Le véritable coût des énergies
renouvelables
Jean Pierre Riou
Également présenté dans Transitions et énergies
https://www.transitionsenergies.com/tribune-veritable-cout-energies-renouvelables-eoliennes-solaires-fin-mensonge/
Le caractère
intrinsèquement variable des énergies renouvelables électriques dites « intermittentes »
(EnRi) fausse la comparaison de leurs coûts de production avec ceux des
énergies conventionnelles dites « pilotables ». Ce qui biaise du même
coup toute programmations de l’énergie.
L’objet de
cet article est d'éclairer un tour d’horizon de ces surcoûts, qui s’avèrent plus ou moins
cachés.
NB le calcul des exportations à perte a été légèrement modifié depuis la première publication
Les coûts cachés
« The United Nations Economic Commission for Europe »
(UNCE) est une émanation régionale des
Nations Unies, établie en 1947 pour encourager la coopération économique des
États membres.
En septembre 2025, l’UNCE a publié un rapport mettant en
garde sur l’insuffisance du LCOE (Levelized Cost of
Electricity) pour comparer les prix de production d’électricité. Ses carences
risquant de fausser les politiques énergétiques. Les
productions d’électricité intermittentes ou « variables » sont
ciblées par cette insuffisance qui occulte les coûts qu’elles induisent sur le
système électrique.
Le rapport détaille ces coûts hors LCOE qu'il illustre sur la figure
reproduite ci-dessous.
Le poids de ces surcoûts des EnRi est largement dénoncé depuis des années, notamment par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui préconisait
en 2020 le recours
au VALCOE (Value-adjusted LCOE) pour les prendre en compte.
La nouveauté n’est que dans l’initiative de l’UNCE d’alerter
sur les promesses biaisées par le seul LCOE des énergies renouvelables.
Les prix garantis
En France, le soutien aux énergies renouvelable a pris la forme d’un
tarif obligatoire d’achat jusqu’en 2017, progressivement remplacés par des
contrats de rémunération conclus sur la base d’appels d’offres. Les tarifs d’achat obligatoires et leurs
quantités sont récapitulés, ci-dessous dans l’annexe
1 de la délibération de juillet 2025 de la CRE
La colonne de droite indique le tarif d’obligation d’achat
moyen qui est prévu à 174,7€/MWh
pour 2026. Cette moyenne est tirée vers le haut par le photovoltaïque
(211,2€/MWh) et la cogénération (232,8€/MWh). Tous ces tarifs sont en hausse
par rapport à ceux constatés en 2024, en raison de leur mode d’indexation.
Selon la CRE, 81 TWh d’EnR ont été soutenus en 2025.
L’obligation d’achat représentant 75% du soutien total (CRE
p 4), et leur soutien une charge
moyenne de 85,62 €/MWh au titre de 2025 (CRE
p 8). En toute logique, cette charge moyenne appliquée aux 81 TWh soutenus
correspond exactement aux 6,9 milliards d’euros de charges des EnR constatés p 7.
Cette charge de 85,62 représente la différence entre leur
prix contractuel garanti et le coût évité par la vente de leur production. Plus
ce coût est bas, et plus les charges sont importantes.
Dans sa délibération
de juillet 2025 (p 22), la CRE constate une réduction de ce coût évité en
raison de l’« effet prix » des énergies soutenues, notamment solaire,
qui font écrouler le marché, jusque des prix négatifs, lorsqu’elles produisent.
La CRE retient un coût évité unitaire moyen prévisionnel au titre de 2025 de 65,74 €/MWh, et de 50,88€/MWh pour 2026.
C’est ainsi que ces 65,74€/MWh supposés captés par leur
propre valeur, sont bonifiés d'un soutien de 85,62 €/MWh qui représente leur charge, soit un
revenu de 151,36 €/MWh. Ce
chiffre moyen, tous tarifs confondus, montre que les nouveaux contrats (CR) sont
bien négociés à des prix inférieurs aux tarifs obligatoires (174,7 €/MWh). Mais
la CRE n’en prévoit pas moins une augmentation de la charge en 2026 (+ 2,4 Md€),
notamment en raison de l’effet prix qui diminue le coût évité par les énergies
soutenues, et fait passer la charge à 92,42 €/MWh ainsi qu’elle le détaille p 9.
Le record mondial de vente à perte
Battant à nouveau son propre record mondial d'exportation d'électricité, les 91,9 TWh de solde export net 2025 ont rapporté 5,4 Md€ à la France. Soit pour une valeur de 58,75 €/MWh.
Il est tentant de mettre cette recette en parallèle avec le prix payé pour les 81 TWh d’EnR payé en 2025 par le consommateur/contribuable au prix moyen, de 151,36€/MWh, soit un total de 12,26 Md€, tandis que l'exportation de cette même quantité rapportait 4,75 Md€ (81TWh x 58,75 €/MWh)
Soit un
record mondial d’exportation correspondant à une perte de 7,5 Md€, c'est-à-dire plus du triple de ce qui
avait été sous évalué dans un précédent
article.
L’augmentation inéluctable des
charges
La CRE anticipe une :« Augmentation des charges au titre de
2026 par rapport à 2025, du fait d’une prévision d’augmentation des volumes
soutenus et de la poursuite de la baisse des prix
Au titre de 2026,
les charges sont estimées en progression de 2,4 Mds€ par rapport à la dernière
estimation
effectuée en 2025. Le principal facteur explicatif est l’augmentation du volume
soutenu de
81 TWh à 90 TWh, en
lien avec le développement des énergies renouvelables en France dans le cadre
de la programmation
pluriannuelle de l’énergie 2019-2028 dite « PPE2 ». Le second facteur
explicatif
est l’effet de la
poursuite de la baisse des prix de gros de l’électricité (les recettes pour l’État
moyennes diminuant de 65,74 €/MWh en 2025 à 50,88 €/MWh en 2026). Les coûts d’achat demeurant, eux, relativement
stables, les charges unitaires augmentent entre 2025 et 2026, de 85,62 €/MWh à 92,42 €/MWh »
L’exception française
Dans sa délibération
de juin 2025, la CRE expose les différents soutiens européens aux EnR (p 58).
Il s’avère que la France est la seule à payer les exploitants qui s’arrêtent
de produire lors des prix négatifs. Les autres pays font état de «Aucun versement en cas de prix négatifs et aucune
autre compensation». Seule l’Allemagne propose de prolonger le contrat du
nombre d’heures ainsi perdues sans revenu.
Tandis qu’en France, après un nombre d’heures très
restreint, correspondant à une franchise, les exploitants perçoivent une
rémunération sous forme d’une prime qui correspond à un % de leur puissance
nominale s’ils s’arrêtent de produire. (70%
pour l’éolien en mer, 50% pour le solaire et 35% pour l’éolien à terre).
L’« effet prix » des productions d’EnR qui
cannibalisent le cours du MWh entraîne l’augmentation des charges du service
public, ainsi que l’analyse la CRE pour expliquer la nouvelle augmentation des
charges liées aux EnR prévues pour 2026 avec 7,6 Md€ au lieu de 6,9 Md€ en
2025.
Des surcoûts confidentiels mais
explosifs
Les productions d’EnR entraînent également l’augmentation de la
modulation du nucléaire. EDF devait rendre en décembre un rapport sur les
conséquences de cette modulation supplémentaire sur son parc nucléaire. Selon
plusieurs médias dont Reporterre,
ce rapport « inflammable » serait tenu secret par le gouvernement en
plein débat sur la programmation de l’énergie (PPE3). Selon les fuites
notamment publiées par La Tribune, cette modulation entraînerait en effet « des risques économiques majeurs pour
la collectivité ». Selon ce rapport, le scénario de développement d’EnR
initialement prévu (Orange) « se
traduirait par près de 4 milliards d’euros de surcoûts annuels pour le système
électrique par rapport à une trajectoire plus modérée de développement des
renouvelables en France et en Europe » et compromettrait la rentabilité du
parc nucléaire et hydraulique.
Mais l’augmentation de cette modulation entraînerait également
des conséquences sur la sûreté des réacteurs qui remettraient même en question
la durée d’exploitation de certaines tranches en raison de « contraintes fortes » sur certains équipements. Les
vibrations, fatigues thermiques et mécanique engendrées par l’augmentation de
cette modulation toucheraient de nombreux composants tout en augmentant les
effluents radioactifs.
La prise de conscience du risque que font peser les EnR sur le
parc électrique français, semble être à l’origine du retard de la publication
de la nouvelle programmation de l’énergie (PPE3). Avec la fébrilité qu’on
imagine au sein de la filière professionnelle.
Douze comités sociaux d’entreprises appellent les salariés
des énergies renouvelables à descendre
dans la rue le 10 février. L’inquiétude de la filière est effectivement
grande et leur invitation du 6 février à Matignon aurait
calmé ses craintes.
La fragilité du
gouvernement ne lui permet pas assurément pas de braquer ses soutiens, qui sont
majoritaires à gauche et chez EELV.
Il serait regrettable que des considérations politiciennes puissent
être amenées à primer sur la raison d’État.