dimanche 26 avril 2020

Blackout






Il est aisé d’écrire l’histoire après qu’elle ait eu lieu, même s’il est trop tôt pour tirer le bilan de la gestion française de la pandémie qui nous frappe. 
Mais on peut regretter l’absence d’une vision à long terme de la communauté internationale sur la façon de gérer une telle crise qui semble l’avoir prise au dépourvu.  En effet, on connaît parfaitement les effets dévastateurs du passage chez l’homme d’un virus animal depuis que les chasseurs cueilleurs se sont sédentarisés à proximité de leurs élevages. La majorité de nos épidémies actuelles semblant d’ailleurs issues de leur « pentade de Pandore »[1] : bœuf, mouton, chèvre, porc et chien, alors devenus domestiques.
Pour Fatih Birol, Directeur exécutif de l’AIE, cette crise peut en révéler une autre, d’autant plus grave qu’elle doit être envisagée de façon simultanée : celle de la sécurité électrique.

Risque épidémique : Bill Gates nous avait prévenu

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vendredi 13 mars 2020

Le nouvel ordre économique mondial

Le nouvel ordre économique mondial

Jean Pierre Riou

Également publié dans Économie Matin

http://www.economiematin.fr/news-nouvel-ordre-economique-mondial-crise-coronavirus-cangement-paradigme-riou

Les progrès fulgurants de la puissance chinoise n’ont échappé à personne. Son influence est déjà incontournable en Europe, en Afrique comme au Moyen-Orient.[1]

Et l’Occident est incapable de trouver une stratégie cohérente à la mesure du défi que jette la Chine,  ainsi que le déploraient récemment les diplomates Minh Pham et Yves Carmona, dans Le Monde.[2]

Dans le nouvel ordre économique mondial qui se dessine, le contrôle de l’énergie sera déterminant.

La géopolitique des gazoducs [3] est susceptible de dévier, mais aussi de révéler les alliances stratégiques qui tendent à scinder en deux le monde de demain. Il ne conviendrait pas de perdre de vue la communauté d’intérêts qui rapproche aujourd’hui la Chine de la Russie, mais aussi de l’Iran, du Qatar, de l’Irak,  de la Turquie et de la Syrie.
C’est la raison pour laquelle la dépendance au gaz pourrait affecter d’autant plus sensiblement le degré de souveraineté des États qui devront l’importer.

Le gaz du Leviathan

Avec le plus long gazoduc du monde, Israël tend à favoriser l’émergence de nouvelles lignes géostratégiques proches de l’alliance judéo-sunnite souhaitée par Trump, sous une forme d’OTAN arabe [4], destiné à combattre le chiisme iranien, mais aussi à contrecarrer l’influence de la Russie et de la Chine.
En tout état de cause, c’est bien ainsi que l’a décrypté le média iranien « Pars Today » en confortant l’idée que la Chine et la Russie s’efforceront de contrer cet OTAN arabe [5] en tant qu’il mine les intérêts de l’Iran et de ses alliés tels que la Syrie, et qu’il vise à empêcher la Russie et la Chine d’étendre leur influence au Moyen-Orient.

Ce contexte stratégique vient de se concrétiser dans le rapprochement d’Ankara et Moscou avec l’inauguration du gazoduc Turk Stream, inauguré en janvier 2020 et qui permet de contourner les sanctions de l’U.E [6]. Il faut également y voir la raison des sanctions américaines contre le gazoduc Nord Stream 2 [7], grâce auquel Gazprom Germania [8] entend tirer les ficelles d’une dépendance accrue de l’Europe au gaz russe, qu’elle promeut [9] au nom de sa complémentarité avec l’intermittence des énergies renouvelables.

 

Au moment même de l’inauguration de ces 2 gazoducs, Israël signait avec la Grèce et Chypre l’accord permettant de concrétiser le projet du gazoduc EastMed destiné à relier le gisement israélien de Leviathan au sud de l’Italie, en passant par la Grèce et Chypre et leur gigantesque gisement.

Selon Le Monde [10], le ministre grec de l’environnement et de l’énergie Kostis Hadzidakis aurait alors déclaré, « Le gazoduc EastMed peut être un rêve pour certains et un cauchemar pour d’autres

 

La République turque de Chypre du Nord

La provocation du ministre grec visait les prétentions de la Turquie à exploiter le gaz de Chypre en vertu de sa présence dans la République turque de Chypre du Nord (RTCN), depuis l’invasion du nord de l’île par l’armée turque en 1974.

Cette république n’étant reconnue que par la Turquie.

Pour renforcer ses prétentions, Ankara a conclu un accord militaire et de délimitation maritime avec le gouvernement libyen d’entente nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, président reconnu par l’ONU, mais menacé par les troupes de l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Haftar dont Paris peine à cacher le soutien depuis que des missiles français [11] ont été retrouvés en Libye.

Et, tandis que 40 000 soldats turcs occupent le Nord de Chypre, la Turquie continue ses forages [12] considérés illégaux par l’Union européenne et répond à ses accusations d’État pirate par un chantage aux réfugiés [13].

Ankara, joue également avec le feu dans sa confrontation avec l’armée russe dans le règlement du conflit syrien lors duquel elle avait joué la carte de l’U.E. aux côtés des Qataris en misant sur le renversement de Bachar el-Assad, pourtant inconditionnellement soutenu par Vladimir Poutine.

Les intérêts communs semblent les seuls susceptibles d’avoir évité la rupture.

 

La genèse du conflit

La guerre civile syrienne avait éclaté en 2011 dans un contexte de printemps arabe.

L’importance des enjeux stratégiques concernant l’acheminement du plus important gisement de gaz au monde, celui nommé South Pars, coté iranien, et North Dome côté qatari, est controversée et ne saurait en être l’unique raison.

En tout état de cause, le Qatar, qui avait misé très tôt sur le gaz naturel liquéfié (GNL) dont il est 1er exportateur mondial [14], essentiellement orienté vers le marché asiatique, visait de concurrencer la Russie dans l’approvisionnement de l’Europe, tout en s’affranchissant du contrôle iranien du détroit d’Ormuz, passage obligé des méthaniers. Selon la presse russe Russia Today (RT), Bachar el-Assad aurait refusé en 2009 le projet de gazoduc qatari destiné à relier l’Europe via la Syrie et la Turquie, « en citant ses solides relations énergétiques avec la Russie » [15]. Et en mars 2011, il signait un autre accord de gazoduc, avec l’ennemi juré du Qatar : l’Iran, berceau du chiisme avec l’Irak, autre allié de Bachar el-Assad, tandis que le Qatar est sunnite.   

 

Le Qatar aurait alors dépensé 3 milliards de dollars pour soutenir les rebelles [16], tandis que la Turquie, l'Arabie saoudite, la Jordanie, les États-Unis et la France participaient également au financement et à l’armement des opposants. En toute logique l’Iran et la Russie ont soutenu activement le gouvernement syrien, notamment par l’intervention du corps des gardiens de la révolution venus d’Iran, ainsi que les milices islamistes chiites provenant du Liban d’Irak ou d’Afganistan, tandis que des combattants islamistes sunnites et des djihadistes proches d’Al Qaïda grossirent les rangs de l’opposition au pouvoir en place.

Entre conflits religieux, séparatisme kurde, mouvance marxiste, rébellion contre le pouvoir en place et intérêts gaziers, ces alliances étaient d’une extraordinaire complexité [17], sans garantie que les amis de nos amis pouvaient durablement rester nos amis.

 

En 2012, la branche armée du parti kurde syrien (YPG) prenait le contrôle des régions kurdes qu’elle administre depuis de façon autonome.

Les progrès des djihadistes de Daesh amenèrent une coalition internationale à entreprendre des bombardements [18] pour soutenir les kurdes. Or, depuis 30 ans, la Turquie mène une répression violente contre le parti séparatiste kurde (PKK) qui est considéré comme terroriste par une bonne partie de la communauté internationale, dont les États-Unis et l’Union européenne. Et Ankara reproche à YPG ses relations avec le PKK auquel il est affilié et redoute cette création d’une région kurde à sa porte. Et malgré son soutien aux rebelles syriens, l’aviation turque bombarde en 2016 [19] les positions kurdes. 

En 2015 la Russie intervient militairement pour conforter le pouvoir en place.

Malgré le bombardent des positions du pouvoir en place [20], en 2018 par les États-Unis, la France et le Royaume Uni, qui l’accusent d’avoir utilisé des armes chimiques, l’entrée en jeu de la Russie éloigne progressivement les perspectives de se débarrasser de Bachar el-Assad.

 

La violence et la durée du conflit auront déplacé la moitié de la population syrienne, dont un quart a fui le pays. Sur ces plus de 5 millions de réfugiés, plus de 3 millions sont en Turquie [21], pays voisin et ancien allié dont elle a dénoncé les violences faites au peuple. Ce qui fait de la Turquie le premier pays d’accueil de réfugiés au monde.

Cet accueil s’est fait dans de bonnes conditions dans les centres urbains, avec moins de 10% de réfugiés dans des camps.

 

Après la bataille

Mais la défaite de l’État Islamique et le retrait partiel des troupes américaines n’a pas correspondu à un apaisement de la région.

Loin s’en faut.

Le long de sa frontière, l’armée turque avait occupé tout une zone de sécurité en territoire syrien, à la fois pour soutenir les rebelles, dans l’Ouest et contrecarrer les kurdes dans l’Est.

Car le contrôle par les kurdes (YPG) du Nord-Est syrien est donc vu comme une menace par Ankara en raison des relations entre YPG et la mouvance séparatiste, terroriste et marxiste, des kurdes turcs du PKK.

 

En octobre 2019, l’armée turque, lance une 3ème opération contre les milices kurdes, en se faisant appuyer par l’armée nationale syrienne, essentiellement composée de rebelles armés et financés par Ankara. Cette opération, appelée « Source de paix » [22] est destinée à reprendre aux kurdes les territoires que ceux-ci avaient repris à Daesh, dont ils détiennent encore des milliers de prisonniers.

Abandonnés par les américains, les kurdes parviennent sont parvenus à un accord avec Damas [23] qui déploie alors ses troupes pour conforter leurs positions, tandis que des centaines de prisonniers djihadistes parviennent à s’enfuir.

Avec les accords de Sotchi [24] les Russes permettent aux turcs d’obtenir la promesse de retrait des milices kurdes et une surveillance de la zone conjointement avec la Russie en échange d’un cesser le feu.

La situation est d’autant plus cocasse que les américains avaient laissé 500 hommes pour garder les puits de pétrole contrôlés par les kurdes, et leurs convois ont été amenés à patrouiller face aux blindés russes [25].

 

Dans le Nord Ouest, l’importance du groupe islamiste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS) parmi les rebelles est le prétexte d’une répression sanglante de Damas qui entraine un drame humanitaire. Sur les 3 millions de personnes coincées dans la province d’Idlib, la moitié aurait déjà été déplacée [26]. Et la Turquie qui redoute une nouvelle vague de réfugiés maintient sa présence militaire.

Après des semaines d’escalade de la violence, l’armée turque s’oppose désormais ouvertement à l’armée syrienne, avec de nombreux militaires déjà tués et pas moins de 3 avions syriens abattus [27]. Ankara assumant l’opération « Bouclier de printemps » qui cible ouvertement le régime de Damas [28].

Début mars 2020, l’escalade restait potentiellement d’autant plus inquiétante que la Turquie est membre de l’Otan et que l’aviation russe appuie l’armée syrienne [29], jusqu’à faire craindre le risque d’une collision frontale avec Moscou [30].

 

Mais après avoir rencontré V. Poutine le 8 mars à Moscou, le président Erdogan a affirmé n’avoir aucune ambition d’occupation territoriale en Syrie et être favorable à toute solution [31] qui permettrait de sécuriser la province d’Idlib et la frontière turco-syrienne. Et souhaiter des conditions permettant le retour des 3,6 millions de réfugiés syriens présents en Turquie.

Faut-il y voir une simple étape dans la coopération économique « entre le Tsar et le Sultan » ? [32]

Ankara s’est réservé le droit de « nettoyer » la zone à sa manière si les promesses ne sont pas tenues, craignant que les représailles de l’armée syrienne contraigne les population à un nouvel exode dans la seule direction possible : la frontière turque.

 

Et c’est pour forcer l’Union européenne à le soutenir dans ce bras de fer avec Moscou, mais également pour qu’elle n’entrave pas ses prétentions sur le gaz de Chypre, qu’Erdogan rappelle son rôle incontournable en repoussant aujourd’hui ses réfugiés vers la Grèce.

 

L’ombre chinoise

Seul l’avenir est en mesure d’éclairer la solidité des liens qui semblent unir les différents intérêts en jeu.

Ironie de l’histoire, les sanctions américaines contre l’Iran sont parvenues à imposer à Total d’abandonner ses droits d’exploitation du fabuleux gisement iranien de South Pars et c’est la Chine qui en a repris les droits d’exploitation [33].

En tout état de cause, l’inauguration du gazoduc géant « Power of Siberia » [34] vient de constituer une étape essentielle du rapprochement entre la Russie et la Chine au moment où leurs relations avec l’Occident se dégradent. Il promet à Moscou un formidable débouché qui le met désormais à l’abri de tout chantage occidental concernant ses ventes de gaz.

 

Malheur à qui en dépendra.

 

Épilogue

Hasard du calendrier, la France ferme à Fessenheim une centrale nucléaire jugée sûre par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) au moment même où elle construit une centrale à gaz à Landivisiau. On ignore encore les retombées électorales de ce choix, mais on peut deviner les implications d’une telle politique sur la souveraineté de la France, ainsi que sur son engagement dans les conflits déjà programmés en méditerranée orientale.

 

1 https://www.geostrategia.fr/la-chine-puissance-incontournable-au-moyen-orient/

2 https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/22/routes-de-la-soie-l-occident-incapable-de-trouver-une-strategie-coherente-a-la-mesure-du-defi-que-jette-la-chine_5439784_3232.html

3 https://www.mondialisation.ca/une-geopolitique-europeenne-des-gazoducs-toujours-plus-complexe/5634206

4 https://orientxxi.info/magazine/les-projets-americains-d-une-otan-arabe,2644

5 https://parstoday.com/fr/news/middle_east-i69252-la_chine_et_la_russie_r%C3%A9giront_contre_l%E2%80%99otan_arabe

6 https://www.lefigaro.fr/international/turkstream-un-gazoduc-pour-contourner-les-sanctions-de-l-ue-20200108

7 https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/12/21/nord-stream-2-trump-signe-la-loi-imposant-des-sanctions-contre-le-gazoduc-qui-doit-relier-la-russie-et-l-allemagne_6023691_3234.html

8 https://www.gazprom-germania.de/en/business-areas/natural-gas-trading.html

9 https://www.cleanenergywire.org/dossiers/role-gas-germanys-energy-transition

10 https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/03/eastmed-le-projet-de-gazoduc-destine-a-contrer-la-turquie_6024684_3210.html

11 https://www.lepoint.fr/afrique/armes-francaises-en-libye-ce-soutien-que-paris-ne-peut-plus-cacher-12-07-2019-2324181_3826.php

12 https://www.liberation.fr/planete/2020/02/18/au-large-de-chypre-les-forages-creusent-encore-la-division-de-l-ile_1778803

13 http://www.opex360.com/2020/01/20/la-republique-de-chypre-accuse-la-turquie-detre-un-etat-pirate-en-mediterranee-orientale/

14 https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2019/04/17/le-secteur-des-hydrocrabures-au-qatar

15 https://www.rt.com/op-ed/syria-russia-war-oil-528/

16 https://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130517trib000765147/syrie-le-qatar-aurait-depense-3-milliards-de-dollars-pour-armer-les-rebelles.html

17 https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_syrienne

18 https://www.lefigaro.fr/international/2014/10/07/01003-20141007ARTFIG00055-les-djihadistes-prennent-le-controle-partiel-de-la-ville-de-kobane-en-syrie.php

19 http://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20161020-raids-bombardements-meurtriers-armee-turque-positions-kurdes-syrie

20 https://www.bfmtv.com/international/les-etats-unis-la-france-et-le-royaume-uni-ont-bombarde-des-cibles-du-regime-en-syrie-1418813.html

21 https://www.sciencespo.fr/enjeumondial/fr/odr/les-refugies-syriens-en-turquie.html

22 http://www.leparisien.fr/international/syrie-erdogan-lance-l-offensive-turque-contre-les-forces-kurdes-09-10-2019-8169465.php

23 http://www.leparisien.fr/international/syrie-des-familles-de-membres-de-daesh-echappees-d-un-camp-13-10-2019-8171928.php

24 http://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20191022-syrie-accord-erdogan-poutine-kurdes

25 https://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-l-improbable-cohabitation-entre-soldats-russes-et-americains-09-03-2020-2366321_24.php

26 https://www.bastamag.net/Syrie-Idlib-Bachar-Al-Assad-offensive-bombardements-Russie-population-civile-Hayat-Tahrir-al-Sham

27 https://www.20minutes.fr/monde/2731539-20200303-syrie-avion-regime-abattu-armee-turque

28 https://www.lefigaro.fr/flash-actu/syrie-la-turquie-lance-une-offensive-contre-le-regime-de-damas-20200301

29 https://www.20minutes.fr/monde/2733187-20200305-syrie-quinze-civils-tues-frappes-russes-nord-ouest-selon-osdh

30 https://www.lefigaro.fr/international/jusqu-ou-peut-aller-le-bras-de-fer-russo-turc-en-syrie-20200301

31 https://www.aa.com.tr/fr/politique/erdogan-nous-nettoierons-la-zone-de-lop%C3%A9ration-bouclier-du-printemps/1758782

32 https://www.lopinion.fr/edition/international/en-syrie-compromis-entre-tsar-sultan-213733

33 https://www.capital.fr/entreprises-marches/iran-le-chinois-cnpc-remplace-total-dans-le-projet-south-pars-1317174

34 https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/16/l-inauguration-du-gazoduc-geant-power-of-siberia-constitue-une-etape-essentielle-du-rapprochement-entre-la-chine-et-la-russie_6022986_3232.html

 

 

 

 


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dimanche 23 février 2020

Fessenheim, un gâchis industriel et un non sens écologique

La centrale de Fessenheim est amortie financièrement et jugée sûre par l’ASN. Mais sa fermeture forcée entraîne un manque à gagner considérable pour EDF, et donc pour tous les Français, puisque l’État en est actionnaire à 83,7 %. Entre électoralisme, pressions et concessions, petit examen des forces en présence.
La fermeture de la doyenne de notre parc électronucléaire faisait partie des promesses électorales du candidat François Hollande. Le 22 février prochain, ce sera chose faite pour son premier réacteur, et le 30 juin pour le second. Une décision qui coûtera 1 milliard d’euros par an de perte d’exploitation, soit 10 milliards [1] dans l’hypothèse raisonnable d’une prolongation de la durée d’exploitation de 10 ans.
En effet, l’Autorité de sûreté nucléaire considérait encore en 2018 [2] que les performances de la centrale de Fessenheim en matière de sûreté nucléaire la « distinguent de manière favorable par rapport à la moyenne du parc » malgré ses quarante années de service. Mais quarante ans, est-ce trop vieux pour une centrale ? Un petit regard sur ce qui se pratique outre-Atlantique démontre que l’abandon de Fessenheim est une absurdité économique et énergétique. Mais à qui profite de crime ?

Lire la suite dans European Scientist ....
https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/fessenheim-lexecution-dune-promesse-a-10-milliards-deuros/

Egalement publié dans Le Monde de l'Energie ...
https://www.lemondedelenergie.com/fessenheim-gachis-industriel-non-sens-ecologique/2020/02/20/ 

jeudi 23 janvier 2020

La faillite du système électrique

Jean Pierre Riou

Le réchauffement climatique n’est pas un long fleuve tranquille.Au prétexte d’ensoleillement ou d’hivers moins rigoureux, il serait illusoire d’en attendre une économie de besoins, ou une garantie de  production des énergies renouvelables.Car des froids extrêmes et prolongés restent à craindre. Et une pénurie d’alimentation électrique menacerait du pire.

Les cycles du climat

Par delà l’élévation régulière des températures, le climat est affecté par diverses oscillations cycliques [1] liées aux différences de température des océans et des pressions atmosphériques.
Certaines sont multidécennales, comme l’oscillation multidecennale de l’Atlantique (OMA) [2] qui suit un cycle de 50 à 70 ans. 
Entre les différentes parties du globe, ces cycles coïncident à un effet de balancier sur les températures, les précipitations et la circulation des masses d’air et d’eau.
L’oscillation nord Atlantique (NAO), qui affecte les masses d’air sur une large partie de l’Europe, est liée à la différence de pression atmosphérique entre la ville de Lisbonne et celle de Reykjavik. 
Les anomalies de ces différences modifient l’équilibre entre la dépression d’Islande et l’anticyclone des Açores.
Lorsque l’indice de ces anomalies est positif, il garantit un hiver doux humide et venté, tandis qu’un indice négatif correspond à une moindre différence entre l’anticyclone des Açores et le « creux » d’Islande, qui place l’Europe du Nord sous l’influence de l’anticyclone de Sibérie, et réduit la force des vents d’ouest.[3], 
Presque tous les pays européens connaissent alors un manque de vent [4]. Un NAO négatif provoque également un temps orageux et nuageux autour de la mer Méditerranée, impliquant un faible rendement de l’énergie solaire.

Quand un ciel couvert et glacial fige un continent

Lire la suite dans European Scientist ..... 

https://www.europeanscientist.com/fr/energie/la-faillite-du-systeme-electrique/ 

jeudi 16 janvier 2020

SRADDET Bourgogne-Franche-Comté

Contribution à l'enquête publique sur le SRADDET de Bourgogne-Franche-Comté

Jean Pierre Riou  

Contribution déposée sur le registre dématérialisé de l'enquête, close au 16 janvier.
 
Je suis hostile à l’ambition de développement éolien du SRADDET de Bourgogne Franche Comté et tiens à apporter les précisions factuelles qui suivent concernant la motivation de mon avis

Dans « L’hyper-ruralité : valoriser sa rareté ou la priver du peu qui lui reste ? »[1] j’avais publié le contenu de mon audition devant le groupe de travail Aménagement du Territoire du Sénat du 1er décembre 2016[2]. Je m’efforce d’y montrer que le prix a payer pour sa banalisation et son artificialisation ne sera pas circonscrit à ces territoires ruraux mais affectera également toutes les petites métropoles qui y puisent leur identité et viennent s’y ressourcer.
Et que ce prix est bien plus considérable qu’on imagine souvent, car il accélère notamment la désertion des centres-villes des agglomérations dont le territoire a perdu son attrait.

Un panneau publicitaire n’est ni beau ni plus laid en soi qu’un rond point, une zone commerciale ou même une usine. Mais leur multiplication dénature assurément les territoires de leur implantation en modifiant leur identité.
Et c’est le fait d’en être préservés qui fait la rareté des territoires hyper-ruraux de notre région.
Son absence notoire de vent implique la nécessité des plus hauts modèles d’éoliennes.
Or leur impact visuel n’a rien de subjectif, et le rapport Burette de 2004 précise « En pratique, l’impact visuel croit exponentiellement avec la hauteur de l’éolienne. De nombreux calculs sur des exemples réels montrent, qu’en moyenne, l’impact visuel double lorsque la hauteur de l’éolienne augmente de 10m. L’impact visuel d’une éolienne de 150 mètres est 300 fois supérieur à celui d’une éolienne de 50m, alors qu’entre les deux, le rapport de puissance n’est même pas de 1 à 10 »
La rotation des pales ajoute à cet impact en dissuadant l’œil de s’en détourner.

Une étude conjointe de l’Institut Leibnitz et plusieurs universités allemandes, de janvier 2019, et portant sur plus de 2,7 millions de transactions entre 2007 et 2015 [3] a établi une dévalorisation immobilière de 23% sur les habitations rurales anciennes (antérieures à 1949).
Elle corrobore celle de la London School of Economics [4] qui portait sur 12 ans de transactions.
Et force est de convenir de l’interaction entre cette dévalorisation immobilière et celle de leur territoire, transformé en zone industrielle sans emplois.

En second lieu, l’Allemagne a montré que des moyens intermittents ne permettaient pas de réduire la puissance installée en moyens pilotables. Et quels que soient ses records ponctuels de production éolienne, elle a conservé la totalité de ses moyens thermiques en remplaçant un peu de nucléaire et de charbon par la puissance strictement équivalente de gaz et de biomasse. Car les gestionnaires de réseaux allemands misent sur une garantie de production inférieure à 1% de la puissance installée pour les éoliennes, et, bien entendu, sur 0% pour le solaire.

Les économies d’énergie et la gestion de la flexibilité de la demande permettent de réduire cette puissance pilotable.
La flexibilité des centrales nucléaires leur permet de suivre au plus près les variations saisonnières et journalières de la demande. [5] Mais cette flexibilité est désormais dévoyée vers le suivi de la production intermittente avec pour résultat d’en affecter la rentabilité et de ruiner le marché du MWh qui s’effondre jusque des prix négatifs quand le vent souffle. Le rapport du gestionnaire du réseau européen (ENTSOE) sur le passage de l’hiver 2019/2020 est catégorique à la fois sur cet effacement de nos centrales nucléaires et sur le risque de rupture d’approvisionnement français et belge en cas de températures inférieures à moins 5°, même en cas d’importations disponibles.

Je me suis efforcé d’ étayer cette description de la situation lors de mon audition de juin 2019 par la commission d’enquête sur les énergies renouvelables de l’Assemblée Nationale présidée par Julien Aubert.
Et j’ai rendu publiques, dès le lendemain, toutes les sources des documents incontestables qui en appuyaient l’analyse. [6]

En tout état de cause, cette commission a conclu à l’inefficacité des énergies renouvelables intermittentes pour participer à la baisse des émissions de CO2(eq) du parc français de production d’électricité. Celui-ci étant en effet décarboné à plus de 90% depuis un quart de siècle grâce à son mix nucléaire/hydraulique.

L’injection croissante d’intermittence amènera fatalement une dépendance accrue au gaz, pourtant contraire aux objectifs affichés du SRADDET, les quelques 3 GW charbon restant n’étant plus qu’anecdotiques.

En troisième lieu, la « valorisation des territoires » par les retombées fiscales liées aux éoliennes semblent le moteur essentiel de leur acceptation, et même de leur engouement.
Le document ADEME AMORCE de décembre 2017 « ‘L’élu & l’éolien » chiffre à 10 000€/MW la totalité des retombées fiscales pour les différentes collectivités. Et fait état d’un retour d’expérience de 2000€/MW pour le loyer.
Mais parallèlement, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a évalué le surcoût des éoliennes pour l’année 2020 à 1,1 milliard d’euros.
En admettant une puissance moyenne de 17 GW éoliens sur l’année 2020,  à partir de la base des 15660 MW installés en janvier 2020, le surcoût éolien représentera une moyenne de 66 000€ par MW installé.
Soit infiniment plus que ce qui est reversé aux territoires, sous forme d’une curieuse « revalorisation », prise, en fait, dans l’autre poche via les factures d’électricité et de carburant..

Il semble fâcheux que l’information du public visant l’acceptation des éoliennes dans les territoires ruraux n’ait pas bénéficié de la transparence de tous ces éléments car la contrepartie est la détérioration de son cadre de vie.

L’éolien allemand connaît aujourd’hui un effondrement sans précédent et des milliers de suppressions d’emplois, en raison notamment de l’opposition des populations. Pour en améliorer l’acceptabilité, la distance d’éloignement de 1000 mètres des maisons a été validée en conseil des ministres fédéraux le 9 octobre 2019 dans le projet de loi sur le climat.
On ne saurait perdre de vue que les lois de l’acoustique impliquent encore un bruit audible de 33 décibels (dBA) à 1000 mètres pour une simple éolienne de 2 MW dès qu’elle produit le tiers de sa puissance nominale (104 dBA) [L1000m = 104  dBA- 11-20 log1000 = 33 dBA]
Or le code de la santé publique, dont sont dispensées les éoliennes) caractérise l’infraction d’une émergence excessive dès le seuil de 30 dBA.


La taille des machines, rendue nécessaire par l’absence de vent dans notre région, devrait inciter le SRADDET a s’inspirer de l’Allemagne pour préconiser cette distance minimum, à défaut de la protection plus efficace et mieux proportionnée de 10 fois la hauteur des machines, en application en Bavière.

L’illusion d’une énergie locale est démentie par les échanges entre Enedis et RTE, qui montrent sans ambigüité que les 2/3 de la production éolienne est refoulée sur le réseau de transport RTE.
Et c’est désormais en fonction des pics de production qu’il faut dimensionner le réseau à grands frais, et non plus sur les besoins de la consommation, ainsi que le montrait déjà le rapport Derdevet pour la présidence de la République en février 2015.
Car le système électrique est étroitement interconnecté et on se doute que les variations de la consommation ne sont pas corrélées aux caprices du vent.

C’est pour toutes ces raisons que je considère que l’ambition éolienne n’a pas de pertinence en Bourgogne-Franche-Comté


jeudi 9 janvier 2020

De quelle transition l'Energiewende est-elle le nom ?

De quelle transition 
l'Energiewende est-elle le nom ?


Jean Pierre Riou

L’Allemagne a entrepris d’ériger la production d’électricité intermittente en modèle. Ce qui ne manque pas de poser des problèmes de coût et de sécurité. Alors que son kWh reste l’un des plus sales et des plus chers d’Europe, un regard détaillé sur son objectif à long terme permet d’en clarifier les enjeux.

Le ministre fédéral de l’économie et de l’énergie, Peter Altmaïer, en avait chiffré le surcoût à 1000 milliards d’euros à horizon 2022.
Et c’est à une facture bien plus considérable qu’il faut désormais s’attendre, car l’Allemagne est encore loin du bout de ses peines.
Repoussant sa sortie du charbon au moins à 2038, sans être encore parvenue à fermer un parc nucléaire pourtant modeste (21 GW en 2003).
L’étude (2019n° 01)* de l’Institut d’économie d’énergie de l’Université de Cologne (EWI), pour le Ministère de l’économie et de l’énergie de Rhénanie du Nord-Westphalie, permet de détailler l’usine à gaz dont cherche à accoucher cette Montagne, à horizon 2050.
Avec :
Un parc éolien/solaire 4 fois plus puissant que notre parc nucléaire actuel
Un recours accru au gaz quel que soit le scénario
Des moyens mobilisables à tout moment quasiment inchangés
Des émissions de CO2 de plus de 100 millions de tonnes par an
D’autre part, l’éolien, qui en est le fondement, semble déjà traverser une crise historique, tandis que les réserves mondiales de gaz laissent augurer de sérieuses tensions pour son accès avant 2050.
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