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samedi 17 décembre 2016

L'échec : annexes

L'échec: annexes

Jean Pierre Riou

Quelques éléments complémentaires, en annexe du précédent article: http://lemontchampot.blogspot.fr/2016/12/lechec-dune-politique-energetique.html

1° Le bilan 2016 de la production  électrique allemande indique le classement des sources d'énergie utilisées.
Sans surprise, le lignite reste en tête, comme chaque année depuis la réduction post Fukushima de production nucléaire. En 2° position, nous trouvons le charbon, à peine moins polluant que le lignite.

Et, sur la 3° marche du podium et en tête des énergies non carbonées, se trouve le nucléaire.

 

https://www.energy-charts.de/energy.htm

L'énergie "verte" figurant à gauche du nucléaire est la biomasse, dont le magazine "Le Point", notamment, avait dénoncé le scandale écologique, à l'occasion du développement de la centrale française de Gardanne par l'électricien allemand Eon. Celle ci entraînant les mêmes impacts sur le climat et la santé que le charbon, avec la catastrophe écologique de la déforestation, en prime.

2° Malgré le très haut niveau de maîtrise de la filière nucléaire, la presse a largement relayé les problèmes de sécurité d'approvisionnement liés aux 21 réacteurs (sur 58) devant être arrêtés pour maintenance programmée ou contrôles.
Et accrédité l'idée que la filière nucléaire ne mettait pas à l'abri d'une rupture d'approvisionnement.
En fait, 7 des 8 réacteurs concernés par les fameux contrôles doivent déjà être redémarrés avant la fin de l'année. Sur les 18 réacteurs concernés par la question du taux de carbone, 7 avaient déjà redémarré après leur contrôle.
Certaines voix ont alors assuré que cet épisode montrait bien qu'on pouvait fermer Fessenheim puisqu'on avait pu se passer de plusieurs réacteurs.
Or, si le spectre de blackout semble s'éloigner, nous n'en sommes pas à l'abri pour autant. Le gestionnaire du réseau électrique européen ENTSO E, relevait déjà pour l'hiver précédent, un risque d'approvisionnement pour la France en cas de conjonction de froid et de vent insuffisant affectant la production éolienne. (voir l'article Fermer Fessenheim)

3° Les problème de maintenance et contrôle qui viennent d'affecter notre parc électrique ne sont pas l'apanage de la filière nucléaire.
Le parc éolien offshore allemand "Bard", par exemple, multiplie les déconvenues.
Achevé en aout 2013, ce parc géant de 400MW a dû attendre 2014 pour être connecté au réseau. L'Allemagne n'est toujours pas capable d'en acheminer la production, dès que le vent souffle, puisqu'elle doit emprunter (gratuitement) notre réseau électrique, qu'elle fragilise.(voir Fermer Fessenheim)
Mais surtout, ce parc multiplie, depuis, les incidents et arrêts partiels ou totaux de production.
Ces interruptions inopinées représentent une part considérables des problèmes d'équilibre du réseau européen.

qui ne semblent pas près d'être réglés et qui interrompent toute fourniture d'électricité au moment où on en aurait besoin.

https://www.eex-transparency.com/homepage/news/ad-hoc-ticker

Ces problèmes venant s'ajouter, bien sûr, à ceux d'absence subite de vent décrits dans le précédent article.

4° Est il encore besoin de rappeler que c'est le parc électrique français qui équilibre le réseau européen?

Pourquoi nous donne-t-on toujours les données import/export en termes d'accords commerciaux, qui n'ont rien à voir avec nos échanges physiques d'électricité?
Le Mont Champot avait tenté d'en finir avec l'idée fausse ainsi entretenue, qui laisse croire que c'est l'Allemagne qui nous vend du courant, dans un article datant déjà de 2014 : "Pour tenter d'en finir"

Dans son bilan import/export, l'Allemagne ne cherche pas à travestir cette réalité.


https://www.energy-charts.de/exchange.htm
Les quelques 1,4 TWh importés d'Allemagne n'indiquant d'ailleurs même pas une situation critique d'approvisionnement, mais, bien souvent, l'opportunité d'une fourniture moins chère outre Rhin.

Difficile aux médias de cacher que la France est le principal exportateur européen.
Mais pourquoi n'écrivent ils pas plus gros exportateur mondial, qu'elle est pour 2015, ainsi que 12 fois ces 15 dernières années?


https://yearbook.enerdata.net/#electricity-balance-trade-information-by-region.html

La transparence de ces informations ferait elle craindre une prise de conscience des conséquences pour l'Europe de la mutation engagée  par le parc électrique français vers la chimère intermittente des énergies "renouvelable"?


En guise de conclusion :  

- Il est difficile de réduire les capacités de production "pilotables" sans réduire les marges de sécurité.
En tout état de cause, l'Allemagne n'a pas réduit d'un seul MW sa puissance pilotable malgré le développement d'une puissance intermittente colossale.

- L'augmentation de la part d'intermittence congestionne le réseau de transport d'électricité et participe à réduire ces marges en diminuant les capacités d'échanges interfrontaliers. (voir Fermer Fessenheim)

- Ces marges sont extrêmement réduites en Europe, voir sécurité N-1 non atteinte, dans ce même article, ou les marges de sécurité en France, dès que la moindre puissance pilotable nous manque et que le vent est incapable de faire tourner convenablement les éoliennes.

https://clients.rte-france.com/lang/fr/visiteurs/vie/tableau_de_bord.jsp
Le tableau ci dessus montrant que la marge de sécurité n'était pas obtenue lors de la pointe du soir.



- Le parc de production pilotable nécessite de disposer d'une puissance installée suffisante pour permettre la maintenance périodique nécessaire à sa sécurité, quelle que soit la filière envisagée.
Ce qui n'est pas vrai pour les moyens intermittents puisqu'en tout état de cause, il faut pouvoir faire face à tout moment à l'interruption quasi complète de leur fourniture (moins de 1% de leur puissance installée).
En regard des exigences de cette maintenance, peut être n'est il pas anodin de constater que les réacteurs nucléaires allemands fonctionnent avec un taux de charge d'environ 85%, tandis que les nôtres sont proches de 75%.

Le 2 décembre 2016, la consommation électrique nationale a atteint un pic de 82 GW.
Les conditions climatiques avaient entrainé un record de 10 GW en février 2012.
Les efforts de réduction de consommation ne nous permettent pas d'exclure des pics considérables en cas de grand froid anticyclonique.

Toute puissance aléatoire se trouve disqualifiée pour en garantir la fourniture.

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