-) liminale. Plusieurs études ont signalé qu'une exposition prolongée au bruit peut entraîner une augmentation des taux de catécholamine et de cortisol [114 - 116]. En outre, des modifications des fonctions corporelles, telles que la pression artérielle, la fréquence respiratoire, les schémas EEG et la fréquence cardiaque, ont également été documentées dans le contexte d'une exposition à une IS sous le seuil ou près du seuil [117 - 118]. Nous suggérons donc que plusieurs des réactions autonomes mentionnées ci-dessus pourraient en fait être médiées par l'activation de zones du cerveau telles que l'ACC et l'amygdale. L’augmentation de la connectivité locale dans ACC et rAmyg n’est possible que
traduisent une réaction initiale de stress corporel vis-à-vis d’un IS (sub-) liminal, nous supposons que la stimulation sur de plus longues périodes pourrait exercer un effet profond sur les fonctions autonomes et éventuellement conduire à la formation de symptômes tels que des troubles du sommeil, des attaques de panique ou de la dépression, en particulier en présence de facteurs de risque supplémentaires, tels qu'une sensibilité accrue au bruit ou de fortes attentes quant à la nocivité des IS. En outre, pendant cette discussion, nous mettons fortement l’accent sur les implications physiologiques d’une exposition prolongée à l’IS, il serait également intéressant de voir si notre paradigme rsfMRI pourrait être utilisé pour mettre en relation les changements induits par l’état global du cerveau et ceux dans le domaine expérimental.

Conclusion
À notre connaissance, cette étude est la première à documenter les modifications de l'activité cérébrale dans plusieurs régions en réponse à un IS prolongé proche du seuil et utilisant l'IRMf. L'analyse ReHo a révélé une connectivité locale plus élevée des RSTG, des CAC et du rAmyg que lorsque l’IS a été administré près du seuil d'audition et que l'ACI a montré que des effets peuvent également être constatés au niveau interrégional. D'une part, ces résultats semblent corroborer l'hypothèse selon laquelle l'IS (sub-) liminal peut exercer une influence sur l'organisme via une voie de traitement subconsciente (supposée impliquer une transduction de signal médiée par les cellules ciliées externes).
D'autre part, bien que clairement audible, la stimulation prolongée avec IS au-dessus du seuil d'audition n'a pas entraîné de modification de l'activité cérébrale, ce qui pourrait indiquer que le signal traité le long de la voie auditive consciente pourrait avoir atténué de manière descendante via des mécanismes attentionnels. De plus, étant donné que la réponse du cerveau aux IS proches subliminaux implique l’activation de zones du cerveau, connues pour jouer un rôle crucial dans le contrôle émotionnel et autonome, un lien potentiel entre les changements d’activité cérébrale induits par l’IS et l’émergence de divers facteurs physiologiques tels que des effets psychologiques sur la santé peuvent être établis.
La régulation transitoire de ces zones du cerveau en réponse à un IS inférieur ou proche du seuil peut ainsi refléter une réponse initiale au stress du corps, favorisant ainsi la formation de symptômes à mesure que la stimulation se répète et que de nouveaux facteurs de risque entrent en jeu. Néanmoins, des recherches supplémentaires, en particulier des recherches sur l'exposition longitudinale, sont nécessaires pour corroborer ces résultats et contribuer à une meilleure compréhension des effets sur la santé liés aux systèmes d'information.
 

 

Perceptions subliminales


Altération de l’activité corticale due aux infrasons



Effets physiologiques des perceptions subconscientes

Jean Pierre Riou

Grâce à l’imagerie médicale par résonance magnétique, une étude allemande a mis en évidence le mécanisme des effets physiologiques et psychologiques des infrasons de puissance inférieure au seuil de l’audition.

Les effets des infrasons objectivés par l’imagerie médicale
Le rôle des cellules ciliées externes dans la cochlée (OHC) dans la perception subconsciente d’infrasons bien inférieurs au seuil de l’audition est documentée dans la littérature scientifique. Notamment par les travaux d’A. Salt sur leur lien avec la sensation d’angoisse.

Une équipe de chercheurs allemands des Universités de Berlin, Hambourg et Brunswick en a précisé l’importance et les mécanismes chez l’homme en objectivant l’activité corticale et sous-corticale grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (fMRI) dans une importante étude de 2017.

Son résumé annonce : « Ces résultats nous permettent donc de spéculer sur la façon dont une exposition continue à des infrasons subliminaux pourraient exercer une influence pathogène sur l'organisme. »

Le protocole
Le protocole de cette étude a permis d’empêcher les harmoniques plus élevées d’atteindre l’oreille des 14 participants, dont le seuil d’audition du stimulus concerné (12 Hz) avait été déterminé au préalable. Ces seuils s’échelonnaient de 79dB SPL à 96,5 dB SPL.

Les chercheurs ont comparé l’activité cérébrale lors de stimuli subliminaux, déterminés pour chacun à 2 dB sous le seuil d’audition (near-threshold condition*), avec des stimuli supérieurs à ce seuil (supra-threshold condition), ainsi qu’en l’absence de tout stimulus (no-tone condition).
Les participants ne savaient pas s’ils étaient soumis à des stimulations infraliminales ou à une absence de stimulation.

Les résultats
L’imagerie a mis en évidence qu’une exposition prolongée à un infrason (IS) clairement perçu n’entraînait pas d’activation statistiquement significative dans le cerveau, tandis que les stimuli subliminaux, entraînaient une connectivité locale plus élevée dans trois zones cérébrales distinctes, rSTG (gyrus temporal supérieur droit, adjacent au cortex auditif droit, ou RAC), ACC (cortex cingulaire antérieur) et rAmyg (amygdale droite),
Ces différences ont été compilées dans la figure 3, reproduite ci-dessous.

 Ces résultats montrent que, contrairement au signal audible, qui ne présente pas de différence statistique significative avec la condition sans stimulus, l’IS subliminal est associé à des activités cérébrales qui soulignent le rôle de rAmyg dans le traitement de l’IS.
Ce qui est intéressant sur le plan des risques liés aux infrasons subliminaux dans la mesure où celle-ci est notamment connue pour son implication dans les acouphènes débilitants et l’hyperacousie.

Pour reproduire les conditions extra laboratoire, cette étude a choisi des stimulations longues (200s). Elle diffère d’autres études par l’absence d’activité cérébrale pour des stimuli supra seuil, pourtant clairement perçus par les participants. Ce qui suggère aux auteurs une adaptation progressive au stimulus audible, selon laquelle le signal Bold (blood-oxygen-level-dependant,ou signal cortical d’oxygénation du sang) diminuerait progressivement.
Cette adaptation spécifique du cortex auditif avait déjà été documentée sur l’animal.
C’est la première fois qu’elle est mise en évidence sur l’homme.

Discussion
Ce qui amène les auteurs à suggérer qu'une exposition persistante à un IS supérieur au seuil peut conduire à une atténuation du signal via des mécanismes attentionnels, alors qu'en l'absence d'un percept clairement identifiable, l'activation du STG resterait élevée.
D’autre part, plusieurs études démontrent que rSFG (cortex frontal supérieur droit) et rAmyg partagent des connexions fonctionnelles et que l'activité entre les deux régions a tendance à être négativement corrélée.

Mais surtout, cette étude montre que le traitement des signaux subliminaux ne produit pas seulement des effets physiologiques, mais que « la réponse neurale implique l’activation des zones du cerveau, qui sont importantes dans le traitement auditif, mais également dans le contrôle des troubles émotionnels et psychologiques ».
Les auteurs s’appuient sur une littérature scientifique fournie sur le sujet pour suggérer les risques d’un signal subliminal prolongé et non résolu, l'amygdale étant notamment  bien connue pour son implication dans le traitement des émotions, notamment en ce qui concerne le conditionnement de la peur, mais également dans le contexte plus large des troubles psychiatriques liés au stress et à l'anxiété.

Et considère :
Ces résultats nous permettent donc de réfléchir à la manière dont un IS subliminal pourrait causer un certain nombre de problèmes de santé tant physiologiques que psychologiques, qui n’étaient jusqu’à présent attribués que de manière vague à l’exposition au bruit dans les spectres de fréquences basses et très basses.

Les cellules ciliées externes sont connectées à de nombreux sites de traitements corticaux auditifs et non auditifs.
Fait important, étant donné que certains de ces centres participent au contrôle de l’attention et à l’excitation, il a été suggéré que l’activation de cette voie pourrait par exemple réveiller les gens la nuit, tout en les empêchant de déterminer ce qui les a fait réveiller.
L’étude évoque le fait que l’activation de l’amygdale peut également jouer un rôle crucial dans l'enregistrement subliminal. de stimuli «biologiquement significatifs ».

Et conclut notamment que « De plus, étant donné que la réponse du cerveau aux IS subliminaux implique l’activation de zones du cerveau, connues pour jouer un rôle crucial dans le contrôle émotionnel et autonome, un lien potentiel entre les changements d’activité cérébrale induits par l’IS et l’émergence de divers effets physiologiques ou psychologiques sur la santé peuvent être établis.
La régulation transitoire de ces zones du cerveau en réponse à un IS inférieur ou proche du seuil peut ainsi refléter une réponse initiale au stress du corps, favorisant ainsi la formation de symptômes à mesure que la stimulation se répète et qu'un facteur de risque supplémentaire se produit ».

Parmi les sources pathogènes, l’étude mentionne :
Cependant, les IS étaient également suspectés de promouvoir la formation de plusieurs symptômes médicaux à part entière allant des troubles du sommeil, des maux de tête et des étourdissements aux acouphènes et à l'hyperacousie, en passant par les crises de panique et la dépression, qui sont plus fréquentes chez les personnes vivant à proximité des parcs éoliens.



* Avertissement : Le protocole décrit en ces termes, p 5, le stimulus faible ou
« near-threshold condition » :
« For near-threshold condition participant-specific stimuli with SPLs 2 dB below the individual hearing threshold were chosen”
Ce stimulus, dit « près du seuil », ainsi précisé à 2 dB en dessous du seuil de l’audition de chacun des participants sera souvent traduit dans ce texte et la traduction de l'étude par « subliminal » qui signifie sous le seuil de conscience.  

Essai de traduction des résultats, de la discussion et de la conclusion de l'étude en annexe 
http://lemontchampot.blogspot.com/2019/11/annexe-traduction.html

vendredi 18 octobre 2019

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme




Le concept, selon Kant, représente l’unité de conscience.
L’incohérence de celui d’« énergies renouvelables » n’est pas étrangère au fiasco des politiques énergétiques européennes.
Parallèlement à une véritable révolution des technologies et à un effort des finances publiques sans précédent, la confusion entre but et moyens dévoile la carence d’une conscience à long terme articulée par des concepts précis.

Une étude finlandaise[1] de Atte Harjanne & Janne M. Korhonen se penche sur le concept d’énergies « renouvelables » et l’accuse d’être « incohérent et trompeur ».
Un peu d’histoire
Cette étude rappelle que le terme est bien antérieur à la question climatique (Bell 1906; Clarke et al. 1909) et qu’il avait pour seul objectif de proposer une alternative aux énergies fossiles.
Il ne considérait d’ailleurs « renouvelables » que la force animale et l’énergie du bois, tandis que les énergies hydraulique, solaire ou éolienne étaient nommées « inépuisables ».

.............
Lire la suite dans The European Scientist ...... 
https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/lincoherence-concept-energies-renouvelables-mene-au-chaos/ 

dimanche 29 septembre 2019

Fessenheim : le sacrifice expiatoire d'un serviteur fidèle


Fessenheim : 
Le sacrifice expiatoire d’un serviteur dans la force de l’âge

Jean Pierre Riou
 
Ce 26 septembre, le couperet vient de tomber sur la doyenne des centrales nucléaires françaises.
C’est désormais décidé, un premier réacteur de la centrale de Fessenheim s’arrêtera en février 2020, et le second en juin.

Pourtant, l’Autorité de sûreté nucléaire considérait encore en 2018 [1] que ses performances en matière de sûreté nucléaire, la « distinguent de manière favorable par rapport à la moyenne du parc ».
Mais son grand âge est évoqué dans les médias.

Un regard Outre Atlantique remet en perspective les 40 ans de Fessenheim.

Quarante ans, la force de l’âge des réacteurs américains.
Aux États-Unis, l’exploitation commerciale des réacteurs nucléaires est régie par l’attribution de licences délivrées pour une période initiale de 40 ans.

Si l’installation satisfait aux normes de sécurité de l’U.S.N.R.C (United States Nuclear Regulatory Commission), le propriétaire peut solliciter une prolongation de 20 ans d’exploitation supplémentaire.
A l’issue des 60 ans d’activité ainsi cumulés, une nouvelle licence de 20 ans (subsequent license renewal) [3] peut prolonger son exploitation à 80 ans.

C’est l’exploitant qui décide de déposer, ou non, la demande de prolongation.

Au 1er septembre 2019, 89 des 97 réacteurs en activité aux États-Unis avaient déjà obtenu leur licence de 20 ans supplémentaires, [4] tandis que 5 réacteurs, dont la licence avait été renouvelée,  avaient cessé leur activité pour cause économique.
La carte ci-dessous illustre cette situation.


(Illustration U.S.N.R.C.)

Une exploitation commerciale de 80 ans
D’autre part, six demandes de prolongation d’exploitation à 80 ans ont déjà été déposées :
Celles de Turkey Point 3 et 4, de Peach Bottom 2 et 3 et de Surry Units 1 et 2 [3]
Le 5 décembre 2019, l'U.S.N.R.C. délivrait à Turkey Point 3 et 4 la "subsequent licence" autorisant leur exploitation jusqu'à leurs 80 années de fonctionnement **.
Un gâchis industriel
Les investissements initiaux sont largement amortis après 40 ans d’activité et le prix du combustible représente une part infime du MWh produit. La fermeture de Fessenheim prive ainsi EDF de revenus conséquents.
Mais après avoir été une promesse de campagne du candidat Hollande, cette fermeture était devenue hautement symbolique. Et son exécution conditionne le paysage électoral, à l’instar de la fermeture de Superphénix, en son temps.

Un serviteur fidèle et pilotable
En aout 2018, un rapport de la Fédération allemande de l’énergie [5] alertait sur la dangereuse érosion des moyens de production électrique en Europe et en octobre, les 10 principaux acteurs européens de l’énergie signaient un appel commun [6] sur la sécurité d’approvisionnement qui envisageait la fin de la solidarité européenne en cas de pénurie.

Les moyens pilotables sont en effet indispensables à la sécurité d'approvisionnement en cas de période prolongée de grand froid sans soleil et sans vent. 
De telles périodes, qui représentent une épée de Damoclès sur le réseau européen, et que l’Allemagne nomme « Dunkelflaute », donnent à celle-ci des sueurs froides, telles que celles du 24 janvier 2017.[7]

Un non sens écologique
Alors que la réduction des émissions de CO2 est érigée en priorité nationale, on ne peut que déplorer la fermeture d’une centrale nucléaire en parfait état de fonctionnement, parallèlement à la construction de la nouvelle centrale à gaz de Landivisiau.[8]
En effet, selon RTE, chaque MWh produit par de telles centrales (CCG) émet 359 kg de CO2 [9], tandis que c'est grâce au nucléaire, qui n'en émet pas *, que le mix électrique français est décarboné à plus de 90% depuis un quart de siècle [10].

C’est ainsi que le véritable sacrifice de la centrale de Fessenheim, pour une raison sans lien avec sa sécurité d’exploitation, est déplorable tant sur le plan économique et environnemental que sur celui de la sécurité européenne d’approvisionnement électrique.


* Dans les calculs d'émissions, le nucléaire, comme l'éolien ou le solaire, sont considéré sans  émission de différents gaz à effet de serre, dont la valeur conventionnelle est exprimée en équivalent CO2 ou "CO2eq".
L'étude de leur cycle complet, comprenant les émissions liées à la construction, l'extraction et l'enrichissement d'uranium notamment, trouve cependant la trace d'émissions qui leur sont imputables.
D'après les données du GIEC,[11] la valeur médiane des émissions du cycle complet de l'éolien est de 12gCO2eq/kWh, celle du solaire de 41-48g/CO2eq/kWh, et celle du nucléaire de 12gCO2eq/kWh.
Cependant, ce cycle complet du nucléaire est particulièrement bas en France, grâce au procédé d’enrichissement par centrifugation et au peu d’émissions de l’électricité française.
Il a été chiffré à 5,45gCO2eq/kWh par l’étude de Poinssot et al 2014.[12]
Cette étude mentionne l'économie permise par le procédé de centrifugation, trop récent (2013) pour avoir pu être pris en compte.
En 2020, les émissions du cycle complet du nucléaire français ont été chiffrées à 4gCO2eq/kWh. [13]

 En juin 2022, EDF publiait une
étude de 88 pages (14)faisant état de 3,7 gCO2/kWh pour un fonctionnement de 40 ans, et 3,4 gCO2/kWh en cas de prolongation à 60 ans. 
 
Notons que ces 3,7 grammes pour le nucléaire français sont repris par l'ADEME dans sa "base empreinte". (Sous la formule 3,7e-3 gCO2/kWh.)