vendredi 10 novembre 2017

Pourquoi N. Hulot a reculé



Pourquoi Nicolas Hulot a repoussé l’échéance de la loi de transition énergétique.
Jean Pierre Riou  révision de Jean Fluchère

La raison majeure ne peut en être que dans la responsabilité qui lui incombe de par sa fonction et qui stipule :

6° - III. - Au titre de l'énergie et du climat, il élabore et met en œuvre la politique de l'énergie, afin notamment d'assurer la sécurité d'approvisionnement, la lutte contre le réchauffement climatique et l'accès à l'énergie, et de promouvoir la transition énergétique.

Car la difficulté n’est pas de fermer un réacteur nucléaire, mais d’assurer cette sécurité.
Et bien que la France ait régulièrement été, il y a peu de temps encore, 1° exportateur mondial d’électricité, le gestionnaire du réseau européen (Entsoe) la considère désormais parmi les pays les plus exposés à une rupture d’approvisionnement, en cas de combinaison de vague de froid et d’absence de vent.
Comme c’est le cas de toute période de grand froid anticyclonique.

Malgré les mécanismes d’effacement, qui s’apparentent d’ailleurs à la suppression d’autant de fusibles, et le recours possible à des délestages partiels par zones. 


Le mécanisme d'effacement, qui introduit de nouveaux acteurs dans le système électrique, permet de rémunérer le report d'une consommation prévue lors de périodes tendues pour le réseau. 
Et de compenser ainsi la perte, notamment de production industrielle.
Ce mécanisme ne résout pas pour autant le problème de consommation globale à l’échelle d’une journée.
 
Et le non respect obligé des  normes de sécurité (N-1) accompagne fréquemment ces périodes tendues et rendent crédible la possibilité d’un blackout total sur le pays, comme celui que la France a frôlé le 25 janvier dernier à 19 heures, malgré des températures tout à fait normales pour la saison.
Une telle rupture n’excluant pas d’entrainer avec elle le reste de l’Europe, par effet domino sur le réseau.
Le compte rendu de la panne de courant de grande importance du 4 novembre 2006 qui a affecté l'Europe montre que non seulement le pire ne saurait être exclus, mais il identifie, à plusieurs reprises, les difficultés supplémentaires et incontrôlables qu'entraîne la production décentralisée éolienne en pareil cas.

Des conséquences apocalyptiques
Le site http://www.blackout-simulator.com/ permet de simuler le coût financier de tels événements qui se sont notamment répétés en Australie en raison de la forte proportion de productions intermittentes.
Il le chiffre à 7,6 milliards d’euros pour 24 heures en France. Sans préjudice des émeutes et pillages qui accompagnent presque chaque fois de tels événements, ni du nombre de décès, dans de telles situations, coincés dans les ascenseurs, dans d’inimaginables embouteillages, mouvements de foule incontrôlés ou absence de toute possibilité de communication.


Cette estimation du seul préjudice financier semblant bien modeste en regard des 10 Mds d’€ de PIB de tout jour ouvrable.
 
Un tel événement est inacceptable en France.
Or, notre système électrique, capacités d’importations comprises, est actuellement incapable de passer un pic de consommation tel que celui de février 2012 (102 GW), pourtant loin d’être exceptionnel.

« Ferme ta centrale » est un slogan médiatiquement vendeur, mais bien peu responsable.

 Le survol de nos centrales nucléaires par des drones avait d’ailleurs fait craindre une menace terroriste, le danger majeur en provenait de la rupture de fourniture de leur production,  par la destruction de leurs transformateurs, ou de postes d’interconnexion, et non d’une quelconque attaque des réacteurs, dont les murs ont prouvé leur résistance au crash d’un avion de chasse.

La prétendue « complémentarité » nucléaire renouvelable a pour principale conséquence de fragiliser nos réacteurs, sans permettre la fermeture du moindre d’entre eux, comme le montre l’évolution du parc allemand ou français, mais en aucun cas de constituer une sécurité, puisque le taux de couverture garanti du solaire est de 0% et celui de l’éolien autour de 0,1%.

L’extrême vigilance de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN), et les contrôles et rechargements en combustible imposent une rotation des réacteurs disponibles.
Et le manque d’anticipation dans l’entretien/renouvellement de nos réacteurs fait déjà courir à la France un risque majeur dès cet hiver en cas de grand froid.
Décider la moindre fermeture d’un réacteur considéré fiable par l’ASN dénoncerait l’absence de connaissance de cette situation.

Nucléaire et climat
En second lieu, la décision de N.Hulot en pleine COP 23 a fait couler beaucoup d’encre sur ce qui a également été considéré comme une « reculade » face aux engagements climatiques.

La réduction du nucléaire allemand vient pourtant d’être stigmatisée dans un rapport qui la classe parmi les pires élèves de la lutte pour le climat, tandis qu’une autre met en évidence le rôle majeur du nucléaire et de l’hydraulique dans les bilans de réduction d’émissions, parallèlement à  l’inefficacité du solaire et de l’éolien.


Et la palme de la mauvaise foi semble devoir être décernée aux ONG qui ont attribué le « prix fossile du jour » à la France, pour la décision de N.Hulot en regard des négociations sur le climat de la COP 23, à Bonn.

L’efficacité du combat climatique consiste, en effet,  à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et non à développer des moyens qui, à l’origine, étaient supposés y participer.
Et la France, qui s’est vu décerner le meilleur indice de performance climatique au monde , n’a guère de leçon à recevoir sur la façon d’y parvenir.

Deux points nécessaires pour préciser la situation du nucléaire français :

La santé d'EDF
Les difficultés d’EDF lui sont généralement imputées sur la foi du syllogisme :
EDF est malade – EDF repose sur le nucléaire – donc le nucléaire rend EDF malade.

Un regard sur la santé de ses homologues européens dénoncera efficacement cette absence de raisonnement



Et c’est, bien au contraire, le déversement massif de surplus d’électricité intermittente, décorrélée des besoins et subventionnée qui a ruiné le marché de l’électricité et privé de rentabilité tous les électriciens européens.

A cette situation,  il convient d’ajouter la dette de 4,6 milliards d’euros qu’EDF a été contraint d’avancer à l’Etat pour le surcoût des énergies renouvelables (CSPE) et dont le remboursement n'en finit plus d'être retardé, et les 20 milliards d’euros de dividendes que l’État actionnaire s’est octroyés en 10 ans sur le compte d’EDF.

Le coût de l'uranium
D’autre part, les coûts des importations de combustible ont fait couler beaucoup d’encre en regard du vent, qui, bien que capricieux, serait gratuit.


Pour son parc nucléaire, EDF indique dans son bulletin d'information de novembre 2017 qu’il achète chaque année 9000 tonnes d’uranium naturel.

Ce qui correspond à 404 M€ pour ces 12 derniers mois, en raison du cours de 20$ la livre de l’U3O8, qui entraîne le coût de 52$ le kg d’U une fois le poids de l’oxygène enlevé. 



Cette valeur est corroborée par le site des douanes françaises qui  indique, pour les 12 derniers mois, la valeur de 548 611 k€ pour les importations de combustible nucléaire traité … et 141 362 k€ pour les exportations.

Ces exportations correspondent notamment à la part de combustible valorisée auparavant en France soit par l’enrichissement soit par le retraitement pour le compte de clients étrangers. 




C’est pourquoi  le coût du combustible nucléaire peut être évalué à 1,14€ pour chacun des 384 millions de MWh produits par notre parc nucléaire en 2016, si on retranche des importations la valeur du combustible exporté.

Et donc bien moins encore actuellement, en raison de la baisse du cours de l’U3O8 depuis.

Ce qui représente une quantité négligeable, quand bien même le cours de l’uranium en viendrait à doubler ou même à tripler.
Et ces chiffres doivent être mis en regard des plus de 2 milliards d'euros d'exportation d'électricité annuelle, dont le parc nucléaire assure les 3/4 de la production.

Le spectre du risque
On sait enfin que le charbon tue des dizaines de milliers de personnes chaque année, même en dehors de ses frontières, et que c’est le nucléaire qui a provoqué le moins de mort par unité d’énergie produite. 
Et que la gestion des risques est un métier qui ne devrait céder ni à l'émotion ni à une opinion publique susceptible d'être manipulée.

C'est sous sa pression qu'une promesse électorale a entrainé la décision de porter la part de la production nucléaire à 50% au lieu des 77% actuels.
Non pas de la puissance installée, puisque notre parc nucléaire ne représente déjà que 48,3% de la puissance de celui-ci, comme l’indique le bilan RTE.

Car ce n’est en fait que son efficacité qu’on semble lui reprocher et qui tend à justifier qu’on lui impose une « complémentarité » avec des énergies intermittentes, l'astreignant à des régimes chaotiques qu’il est capable d’assurer, malgré une sollicitation accrue des installations et une plus grande quantité d’effluents radioactifs lors de tels régimes.

La vraie question
Et plutôt que de s’interroger sur les raisons qui ont conduit N.Hulot à repousser l’échéance de la loi de Transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), il est permis de s’interroger sur les avantages qui sont supposés en résulter.

Puisque des énergies intermittentes n’ont jamais permis de fermer de moyens pilotables, et qu’aucun avantage n’est à attendre de la « complémentarité » nucléaire/renouvelable, ni en termes de sécurité, ni en termes d’émissions de CO2, ni surtout en termes de coûts.

L’avocat A.Gossement analyse les raisons qui rendent la révision de cette loi nécessaire.
Et pose une intéressante question :
«  De deux choses l’une : soit la loi de 2015 comporte un objectif « irréaliste » et il faut s’interroger sur la raison pour laquelle il a quand même été voté par la majorité d’alors. Soit cette loi, faute d’avoir été appliquée plus tôt, est devenue inapplicable. »

En tout état de cause, sa première hypothèse semble devoir être approfondie.

mardi 17 octobre 2017

L'écologie de marché

Les dérives de l'écologie de marché

Jean Pierre Riou 

La sixième extinction de masse des espèces menace indirectement la survie de l’humanité. Contrairement au discours convenu, la question climatique, pour alarmante qu’elle soit, n’en est pas la principale cause.

Et sur les 23 250 espèces figurant sur la liste rouge de l’UICN, l’ours polaire, malgré le réchauffement et la réduction de son habitat, n’est classé que dans la catégorie « vulnérable », qui regroupe les espèces les moins menacées. Sa population n’ayant d’ailleurs jamais été aussi importante.
La principale menace provient du pillage mercantile des ressources de la planète, qui les transforme en biens de consommation et réduit l’habitat de chaque espèce comme peau de chagrin en imprimant irrémédiablement sa signature industrielle sur le peu qui en reste, par sa pollution aussi bien chimique, visuelle, que sonore.

Les nouveaux écologistes

Brassant chaque année les dollars par centaines de milliards et, paradoxalement issue de l’alliance contre nature entre écologistes et marchands du temple, l’« écologie de marché » a entrepris d’accélérer le massacre. Agitant à la fois le spectre d’une apocalypse nucléaire, d’une fournaise climatique et de l’immersion de territoires, prélude aux invasions de bandes armées, cette nouvelle religion, qui prélève ses « indulgences » sur des consommateurs, forcément coupables, prétend, à grands coups d’argent public, terrasser le mal suprême que constitueraient les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’activité humaine et communément exprimées en équivalent CO2.


 

dimanche 1 octobre 2017

La mort par le charbon



Eoliennes et climat: vers la fin d’un modèle ?
Jean Pierre Riou
Partie 2
La mort par le charbon : Moins médiatique mais plus sûre.

(Suite de la Partie 1


Le surdimensionnement du parc électrique allemand a été mis en évidence dans une première partie de cet article « Retour aux sources de l’Energiewende ».

Certains veulent y voir une complémentarité intermittent / pilotable.
Le présent article tend à conclure à un véritable parasitage des centrales pilotables par des moyens subventionnés qui ne peuvent se passer d’elles et dont les conséquences sont aussi négatives sur la santé que sur la sécurité.

Le parc nucléaire français en fait les frais, par un suivi de charge qui le fragilise et augmente la quantité de ses effluents radioactifs.
Les allemands s’y sont risqués avec 2 réacteurs, celui de Brokdorf n’y a pas résisté.

Il en va d’ailleurs de même pour les circuits de vapeur des centrales thermiques conventionnelles soumises aux mêmes contraintes. Et outre la disparition de leur rentabilité, les régimes chaotiques qui leurs sont imposés entraînent également l’augmentation de leurs facteurs de pollution, ainsi que nous l’avions évoqué dans : http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2

Un élément a pourtant échappé à cette analyse : la consommation des centrales à charbon même à l’arrêt.
En effets, celles ci sont fréquemment en pré chauffe, régime le plus polluant, sans produire d’électricité pour autant, et sans, d’ailleurs, que cette pollution extrême soit prise en compte par les analyses qui se contentent d’en mesurer la production électrique.

Une idée de ce problème peut être évoquée par les données RTE qui indique la production détaillée par centrale, pour chaque heure de l’année.
Celles-ci indiquant des périodes plus ou moins longues de « production négative » d’une grosse vingtaine de MW avant chaque entrée en production positive. 

Ces productions négatives, dont la plus grosse part provient de la consommation des pompes de refroidissement (une vingtaine de MW), peuvent s’étaler sur plusieurs jours, comme du 20/03 au 24/03/2016 dans la centrale à charbon de Cordemais. 
Le graphique ci-dessous indique les productions des 15/16 octobre 2016, avec, de gauche à droite, les centrales à charbon de Cordemais 1 – 2 E. Huchet, Havre 4, et Provence. Il montre une consommation correspondant aux pompes de refroidissement en pleine activité pour Cordemais et des variations de plus de 150 MW en quelques heures pour les 3 autres.


Il est aisé de comprendre que plus la puissance intermittente raccordée au réseau sera importante et moins les centrales pilotables pourront fonctionner à leur régime optimum, qui est le moins polluant. Aucune, pour autant, ne pouvant être supprimée.

L'Allemagne en flagrant délit
Chaque période anticyclonique, (donc sans vent), s’accompagne d’un recours massif au charbon en Allemagne, comme c’était le cas fin septembre, où le parc éolien avait pratiquement cessé toute production, ainsi que le solaire, comme chaque soir :


On note d’ailleurs sur ce graphique la variation considérable du taux de charge de la filière charbon, en brun foncé, avec l'augmentation de pollution qu'elle implique.
Sans surprise, sa pollution extrême a laissé quelques traces dans l’atmosphère, ainsi que l'indiquait le site PREV'AIR, dès le lendemain de cette performance charbon/lignite.


Cet anticyclone étant, comme c’est généralement le cas, accompagné d'un mouvement des masses d'air d'est en ouest, ainsi que les 3 jours qui suivirent :


 (Encore mieux visible en cliquant sur l’animation : GFS / NCEP / US National Weather Service)
Le trajet de ce nuage de pollution n'était guère difficile à prévoir ...
 Ci dessous le 25/09


Puis le 26/09 


Copernicus
Depuis fin 2016, le programme européen Copernicus permet une surveillance transfrontalière des émissions polluantes.
Et cette fois, les défenseurs de la politique allemande de production d’électricité auront du mal à nier que c’est sa pollution qui traverse les frontières pour y provoquer des milliers de morts chaque année.
En effet, la responsabilité de ce nuage allemand dans la pollution Bruxelloise a été confirmée par les prévisions de Copernicus (Country Attribution).

 

Cette analyse par Copernicus est accablante et impute les 2/3 de la pollution bruxelloise à l’Allemagne ce 25 septembre.
Un récent rapport chiffrait à 2490 par an le nombre de décès imputés au charbon allemand hors de ses frontières, dont 490 en France.
Les détracteurs du mix électrique français actuel ne semblent pas avoir compris que ce n’est pas en le parasitant avec des énergies intermittentes qu’on en améliorera la sécurité, encore moins les performances climatiques.

Lesquelles performances climatiques françaises se sont d’ailleurs vu attribuer le meilleur indice mondial d’efficacité.
(Source Germanwatch / Climate Action Network)

En matière de climat, comment peut on encore parler de retard sur l'Allemagne du développement éolien ?

Eoliennes : la fin d'un modèle ?



Eoliennes et climat: vers la fin d’un modèle ?
Jean Pierre Riou
Partie 1
Energiewende : la fin des ambitions

En 2014, le vice Chancelier Allemand Sigmar Gabriel, ministre de l’économie et de l’énergie déclarait déjà : « La vérité est que la transition énergétique [« Energiewende », le plan allemand visant à faire passer la part de la production « renouvelable » d’électricité à 80% en 2050] est sur le point d’échouer. La vérité est que, sous tous les aspects, nous avons sous-estimé la complexité de cette transition énergétique. La noble aspiration d’un approvisionnement énergétique décentralisé et autonome est bien sûr une pure folie ! Quoi qu’il en soit, la plupart des autres pays d’Europe pensent que nous sommes fous. »

Dans son rapport « Transition énergétique allemande : la fin des ambitions ? » France Stratégie stigmatise l’échec climatique de l’Allemagne malgré son développement spectaculaire des énergies renouvelables.
Quelques jours plus tard, c’est la Cour des Comptes européenne qui fustigeait ce développement des énergies renouvelables et en dénonçait les coûts et l’inefficacité.

Les rapports s’accumulent désormais pour établir que le bilan climatique de cette politique est pire encore qu’on le craignait, malgré les milliards d’euros qui lui ont été consacrés.

Notre « modèle allemand » étant même l’un des seuls pays au monde à voir les émissions de son secteur de l’énergie croitre depuis 2010 !


(Source Enerdata)

Nous en avions publié une analyse dans « Ubu chez les allemands ».

Retour aux sources de l’Energiewende
Pour toute analyse, la rigueur des sources est fondamentale, le présent article vise à préciser celles concernant l’évolution du parc électrique allemand dans cette première partie.
Une seconde partie insistera sur les conséquences de cette évolution.

L’excellent site Energy Charts indique l’évolution de la puissance installée de chaque filière de production d’électricité en Allemagne.
La capture d’écran annotée ci-dessous en a déjà été utilisée maintes fois pour montrer que la formidable puissance éolien/solaire allemande - 1 ½ plus puissante que tout notre parc nucléaire - n’a pas été en mesure, depuis 15 ans, de remplacer le moindre MW pilotable installé, en raison de l’intermittence de sa production.
Celle-ci étant en effet susceptible de s’effondrer à 0% de la puissance installée pour le solaire et guère davantage (jusqu’à 0,5%) pour l’éolien.
Selon ce site, les 11,6 GW nucléaires fermés depuis 2002 auront été largement compensés par + 9,6 GW de gaz et 5,8 GW de biomasse, la ligne rouge horizontale dénonçant l’absence totale de réduction de ces moyens pilotables.

Toutefois, un léger hiatus s’est glissé en 2011 en raison d’un changement de jeu de données dans les sources du site Energy Charts : BMWi jusqu’en 2010, Bundesnetzagentur ensuite.
L’incohérence qui résulte de ce changement de source, par comparaison avec les moyens effectivement fermés et ajoutés annuellement sur ce même site, n’a pas échappé à la perspicacité de Nicolas Meilhan, membre des « Econoclastes ». 

Après avoir eu confirmation de ce hiatus auprès du responsable du site, N.Meilhan en a reconstitué l’évolution, par comparaison des différents jeux de données utilisées, notamment ceux de BDEW et de Bundesnetzagentur en regard des modifications annuelles de puissance installée de Energy Charts.
Et rétabli, à source constante, une évolution plus précise et plus complète des puissances installées qu’il publie dans une mise au point sur le site des « Econoclastes ».
Le graphique ci-dessous récapitule cette évolution, nous y avons reporté, en vert, la même ligne horizontale séparant les moyens pilotables de la capacité intermittente (éolien/solaire), au dessus du trait.
 Le paradoxe de l’intermittence
Ce graphique, qui remonte cette fois jusqu’à 2000, fait apparaître un paradoxe.
On y constate, en effet, que non seulement la capacité installée des énergies pilotables n’a aucunement été réduite par de développement des énergies intermittentes, mais que la tendance à la baisse, amorcée dès les premières années 2000, semble s’inverser avec le développement exponentiel des énergies intermittentes.
Exception faite, bien sûr, de la chute brutale en 2011, décidée dans l’urgence de l’après Fukushima.
Cette « sortie du nucléaire » allemande ne représente d’ailleurs qu’une réduction de 11,6 GW depuis 2000, c’est à dire même pas l’équivalent des réacteurs français arrêtés en même temps l’hiver dernier pour contrôle de l’ASN.

Cette analyse de l’évolution du parc électrique allemand met en évidence le fait que les fermetures de ces réacteurs n’ont pas plus de lien avec le développement éolien que celui du solaire, puisque l’équivalent de leur puissance a été plus que compensée par + 9,44 GW de gaz, + 6,7 GW de biomasse et + 1,4 GW d’incinération de déchets.
Et ce, malgré une réduction, dans le même temps, de 3 GW de fioul.

Et ses deux conséquences majeures
- Ce surdimensionnement du parc électrique allemand, qui correspond pratiquement au doublement de sa puissance par des moyens intermittents, entraîne des surproductions considérables chaque fois que le vent souffle et que le soleil brille, et entraîne chaque année l’obligation d’exporter pratiquement l’équivalent de la moitié de la production éolien / solaire, soit 44% en 2016 avec 50,44 TWh, plaçant l’Allemagne au 2° rang mondial des exportateurs d’électricité.

-          La seconde conséquence est le fonctionnement chaotique  et régimes partiels que ce surdimensionnement du parc électrique allemand impose aux centrales pilotables, avec des conséquences négatives sur les émissions polluantes ainsi que sur la sécurité.

Ces conséquences font l’objet de la seconde partie de cet article :





mardi 26 septembre 2017

L'éolien selon l'Ademe

L'éolien selon l'Ademe.

Jean Pierre Riou

L' Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe) vient de publier un rapport
sur les vertus de l'énergie éolienne.
Les retombées fiscales pour les collectivités territoriales y sont détaillées, notamment à travers le graphique ci dessous.

 Ces alléchants revenus, multipliés par les 12 278 MW actuellement installés sur le territoire, correspondant ainsi à une manne de 152 millions d'euros par an.

Malheureusement, cette somme correspond strictement au 1/10° de celle prélevée chaque année aux ménages, à travers la CSPE, qui finance le seul surcoût des tarifs préférentiels accordés à cette filière, soit 1513 millions d'euros en 2018 comme le montre la délibération de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) publiée en juillet dernier.


Verser dans une poche le dixième de ce qui a été prélevé dans l'autre est il bien une opération à mettre au crédit de cette filière ?

Cette CSPE ne représentant d'ailleurs que la partie émergée des charges supplémentaires liées au développement de l'intermittence, ainsi que nous l'avons déjà évoqué dans "Le prix de l'intermittence".

Gestion des risques
Le rapport fait état, p 183, de 1,9 mort par TW éolien installé, contre 7,3 pour le nucléaire.
Outre le fait que la source évoquée (d'ailleurs chapitre 9 et non le 7 comme indiqué qui y renvoie), comptabilise les "décès latents" hautement contestables, cette présentation occulte le fait que l'important n'est pas la puissance nominale installée mais le service rendu par l'énergie effectivement produite.
Une mise à jour de la comparaison de la mortalité par TWh (milliard de kWh) produit par chaque filière a été publiée en 2016 qui confirme que le nombre de décès est 4 fois plus important pour l'éolien que le nucléaire.
(Voir tableau ci dessous :)


CO2 évité par l'éolien
Le parc électrique français a produit 531,3 TWh en 2016, en émettant 28,3 millions de tonnes de CO2 (bilan RTE 2016). C'est à dire une moyenne de 53 g de CO2 par kWh.

L'Ademe considère pourtant que chaque kWh éolien produit éviterait l'émission de pas moins de "500 à 600 g par kWh éolien" (p 173).
Semblant ainsi ignorer l'important suivi de charge du nucléaire qui sait s'effacer lorsqu'on le lui demande, notamment la nuit ou quand le vent souffle, ainsi que les exportations (à perte) qui résultent de productions indésirables, notamment à 3 heures du matin, comme le montre le graphique de RTE Eco2mix.


Des chiffres contestés
En 2008, la CRE contestait déjà le chiffre de 300g de CO2/kWh éolien alors évoqué par l'Ademe  considérant qu'un tiers de cette production terminait à l'export et rappelant qu'elle se substitue également à l'énergie nucléaire qui n'émet pas de CO2.

Mais surtout, aucun compte n'est tenu de l'augmentation des facteurs de pollution des centrales thermiques liée aux régimes chaotiques que leur impose l'intermittence de la production éolienne, comme le montre l'article http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2.

Des avertissements répétés
France Stratégie vient de publier une analyse très critique du développement des énergies intermittentes qui amène l'Allemagne à abandonner ses ambitions climatiques.
La Cour des Comptes vient de fustiger les coûts et l'inefficacité de cette politique climatique européenne.
Jean Paul Bouttes vient d'en dresser un brillant réquisitoire devant l'Académie des Sciences morales et politiques.
Le Comité de prospective en énergie de l'Académie des sciences venait de dénoncer le non sens que représente l'équilibrage d'un réseau électrique par des énergies intermittentes.

Et si on écoutait d'autres avis sur l'éolien que celui de l'Agence chargée de leur développement?


mercredi 20 septembre 2017

Effets sanitaires des éoliennes




Effets sanitaires néfastes des éoliennes :

Certitudes et hypothèses

Jean Pierre Riou

Préambule :
-         La santé, telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) consiste en « un état de complet bien être physique, mental et social et pas seulement une absence de maladie ou d'infirmité »

-          Le bruit, avec plus de 10 000 décès prématurés par an, est considéré la 2ème cause sanitaire environnementale. (European Environnement Agency, report 10/2014, p 5).

-          La Directive européenne sur le bruit (2002/49/CE) attire l’attention, dans son annexe 1, sur l’importance des critères suivants :
La composante basse fréquence du bruit
Le bruit à caractère impulsionnel
La situation en zone calme de rase campagne
Le nombre d’événements sonores

Bruit et perturbation du sommeil :
Les conséquences sanitaires d’une perturbation du sommeil ne sont plus à démontrer.
Dans Night noise guidelines for Europe l’OMS constate des effets sur le sommeil dès le seuil de 30 décibels (dBA) à l’extérieur (outside). Les populations les plus vulnérables en subissant les effets les plus intenses. (Voir extrait ci-dessous)


Cet extrait mentionne également que des effets peuvent apparaitre sous ce seuil chez les individus les plus sensibles, et que l’intensité de ces effets dépend également de la nature de la source sonore.

Bruit éolien :
1° Les plus petits modèles d’éoliennes actuelles (2 MW) présentent une puissance acoustique de 104 dBA dès que la production électrique atteint environ le tiers de leur puissance nominale. Les plus gros modèles (Enercon E 126) atteignent 108 dBA.
Dans « Low-frequency noise from large wind turbines » Moller et Pedersen relèvent un bruit audible de 35 dBA pour 1 seule éolienne jusqu’à une distance de plus de 1200 m de la machine.

2° La littérature scientifique sur le sujet s’accorde pour considérer qu’à puissance égale, le bruit éolien se situe parmi les plus dérangeants.

Et cela notamment en raison de l’importance de ses composantes basse fréquence, mise en évidence par de nombreux auteurs comme J.Punch qui montre la corrélation entre l’augmentation progressive de la puissance des machines et l’abaissement de leur spectre sonore.

Mais aussi en raison de son caractère impulsionnel, sa grande variabilité et la circonstance aggravante qu’il émerge la plupart du temps dans un environnement silencieux.

L’avis de l’Académie de médecine :
Le 9 mai 2017,  l’Académie nationale de médecine adoptait son rapport sur les « Nuisances sanitaires des éoliennes terrestres »
Ce rapport affirme sans équivoque « Toutes les données de la littérature concordent pour souligner l’effet très négatif du bruit sur le sommeil. De fait, les troubles du sommeil représentent sans doute la doléance la plus constante des riverains. Ils sont d’ailleurs objectivés par les enregistrements somnographiques effectués par des cliniques du sommeil. Ces études concluent qu’à l’intérieur d’un périmètre de 1,5 km le bruit émis par les éoliennes perturberait la qualité du sommeil [23-30] »

Éoliennes et santé publique
Comment comprendre, dès lors, qu’à la demande de la filière professionnelle, les éoliennes aient été dispensées du respect du code de la santé publique, qui caractérise l’infraction dès 30 dBA, et autorisées à porter seules le bruit ambiant à 35 dBA, grâce à un amendement au projet d’arrêté qui prévoyait le strict respect de ce code ?
Cette circonstance, accordée par les dispositions de l’arrêté du 26 août 2011, implique que le juge judiciaire ne sera plus compétent pour sanctionner un trouble sanitaire avéré provoqué par une éolienne dument autorisée par le juge administratif, ainsi que l’a relevé le Conseil d’Etat en cassant le jugement du TGI de Montpellier qui avait ordonné la démolition des éoliennes incriminées après avoir considéré un trouble sanitaire avéré au sens de l'Académie de médecine.

Des soupçons d’effets sanitaires plus graves encore :
L’Académie de médecine mentionne des études scientifiques qui décrivent différents mécanismes d’effets néfastes sur la santé, comme celle de Rand concernant l’interférence des fréquences de 30 Hz des éoliennes avec les ondes beta du sommeil ou celle de l’équipe Alves Pereira sur la maladie vibro acoustique. Ce dernier auteur décrivant entre autres les conséquences cardio-vasculaires d’une exposition chronique aux basses fréquences et infrasons des éoliennes.
Mais les innombrables études sur le sujet faisant l’objet de controverse, l’Académie de médecine se contente de conclure : « Le problème toutefois est que la définition de la santé a évolué et que, d’après l’OMS, elle représente aujourd’hui un état de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité.
Dans cette acception, force est d’admettre que le syndrome des éoliennes, quelque subjectifs
qu’en soient les symptômes, traduit une souffrance existentielle, voire une détresse
psychologique, bref une atteinte de la qualité de vie qui, toutefois, ne concerne qu’une
partie des riverains ».

La santé en question
Signalons pour conclure que cette définition de la santé figurait déjà dans le Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin -22 juillet 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.


Les témoignages de souffrance de riverains d'éoliennes sont innombrables.