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dimanche 1 octobre 2017

La mort par le charbon



Eoliennes et climat: vers la fin d’un modèle ?
Jean Pierre Riou
Partie 2
La mort par le charbon : Moins médiatique mais plus sûre.

(Suite de la Partie 1


Le surdimensionnement du parc électrique allemand a été mis en évidence dans une première partie de cet article « Retour aux sources de l’Energiewende ».

Certains veulent y voir une complémentarité intermittent / pilotable.
Le présent article tend à conclure à un véritable parasitage des centrales pilotables par des moyens subventionnés qui ne peuvent se passer d’elles et dont les conséquences sont aussi négatives sur la santé que sur la sécurité.

Le parc nucléaire français en fait les frais, par un suivi de charge qui le fragilise et augmente la quantité de ses effluents radioactifs.
Les allemands s’y sont risqués avec 2 réacteurs, celui de Brokdorf n’y a pas résisté.

Il en va d’ailleurs de même pour les circuits de vapeur des centrales thermiques conventionnelles soumises aux mêmes contraintes. Et outre la disparition de leur rentabilité, les régimes chaotiques qui leurs sont imposés entraînent également l’augmentation de leurs facteurs de pollution, ainsi que nous l’avions évoqué dans : http://www.economiematin.fr/news-quand-les-eoliennes-augmentent-les-emissions-de-co2

Un élément a pourtant échappé à cette analyse : la consommation des centrales à charbon même à l’arrêt.
En effets, celles ci sont fréquemment en pré chauffe, régime le plus polluant, sans produire d’électricité pour autant, et sans, d’ailleurs, que cette pollution extrême soit prise en compte par les analyses qui se contentent d’en mesurer la production électrique.

Une idée de ce problème peut être évoquée par les données RTE qui indique la production détaillée par centrale, pour chaque heure de l’année.
Celles-ci indiquant des périodes plus ou moins longues de « production négative » d’une grosse vingtaine de MW avant chaque entrée en production positive. 

Ces productions négatives, dont la plus grosse part provient de la consommation des pompes de refroidissement (une vingtaine de MW), peuvent s’étaler sur plusieurs jours, comme du 20/03 au 24/03/2016 dans la centrale à charbon de Cordemais. 
Le graphique ci-dessous indique les productions des 15/16 octobre 2016, avec, de gauche à droite, les centrales à charbon de Cordemais 1 – 2 E. Huchet, Havre 4, et Provence. Il montre une consommation correspondant aux pompes de refroidissement en pleine activité pour Cordemais et des variations de plus de 150 MW en quelques heures pour les 3 autres.


Il est aisé de comprendre que plus la puissance intermittente raccordée au réseau sera importante et moins les centrales pilotables pourront fonctionner à leur régime optimum, qui est le moins polluant. Aucune, pour autant, ne pouvant être supprimée.

L'Allemagne en flagrant délit
Chaque période anticyclonique, (donc sans vent), s’accompagne d’un recours massif au charbon en Allemagne, comme c’était le cas fin septembre, où le parc éolien avait pratiquement cessé toute production, ainsi que le solaire, comme chaque soir :


On note d’ailleurs sur ce graphique la variation considérable du taux de charge de la filière charbon, en brun foncé, avec l'augmentation de pollution qu'elle implique.
Sans surprise, sa pollution extrême a laissé quelques traces dans l’atmosphère, ainsi que l'indiquait le site PREV'AIR, dès le lendemain de cette performance charbon/lignite.


Cet anticyclone étant, comme c’est généralement le cas, accompagné d'un mouvement des masses d'air d'est en ouest, ainsi que les 3 jours qui suivirent :


 (Encore mieux visible en cliquant sur l’animation : GFS / NCEP / US National Weather Service)
Le trajet de ce nuage de pollution n'était guère difficile à prévoir ...
 Ci dessous le 25/09


Puis le 26/09 


Copernicus
Depuis fin 2016, le programme européen Copernicus permet une surveillance transfrontalière des émissions polluantes.
Et cette fois, les défenseurs de la politique allemande de production d’électricité auront du mal à nier que c’est sa pollution qui traverse les frontières pour y provoquer des milliers de morts chaque année.
En effet, la responsabilité de ce nuage allemand dans la pollution Bruxelloise a été confirmée par les prévisions de Copernicus (Country Attribution).

 

Cette analyse par Copernicus est accablante et impute les 2/3 de la pollution bruxelloise à l’Allemagne ce 25 septembre.
Un récent rapport chiffrait à 2490 par an le nombre de décès imputés au charbon allemand hors de ses frontières, dont 490 en France.
Les détracteurs du mix électrique français actuel ne semblent pas avoir compris que ce n’est pas en le parasitant avec des énergies intermittentes qu’on en améliorera la sécurité, encore moins les performances climatiques.

Lesquelles performances climatiques françaises se sont d’ailleurs vu attribuer le meilleur indice mondial d’efficacité.
(Source Germanwatch / Climate Action Network)

En matière de climat, comment peut on encore parler de retard sur l'Allemagne du développement éolien ?

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