lundi 7 mars 2016

Les apprentis sorciers



Pourquoi nous payons de plus en plus cher pour la perte de notre indépendance énergétique, la menace d’un blackout généralisé et l'aggravation du risque d’un incident nucléaire.

L’échec de la politique énergétique européenne est patent en regard des 3 objectifs qu’elle s’était assignés : "maîtrise des coûts, sécurité d’approvisionnement et réduction de l'impact environnemental".
Bien loin d’en formuler tout bilan chiffré et remise en question stratégique, la France en accélère la marche forcée.
Avec la promesse de lendemains qui déchantent.

Le leurre renouvelable

La distinction renouvelable/ fossile masque sournoisement la différence essentielle entre les moyens de production d’électricité: ceux qui sont pilotables à la demande et ceux qui sont susceptibles d’interrompre leur production à tout moment, de façon quasi totale.
Si ces moyens intermittents sont généralement renouvelables, tous les moyens dit "renouvelables", tels que l’hydraulique de barrage la géothermie, l’énergie des marées ou celle de la houle, ne sont pas intermittents.
Et si on sait que la nuit, il n’y a pas de soleil, on ne réalise pas toujours que le taux garanti de couverture de la consommation par la production éolienne est également de 0%

Des moyens supplémentaires de stockage sont alors indispensables pour conférer le moindre intérêt à une part significative de production aléatoire.
Or, le rapport sur le stockage à partir duquel l’ADEME avait échafaudé une projection visionnaire « 100% renouvelable » révèle ses limites, à partir de la page 150, et fait comprendre l’impossibilité actuelle d’en réunir les conditions minimales nécessaires.
Malgré d’incontestables avancées, il est encore trop tôt pour énoncer les possibilités réelles de stockage à grande échelle pour un surcoût acceptable par la collectivité.
L’accélération de la course chimérique visant à développer la puissance intermittente installée sans maîtriser ces pré-requis est responsable du gâchis considérable d’une politique européenne qui risque d’être ridiculisée par l’avènement d’une forme ou d’une autre des énergies propres de demain avant d’avoir compris comment rendre durable ce qui est intermittent.

Plus grave encore, si on en croit la Cour des Comptes, personne n’a la moindre idée des réelles conséquences économiques et sociales de la loi sur la transition énergétique qui encadre cette politique.
Pas même le ministère des finances, celui de l’économie ou le secrétariat d’État au budget, qui n’ont pas daigné répondre.

Retour sur un quart de siècle de gâchis

En l’état actuel des interconnexions et des possibilités de stockage, ces énergies intermittentes (éolien/photovoltaïque) n'ont toujours pas permis la suppression de la moindre centrale pilotable.
Quand le vent et la nuit tombent, leur production étant quasi nulle, la régulation hydroélectrique (barrages et stations de transfert d’énergie par pompage : STEP) ne laisse pas de marge de sécurité suffisante pour tenter de ne pas disposer de la totalité de la couverture des besoins en centrales pilotables.
La simulation de la  période de froid anticyclonique de février 2012 du Rapport ADEME  100% renouvelables, qui prétendait y résister par des importations, semblait perdre de vue, qu’au même moment, les éoliennes allemandes étaient encore moins efficaces que les nôtres avec moins de 1% de taux de charge (0.29GW le 05/02/2012, pour 30.56GW installés)  et n’auraient été d’aucun secours. 
Lors de ces périodes tendues, chaque pays ne pouvant pas compter sur le pays voisin.

Cette nécessité est d’ailleurs confirmée par l’évolution du parc installé en Allemagne, pour lequel il est facile de constater que la puissance pilotable, sous le trait rouge, est strictement inchangée depuis 2002. La conversion de centrales à charbon en biomasse (en vert) ayant compensée à elle seule la très faible diminution du reste, nucléaire compris (en rouge).

Tandis qu’il apparait clairement que les 83.48GW, éolien et photovoltaïque, au dessus du même trait rouge, viennent en surplus.
Alors que la consommation allemande n’a strictement pas évolué pendant cette période.  

L’Allemagne n’a d’ailleurs pas prévu de se passer de ces moyens fossiles puisqu’elle a programmé, d’ici 2025, 1760MW de nouvelles centrales au lignite, 4555MW au charbon et 12960MW au gaz, selon les chiffres officiels BDEW.
Sans que l’augmentation de la consommation en soit la cause, puisqu’elle s’est engagée devant l’Europe à la réduire par l’amélioration de 27% de l’efficacité énergétique d’ici 2030.
Est il utile de rappeler que la pollution de l’air est responsable de plus de 2 fois plus de morts, chaque année en Allemagne championne du charbon pour sa production d'électricité, qu’en France, avec notamment 42 578 décès en 2010 contre 17 389 en France, selon les calculs de l’OCDE .

Mais en Allemagne, du moins, les moyens intermittents sont ainsi chargés de prendre la place des centrales polluantes quand il y a du soleil ou du vent.
Pourtant, le bilan de 25 ans de cette politique n’ait fait évoluer les émissions allemandes que de 600kg CO2/MWh en 1990 à 540 kg CO2/MWh en 2015, et encore, à la condition de ne pas tenir compte du fait que l’intermittence de fonctionnement et les régimes partiels augmentent les facteurs de pollution des centrales pour une même quantité d’électricité produite.
(Chiffres http://www.ag-energiebilanzen.de/ et critères du bilan RTE 2015)
Bien pitoyable évolution en regard des émissions de 40kg CO2/MWh pour le parc français.
La réduction de ces émissions n’était elle pourtant pas la priorité absolue de la COP 21?

La chute du cours du MWh et ses dramatiques conséquence

Comme on aurait pu s’y attendre, l’ajout de ces énormes capacités de production subventionnée intermittente à une situation déjà surcapacitaire en Europe est responsable de l’écroulement du cours du MWh.
Et prive de toute rentabilité aussi bien les recherches dans des alternatives pérennes que les centrales conventionnelles qui ne sont pas perfusées par l'argent public, mais dont il n’est malheureusement pas possible de se passer.
Au point que l’électricien allemand E.on en en est même arrivé à menacer d’aller en justice pour avoir le droit de fermer sa centrale à gaz d’Irshing, ultramoderne et non polluante, malgré les subventions destinées à l’inciter à la laisser prête à démarrer en fonction des  caprices du vent.

Malheureusement, plus le cours du MWh baisse et plus la compensation en argent public est importante pour garantir le tarif préférentiel aux énergies renouvelables, alors qu’on imaginait qu’en raison d’une augmentation inéluctable des prix, à partir de 2015  « Les producteurs éoliens génèrent alors une rente pour la collectivité ».
C’est ainsi exactement l’inverse qui s’est produit faisant s’envoler les coûts pour la collectivité et les factures des consommateurs.

La France, dindon de la farce

Le problème est plus sensible encore en France, où la question n’est pas celle du CO2 puisque plus de 95% de son parc de production n’en émet pas et que les énergies aléatoires, incapables de remplacer le moindre des réacteurs, ne parviennent qu’à leur imposer leur régime chaotique, au lieu du régime optimum pour lequel ceux-ci sont conçus. 
Ils sont en effet « capables de faire varier leur puissance de 80 % à la hausse ou à la baisse en l’espace de trente minutes » en fonction de la production des énergies renouvelables.
Hélas, « il va de soi que de telles oscillations vont à l’encontre d’un des principes de base de la gestion des cœurs qui est de produire la puissance de la façon la plus homogène possible dans le cœur ». (Anne Nicolas, Direction de l’énergie nucléaire CEA/Saclay)
Cette obligation de modulation, d’autre part, sollicite d’avantage les équipements et en provoque une usure prématurée.
Mais surtout, en réduisant leur rentabilité, les fonctionnements en régimes partiels privent EDF des moyens d’en assurer la maintenance, particulièrement dans le cadre du « grand carénage » prévu.

S’il est louable de chercher à supprimer tout risque nucléaire, il est irresponsable d’imaginer qu’on puisse y parvenir en ruinant son exploitant.

Voilà à peine plus de 2 ans, la « rente nucléaire » d’EDF était jugée tellement conséquente qu’il était envisagé de l’affecter au financement de la transition énergétique, plutôt qu’en profiter pour améliorer la sécurisation de ses réacteurs.
Depuis 2016, EDF ne parvient même plus à vendre la moindre de sa production au prix ARENH, et se voit condamné par la loi à ne plus exploiter ses réacteurs qu’à 50% de leur taux de charge à horizon 2025, au gré du vent, désormais capable de faire tomber les cours du MWh jusqu’à des prix négatifs.

Le rapport de la Cour des Comptes laisse désormais augurer un choix entre une rupture d’approvisionnement susceptible d’entraîner un blackout en chaine sur le réseau européen, ou des compromis inacceptables sur la maintenance du parc nucléaire.
La situation financière d’EDF laisse difficilement entrevoir d’autre alternative à court terme.

L’arbre qui va cacher la forêt

Une particularité doit toutefois être relevée, afin d’éviter une méprise sur les raisons qui permettront de fermer aisément l’équivalent de 2 à 3 centrales et ne pas comprendre que le développement des énergies intermittentes n’y est strictement pour rien.
Depuis 2013, la nouvelle unité d’enrichissement d’uranium « Georges Besse 2 » a complètement libéré pour la consommation 2 réacteurs nucléaires du Tricastin qui étaient jusqu’alors entièrement dédiés à « Georges Besse 1 », 50 fois plus gourmand en électricité.
Cette puissance désormais supplémentaire n’apparaît pourtant nulle part dans les Bilans RTE puisque la consommation est donnée en chiffres bruts puis « corrigés de l’aléa météorologique hors soutirage du secteur énergie ».
Mais c’est à l’évidence la principale raison de la baisse, depuis 2013, de la consommation brute, qui devient même inférieure à la consommation corrigée, pour la première fois en 2014, puis en 2015 et permet à la France de dépasser, ces 2 années, son solde d’exportation de 2013 qui la place déjà au 2° rang mondial. (AIE 2015, p 27 data 2013)
La dizaine de TWh supplémentaires, libérés grâce à la faible consommation de « Georges Besse 2 », risque de tromper un observateur non averti sur les raisons qui permettront à la France de figurer vraisemblablement à la 1° place AIE 2016 et 2017 (chiffres 2014 et 2015) et d’être effectivement en mesure de fermer l’équivalent d’un peu plus de 2 réacteurs sans que les énergies intermittentes y soient pour quoi que ce soit. Tandis qu’elles ne font actuellement que participer aux exportations à perte.
(achetées au prix moyen 2015 de 90€/MWh selon la CRE et exportées au prix moyen 2015 de 37.5€/MWh selon les douanes françaises )

Interconnexions, la fausse solution d’une mutualisation des problèmes

A défaut de stockage, la fuite en avant vers une mutualisation des problèmes dans l’espoir d’y trouver une solution, semble plus dramatique encore. La restructuration du réseau de transport et de distribution avec des interconnexions supposées résister à la pénétration d'une plus grande part d' intermittence est estimée à 700 milliards d’euros en 10 ans par le rapport Derdevet.
Sans que personne, d’ailleurs, ne semble  encore en mesure d’en estimer le taux d’efficacité en regard de cette intermittence.
Ce réseau est manifestement indispensable à l’Allemagne, mais promet de coûter à la France bien plus cher qu’on imagine.
En effet, force est de constater l’évidente corrélation entre la production intermittente des éoliennes, qui est par nature sans rapport avec les besoins de la consommation, et le cours du MWh.





Cette instabilité du marché qui interdit toute rentabilité aux centrales de production non subventionnées fait le bonheur des traders en électricité qui voient s’ouvrir à eux un immense terrain de jeu, avec des échanges toujours plus lointains, contrairement à l’image de production locale dont on essaye de parer les éoliennes.

France Stratégie décrivait la fragilisation du réseau français par l’Allemagne qui impose déjà le transit de son courant par nos frontières pour l’acheminer du nord vers le sud de son territoire.
Et remarquait que les effets de ces interconnexions n’étaient pas positifs pour tout le monde. Notamment pour la République tchèque ou la Pologne, contraints d’investir dans des transformateurs déphaseurs géants pour pouvoir précisément s’en déconnecter.

Cet hiver, c’est la Pologne qui risque une rupture d’approvisionnement, ses importations étant limitées par la saturation de son réseau par l’Allemagne qui l’emprunte pour traverser ses frontières !  

 En décembre 2013, Pierre Audigier annonçait  dans ParisTech Review que la France ne sera pas épargnée par ces « déversements considérables d’électricité fatale en provenance d’Allemagne ».

Désormais, l’Europe cofinance la connexion et la synchronisation de son réseau « ENTSO E » avec la Roumanie, l’Ukraine et la République Moldave (ro-ua-md.net), ainsi qu’avec la Turquie.
Pour mémoire, le 31 mars dernier, celle-ci subissait un blackout historique qui touchait les 76 millions de turcs. Une des explications les plus plausibles semblant en être (E structural problems) la baisse du cours du MWh, dans ce marché libéralisé, qui dissuadait les producteurs de vendre leur courant lorsque les cours sont trop bas. Une marge de sécurité suffisante n’ayant pas été prévue pour le temps de redémarrage après une chute brutale des productions aléatoires.
A cette occasion, l’ENTSO E s’était déconnecté en urgence du réseau turc pour éviter la propagation en chaine du blackout sur toute l’Europe.

L’Ukraine, de son côté, prévoit de se couper du réseau russe et se prépare déjà à être concurrentielle sur le réseau européen avec un kWh à 42 kopeks, soit, environ 2 centimes d’euro, tout en investissant prioritairement dans les énergies renouvelables (37.8%) avec l’instabilité de production que cela implique.
Cette surcapacité de production électrique aléatoire touche désormais la totalité de l’Europe et déstabilise la bourse du MWh. 
Depuis début février, les traders vendent à perte les surproductions tchèques à l’Allemagne sur le marché de gré à gré, (OTC) et achètent des capacités d’interconnexion sans les utiliser afin d’être plus réactifs sur le marché en cas de besoin.
Quel peut être l’avenir d’EDF, déjà éjecté sans ménagement du Cac 40 et condamné avec la même certitude quels que soient ses choix sur les EPR d’Hinkley Point, ou le nombre de réacteurs qu’il sera contraint de fermer ?

La fin de notre sécurité énergétique

L’abandon aux traders du marché de l’énergie, dont le contribuable paye chaque rouage : du tarif préférentiel subventionné pour l’intermittence, aux lignes de transport, ou de distribution et aux mécanismes d’effacement et de capacité, permet des marges considérables à chacun de ces nouveaux acteurs. 
Et explique que le consommateur voie sa facture enfler tandis que la surproduction aléatoire fait effondrer les cours, ruine EDF dont l'état des finances l'amène à céder ses principaux outils tels que son réseau RTE et que la libéralisation du secteur de l’énergie le contraint à céder les concessions de ses barrages.

L’échec de cette libéralisation du secteur de l’énergie en Angleterre s’était pourtant soldée, ironie de l’histoire, par sa prise de contrôle par EDF, détenu, rappelons le, par l’État français à 84.6% et la « perte de capacité de contrôle et en définitive de souveraineté pour le gouvernement, et a fortiori pour les citoyens britanniques », ainsi que par l’enrichissement de grands groupes privés.
L’exemple n’aura pas permis d’anticiper le désastre qui se profile.

Bien sûr, les intérêts d'un marché toujours plus mondialisé feront probablement en sorte que le système reste viable. Mais comme dans les autres domaines c’est eux qui désormais dicteront leurs lois.

Depuis le « scandale d’Etat » de la vente d’Alstom à General electric « C'est lui aussi qui aura le dernier mot sur la maintenance de nos centrales sur le sol français... Nous avons donc délibérément confié à un groupe américain l'avenir de l'ensemble de notre filière nucléaire ».

Or, qu’on le veuille ou non, toute doctrine de gestion de la sécurité a un coût.
Ce coût demande d'en avoir les moyens.
Le dilemme d’EDF, qui doit désormais choisir entre chuter encore pour avoir accepté la construction de l’EPR anglais d’Hinkley Point ou pour l’avoir refusée, vient d’être illustré par la  démission de son directeur financier.

Cette descente aux enfers n’augure pas d’avenir serein.
Ni pour notre sécurité d’approvisionnement.
Ni pour celle de nos réacteurs nucléaires.

mercredi 10 février 2016

Nucléaire: le bateau ivre



Le bateau ivre

La Cour des Comptes vient de rendre son rapport annuel.
Et évalue certaines conséquences de la loi sur la transition énergétique.
Déjà, dans son rapport du 25 juillet 2013: la Cour stigmatisait ainsi la politique de développement des énergies renouvelables :
« Alors qu’il engage la collectivité sur des sujets financièrement très lourds, l’État s’est insuffisamment organisé pour disposer des données de base indispensables à la conduite de la politique en faveur des énergies renouvelables. En effet, l’État ne dispose que d’informations lacunaires et dispersées sur les coûts de production. » (p63)
« La faiblesse d’expertise de l’État se retrouve également dans sa capacité à connaître l’impact socio-économique des décisions prises. Cela peut le conduire à lancer des projets très coûteux pour la collectivité ou les consommateurs sans que les bénéfices attendus ne se produisent. » 

Dans son rapport d’aujourd’hui concernant la maintenance des centrales nucléaires, on peut constater l’absence de chemin parcouru depuis!
« Aucune évaluation n’a encore été réalisée, ni par l’État, ni par EDF, sur les conséquences économiques potentielles de l’application de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. »
Concernant le plafonnement de la puissance installée, dont cette loi implique la fermeture de 2 réacteurs parallèlement à l’ouverture de l’EPR, la Cour considère que  « le montant des dépenses pour les deux réacteurs, dont la fermeture est évoquée plus haut, peut être estimé à 3,44 Md€. »
Et que « Le plafonnement de puissance fait également supporter à l’État le risque de devoir indemniser le préjudice subi par EDF »

Mais ce rapport met surtout en évidence 2 problématiques majeures : celle de la maintenance des réacteurs et celle, induite, sur la sécurité d’approvisionnement.
 « D’autre part, la décision d’arrêt des réacteurs aurait pour conséquence de réduire le montant des investissements nécessaires à leur maintenance, sans pour autant mettre fin à toutes les dépenses de ce type en raison du délai nécessaire à la fermeture effective des réacteurs et, notamment, des charges liées aux obligations de sûreté qu’EDF doit continuer d’assurer. Le poids des investissements de maintenance pourrait ainsi être diminué jusqu’à 1,5 Md€ annuels90.
Le patrimoine d’EDF serait également réduit de la valeur des actifs de production fermés et la perte de valeur pourrait être évaluée entre 1,7 Md€ et 2 Md€ annuels.
Enfin, les estimations de la Cour ne tiennent pas compte des effets des fermetures potentielles des réacteurs sur le coût de l’énergie et donc sur l’emploi et la croissance, ni des éventuelles compensations que EDF pourrait obtenir de l’État et dont le montant ne peut être encore évalué. En outre, l’entreprise pourrait être amenée à indemniser les industriels avec lesquels elle a signé des contrats d’allocation de production électrique en contrepartie du règlement de leurs quotes-parts dans les coûts de construction, d’exploitation et de démantèlement de tranches nucléaires »
Et préconise,« en raison des difficultés attendues en matière de recrutement et de formation, intensifier la mobilisation des acteurs de la filière, publics et privés, visant à combler les pénuries de compétences identifiées dans la perspective du « Grand Carénage ».

Parmi les réponses ayant permis d’élaborer ce rapport signalons celle d’EDF qui mentionne que « La filière nucléaire est l’une des seules filières du Conseil national de l’industrie à ne pas avoir reçu, à ce jour, de financement de l’État, contrairement aux filières aéronautique, navale ou automobile. »

Et une absence de réponse qui pose question !

"Destinataires n’ayant pas répondu : Ministre des finances et des comptes publics et secrétaire d’État chargé du budget
Ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique"

Le risque induit sur la sécurité d’approvisionnement venant de l’observation que :
« l’ampleur des conséquences financières du plafonnement de puissance serait inférieure à celle de la réduction à 50 % de la part du nucléaire dans la production, dans la mesure où 17 à 20 réacteurs pourraient être arrêtés ».

En effet, par delà les conséquences financières évoqués, EDF, bien que détenu à 84% par l’Etat, n’a pas vocation à se comporter en vache à lait attendant paisiblement l’heure de la traite, en l’occurrence la responsabilité d’entretenir des centrales prêtes à démarrer lorsque le vent tombe et le soleil se couche.
Or, si l’Etat a oublié d’envisager les conséquences financières de sa loi TE, a-t-il même entrevu celles de la fermeture, pour cause économique, de 20 réacteurs nucléaires sur la sécurité de notre approvisionnement ?
Un chiffre, en effet, ne doit jamais être perdu de vue, celui du taux de couverture garantie des énergies intermittentes.
Qu’on le veuille ou non, celui-ci est de 0%

 

Les apôtres de l’Energiewende allemande font semblant de ne pas voir que pour une consommation équivalente à celle de 2002, l’Allemagne n’a toujours pas réussi à remplacer le moindre MW de puissance pilotable installée. Le graphique ci-dessous indique en effet, sous le trait rouge, les puissances pilotables : de haut en bas, charbon, lignite, nucléaire et biomasse, inchangées depuis 2002, pour une consommation strictement équivalente à celle des années 2000.
Le développement de l’éolien au dessus du trait rouge et du P.V. tout en haut venant en plus.
La stabilité de la puissance hydraulique en bleu tout en bas, qui n’est pas totalement pilotable permet de ne pas fausser cette comparaison.



Nous pouvons ainsi constater que la très légère baisse de puissance pilotable: "nucléaire, charbon, lignite, gaz" (-8.1GW) correspond, à moins d’1 GW près, à l’augmentation de la puissance pilotable biomasse (+7.2GW) pour une puissance totale de 185 GW.

Nous n’insisterons d’ailleurs pas sur le caractère écologiquement douteux de cette substitution, à la lumière du scandale écologique lié à la transformation de centrales à charbon en centrales labellisées « biomasse », ni sur le fait que ce genre de « projet vert » peut générer des droits à polluer supplémentaires, grâce aux mécanismes de mise en œuvre conjointe (MOC) du protocole de Kyoto.
C’est à la lumière de ces éléments qu’il faut analyser les « progrès » du parc allemand récemment publiés par le Fraunhofer Institute.

Et comprendre que c'est la biomasse qui compense la faible réduction nucléaire charbon/lignite, gas, le développement éolien allemand aura essentiellement participé à grossir ses exportations. 
Avec 48 TWh de solde export en 2015, l’Allemagne vient en effet de battre son précédent  record avec 14 TWh supplémentaires. (p 15)
Les conséquences tout aussi graves de la « fuite en avant » qui oblige à se débarrasser, toujours plus loin, d’une production aléatoire toujours plus importante feront l’objet d’un article spécifique concernant les centaines de milliards d'euros prévus dont les principales conséquences seront de déstabiliser le réseau européen  et de supprimer toute indépendance énergétique nationale.

Mais si l’Etat ne semble même pas avoir envisagé le coût financier de sa loi sur la transition énergétique, sait-t-il au moins par quoi seront remplacés les réacteurs nucléaires condamnés économiquement à un arrêt forcé qui pourrait être d'autant plus imminent qu'il est lié à leur sécurité?
Au minimum, sait il qui devra assumer la compétence et les coûts liés à leur mise en conformité si cet arrêt anticipé devait leur être refusé ?


dimanche 7 février 2016

Les nouvelles énergies

 



Énergies : le défi des nouvelles technologies

Publié le dans Énergie



Par Jean-Pierre Riou
Anita Gould-Stellarator(CC BY-NC 2.0)


L’annonce était restée discrète, lors de la COP 21, la firme britannique Tokamak Energy avait annoncé, en décembre dernier, son espoir de parvenir avant 5 ans au Saint Graal qui consiste à reproduire artificiellement l’énergie du soleil, et de fournir de l’électricité au réseau avant 2030. Déjà, en mai dernier, les scientifiques de l’Université de Washington, dévoilaient le réacteur de configuration « Dynomak », supposé être plus petit, moins cher et plus efficace que le Tokamak du projet mondial ITER, développé à Cadarache. Juste après que Lokheed Martin eut suscité l’incrédulité en annonçant ses avions à fusion nucléaire. Même des technologies encore considérées comme de la science fiction, telles que la fusion froide, semblent désormais la cible d’investissements colossaux. Tandis que Bill Gates consacre des sommes considérables dans son projet de réacteurs 4ème génération Terra Power.
Fin décembre, le Chicago Tribune constatait, en effet, que cette révolution énergétique semblait désormais être promise par des entreprises privées. Et rapportait que le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, aurait déclaré lors de la Cop 21 :..........Lire la suite dans Contrepoints
(https://www.contrepoints.org/2016/02/07/238016-energies-le-defi-des-nouvelles-technologies#comment-1196529)

 

mercredi 3 février 2016

Bilan RTE 2015

Bilan RTE 2015



RTE vient de publier son bilan électrique 2015.

Le solde exportateur net de la France est de 61.7 TWh.
La production des éoliennes augmente de 23.3%, avec 21.1 TWh. Le rapport précise fièrement:
« Chaque mois de l’année 2015, la production éolienne maximale a dépassé les 5 500 MW. Un nouveau maximum horaire de production éolienne a été atteint le 29 mars à 13h avec une puis­sance de 8 266 MW, ce qui correspond à un facteur de charge de 86,3%, ….. »

Précisons que par « production », il faut donc entendre « puissance instantanée » et non « quantité d’électricité » réellement produite, qui se mesure, elle, en MWh et non en MW. 
Il s’agit donc d’un pic de puissance récurrent et non d’une quantité d’électricité produite chaque mois.
Ce qui est dommage puisque c'est surtout de quantité d'électricité, qu'en fait, on aurait besoin. Particulièrement lors des pics de consommation.
Et c’est d’ailleurs bien là tout le problème des énergies intermittentes qui sont capables, à n'importe quel moment, de s’arrêter de produire, ou presque, comme le 25 juin 2015, où cette puissance instantanée était tombée à 21 MW. 
Contre performance équivalent à moins de 1% de taux de charge qui n’est d’ailleurs pas mentionnée dans le rapport.

Les 3 centrales à charbon les plus anciennes ont été fermées, réduisant la puissance installée de 5118MW en 2014 à 3007MW en 2015.

La production nette 2015 (546TWh) est sensiblement la même qu’en 2014 (540.6TWh).

Et pourtant, malgré les prouesses éoliennes, les émissions de CO2 ont augmenté et passent de 19 millions de tonnes en 2014 à 23.1 millions de tonnes.

L’explication avancée en est essentiellement la baisse de 10TWh de production hydraulique, qui, effectivement, correspond sensiblement à l’augmentation équivalente de l'hydraulique par du gaz.
Laquelle production de gaz a presque doublé en 2015,  passant de 14.3 TWh en 2014 à 22.1 TWh en 2015.

La consommation, corrigée des aléas climatiques, est en légère hausse avec 476.3 TWh, au lieu de 474 TWh en 2014.

En termes de réduction d’émissions, force est de constater que plus de 87% du parc électrique français est déjà exempt d'émission de CO2 sans même compter éoliennes ni photovoltaïque.

On ne tond pas un œuf.

On n’enlève pas plus du CO2 à un parc qui n’en émet quasiment pas, surtout en sachant que l’intermittence des éoliennes demande des moyens thermiques pour ajuster leur production à la consommation.
En matière de climat, pourtant réputé être l’objectif prioritaire européen, quelle quantité de CO2 espérait on donc enlever à cette vingtaine de millions de tonnes de CO2, sachant que les émissions de la totalité du secteur de l’énergie s’élèvent à 310 millions de tonnes ?
Comment comprendre que les éoliennes puissent encore demeurer, en France, le symbole omniprésent de cette lutte pour le climat ?

Plus nos braves Shadocks pompaient et plus il ne se passait rien.
Plus nos éoliennes brasseront un vent intermittent et plus il risque de ne pas se passer grand-chose de plus.
Sauf bien sûr dans les porte monnaie des ménages français, avec 1.18 milliard d'euros prévus en 2016 pour le seul surcoût de leur tarif d'achat, selon la CRE (délibération p 6) et dans la sécurité de notre approvisionnement en électricité.

L’évolution des échanges d’électricité est décrite page 40 en faisant mention d’une hausse de 50% du volume des opérations de gré à gré par rapport à 2014 et une augmentation des transactions sur le marché jour­nalier de 57%.
Confirmant ainsi le rôle grandissant des traders d’un nouveau genre opérant au jour le jour dans un marché devenu de plus en plus instable en raison de la part grandissante des énergies intermittentes.
Cette situation aide à comprendre pourquoi les prix du détail s’envolent quand ceux du marché de gros sont au plus bas.

Dans les différents pays de la zone CWE (Central West Europe, zone regroupant la France, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas sur laquelle les prix des marchés de l’électricité sont couplés depuis 2010 Pour faciliter ces échanges), les prix du marché n’auront été identiques que 19% du temps. 
Cette pudique appellation CWE permettant, au passage, de ne plus nécessiter les précédents écrans de fumée qui permettaient d'occulter les besoins allemands de l'électricité française, ses importations massives depuis la France étant remplacées par des données de contrats commerciaux n'ayant rien à voir avec les liens de dépendance d'approvisionnement entre nos 2 pays. 
Le mot Allemagne a désormais disparu du bilan des échanges. 
Et l'idée de sa dépendance à nos centrales avec.
Pour « mutualiser les moyens de production à l’échelon local, national et européen », RTE a investi 1.4 milliards d’euros dans le renforcement du réseau.

Cette mutualisation, dans ces conditions de marché, pénalise, bien entendu, la rentabilité des centrales électriques, même les plus modernes et les plus propres, dont l'intermittence de fonctionnement est imposé par la volatilité des cours du MWh de part et d'autre des frontières, ces cours ayant même été négatifs 126 heures (répartie sur 25 jours), pendant lesquelles les centrales qui voulaient faire l'économie d'un arrêt et redémarrage devaient payer pour écouler leur production après que les éoliennes aient bénéficié d'un achat obligatoire par EDF à tarif préférentiel.
Ces circonstances n'étant pas étrangères à la récente sortie de route d'EDF, éjectée sans ménagements du CAC 40 ni à son actuelle descente aux enfers.

Parallèlement, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) vient de publier ses statistiques 2015
(sur la base des données 2013)

La France y reste, une fois encore, parmi les pays qui exportent le plus d’électricité, avec la 2° place mondiale, derrière le Canada (50TWh) et un solde export de 48 TWh (p 27).

Le site des douanes (voir l’article « liens utiles »), permet de savoir que ce courant est exporté au prix moyen de 37.9€/MWh pour ces 12 derniers mois, soit infiniment moins que le tarif de rachat garanti de la production éolienne qui est estimé à 90€/MWh par la CRE (délibération 15/10/2015, annexe 1 p5).

Avec 61.7 TWh, c’est donc 3 fois la production éolienne et plus de 10TWh de plus qu’en 2014 qu’elle vient d’exporter en 2015.

Ce qui promet la plus haute marche sur le prochain podium de ce jeu de dupes, avec plus d'1 milliard d'euros de pertes pour le seul équivalent des 21.1TWh éoliens exportés.

Mais si c’est le contribuable/consommateur français qui subventionne ainsi l’énergie verte exportée chez nos voisins, espérons du moins que le vent ne nous ramènera pas les fumées du charbon que nos éoliennes leur auront permis de brûler.



samedi 30 janvier 2016

Éoliennes, quel impact sur l'avifaune?



Éoliennes, quel impact sur l’avifaune ?

La Sociedad Espaῆola de Ornitologia (SEO Birdlife), homologue espagnol de notre ligue pour la protection des oiseaux (L.P.O) a publié des analyses de l’impact environnemental sur l’avifaune.
http://www.seo.org/2012/05/08/evaluacion-de-impacto-ambiental/

(Le site de SEO Birdlife ne semble plus disponible. En attendant nous ne trouvons que la version précédente de l'étude (3.0) qui donne 2 fourchettes, sur la même page 11 de 6 à 18 millions d'oiseaux et chauves souris tués chaque année en Espagne par les éoliennes, et un autre mode de calcul indiquant de 4.1 à 14.7 millions, au lieu des 8 millions estimés dans la version 4.0 de 2014.)
 
Notamment une étude extrêmement approfondie sur l’impact des champs d’éoliennes, téléchargeable sur cette même page en anglais et espagnol. (Version 4.0, 2014)
Cette étude passe en revue une grande quantité de publications sur le sujet. 
Elle constate les carences méthodologiques, notamment sur le comptage des cadavres,  la manière de prendre en compte l’enlèvement des carcasses d’oiseaux par les charognards, ou l’absence de prise en compte de l’importance de la disparition des individus mortellement blessés.
Elle évalue, p 11, l’efficacité de la recherche à 13.3% et celle de l’enlèvement, notamment nocturne, par les charognards à 95%.
Et avance, sur cette même page, le chiffre de plus de 8 millions d’oiseaux et chauves souris tués dans l’année par les 17 780 éoliennes espagnoles, à partir de l’évaluation de plus de 400 décès par éolienne et par an (et non entre 2 et 3). 
 

 
Auxquels doit s'ajouter l'impact des lignes électriques supplémentaires entraînées par le développement éolien.
Malgré les grandes différences de sensibilité selon les implantations, l’étude affirme que les chiffres généralement retenus minimisent la mortalité d'au moins 1 million de morts.
Elle préconise qu' une méthodologie appropriée puisse être standardisée afin de rendre compte de données plus réalistes.

mardi 26 janvier 2016

Éoliennes et ruralité: la stratégie "perdant perdant"


Le défi de l'hyper-ruralité : forces et enjeux


 

Qu’on l’ait perçu ou non, le renouveau de la ruralité était amorcé, en France, depuis de nombreuses années. Au nom de l’écologie, le développement éolien dans les zones rurales les plus reculées scie la branche sur laquelle repose un atout majeur du développement national et menace de coûter bien plus cher que prévu à la collectivité.

Le rôle stratégique de ces zones rurales est l’objet de l’analyse du rapport sur le « Pacte National » remis au Premier Ministre en juillet 2014 par le Sénateur Alain Bertrand, qui propose de « restaurer l’égalité républicaine » en valorisant les atouts de « l’hyper-ruralité » et formule «  des propositions de mesures nouvelles pour renforcer la mise en capacité des territoires hyper-ruraux, afin de leur donner la chance légitime d’être au service du développement national. »

Lire la suite dans Économie Matin.......

http://www.economiematin.fr/news-france-hyper-ruralite-rapport-gouvernement

 

samedi 9 janvier 2016

COP 21







Electricité : les leçons (non comprises) de la COP 21


« Lorsque l'on pose aux Allemands la question suivante : "pourquoi ne gardez-vous pas cette énergie "verte" chez vous en arrêtant vos centrales thermiques à base de charbon et lignite qui sont des producteurs terribles de CO2 ?", la réponse est étonnante : "pas besoin, car nous atteignons, grâce aux éoliennes, facilement nos objectifs » rapportait le journal « Les Echos ». 

Bien évidemment, ces exportations allemandes d’« énergies vertes », (sous la ligne horizontale), sont fonction d’une production aléatoire et des besoins nationaux ?